Notre navigation de l’enfer entre les Bahamas et le Guatemala

Voici notre retour sur notre navigation entre les Bahamas et le Guatemala, en passant par le Yucatan Channel.

Nous avions choisi de naviguer dans le superbe archipel des Bahamas pendant tout le mois de juin 2018. Sachant que nous étions au début de la saison cyclonique… Les dates officielles sont en effet du 1er juin au 30 novembre.

Note : On ne recommande pas de rester dans la zone à risques pendant cette période bien évidemment. Mais juste dire, par rapport à notre expérience personnelle, que nous n’avons pas rencontré de soucis particuliers niveau météo pendant ce mois de juin (pas de cyclone ni tempête sur les Bahamas).

Nous voici donc prêts à partir pour aller nous mettre à l’abri sur le Rio Dulce, au Guatemala. Devant nous, 900 milles à parcourir, avec des passages stratégiques (côtes, courant) et des conditions météo compliquées (orages, manque de vent), qui feront de cette navigation la pire pour le moment de notre voyage ! Nous étions obligés vu notre position aux Bahamas de passer par le Yucatan Channel et non par le Windward Passage entre Cuba et Haïti.

 

JOURNEE 1 : Quand on commence par un faux départ

 

Après un stop rapide sur North Cat Cay aux Bimini Islands, le mini archipel des Bahamas face à la Floride, il est enfin temps de lever l’ancre pour de nouvelles aventures.

Nous prenons la passe de Gun Cay Cut dans l’après-midi, située entre les îlots de North Cat Cay et Gun Cay. Ça y est, nous sommes de retour dans l’océan, toutes voiles dehors ! On se trouve désormais dans le Florida Straits, le détroit entre la Floride et les Bahamas.

S’ensuit à peine quelques minutes plus tard une discussion houleuse entre nous : « Euh, mais là, on avance pas ? Ben doucement quoi… Mais regarde, la terre ne s’éloigne pas ! Ben ça va prendre du temps… Mais on va mettre un mois à ce train-là ! C’est pas possible ! »

En plus du manque de vent, c’est en effet le fameux courant du Gulf Stream qu’on se prend en pleine face. On le savait bien sûr et on comptait bien naviguer sur ses bords mais ce qu’on n’avait pas prévu, c’est qu’il serait aussi fort au niveau des Bimini Islands. C’est l’un des lieux les plus étroits où il passe lors de sa remontée vers le nord. Pour nous éloigner des îles, sans vent, avec le courant face à nous, ça va être plus compliqué que prévu…

Pas le choix, il nous faut allumer le moteur… Problème, nous n’avons pas entièrement rempli notre réservoir, on commence à paniquer devant la distance qui nous reste à parcourir ! Alors on décide de faire demi-retour, objectif : remplir à fond notre tank de diesel. Il mesure 170 L, avec ça, on pourrait tenir environ 400 milles, ce qui devrait être suffisant. On aurait tellement du anticiper à Nassau !

Retour devant North Cat Cay, l’île privée très luxueuse. On stresse un peu, surtout quand la marina nous répond à la VHF que l’accès au diesel est réservé aux clients ! Euh, on fait quoi maintenant ??

On décide dépités de remonter 10 milles vers le nord pour atteindre les deux îles principales des Bimini Islands, séparées par un étroit chenal. Après avoir « gaspillé » encore une heure de gasoil pour y arriver, c’est vraiment notre dernière chance de trouver du diesel aux Bahamas.

La profondeur est difficile à gérer aux abords du chenal. C’est mal balisé (on ne comprend rien aux bouées), notre carte OpenCPN est décalée et notre sondeur s’affole. Avec notre voilier quillard, on fait se retourner les curieux qui se demandent ce qu’on fait là ! C’est en effet un balai incessant de bateaux de pêche et de mini-yachts à moteurs, transportant majoritairement des touristes.

On réussit enfin à passer (merci à notre tirant d’eau de seulement 1,70m…). La marina de l’île de South Bimini n’a pas de gasoil, la pompe est en panne… Ce serait trop facile. On commence à s’inquiéter sérieusement de l’horaire ! Il est 18h, nous sommes samedi. Il y a de grandes chances pour que la pompe (s’il y en a une) sur l’île de North Bimini soit fermée, or il faudrait attendre jusqu’à lundi et il n’y a aucun mouillage par ici.

On croise les doigts… Les mini-marinas s’enchaînent sur l’entrée du lagon de North Bimini Island. La première station essence est déjà fermée, mais c’est bon, celle de Blue Water Marina plus loin est encore ouverte !

On est sauvé, on repart vraiment soulagé. Ça y est, on peut vraiment se lancer dans cette traversée.

 

NUIT 1 : Quand on vit notre premier orage et surtout nos premières peurs !

 

On se dirige au moteur vers le sud, longeant le plus possible le Great Bahama Bank pour éviter le courant du Gulf Stream. On est quand même ralenti (1,5 voire 2 nœuds de courant dans le nez!) mais on avance, doucement mais sûrement, c’est le principal.

Gros nuages à l'horizon lors de notre navigation entre les Bahamas et le Guatemala.

Si on savait à ce moment-là ce qui nous attendait…

Dès la nuit tombée, les ennuis commencent… C’est pendant mon quart que je remarque que l’orage devant nous se rapproche de plus en plus. Les éclairs se font menaçants, ça va être difficile de l’éviter, c’est déjà peu évident de savoir dans quelle direction les nuages évoluent. La nuit est noire, la lune n’est pas encore levée.

Je réveille Damien, il faut réfléchir à la route à suivre. Ça me fait trop peur de naviguer à travers l’orage et lui n’est guère rassuré non plus. Imaginez, un bateau avec un mât de 15 m de haut, seul au milieu de l’eau, euh ce serait pas tenter la foudre ça ?

Pas moyen d’aller vers la gauche, vers l’est, car il y a le banc des Bahamas (on peut naviguer dessus normalement mais il y a trop d’îlots et de cailloux sur sa bordure pour s’y risquer de nuit). A droite, à l’ouest, c’est le puissant Gulf Stream qui nous empêcherait d’avancer. Or l’orage s’étale devant nous, on ne sait plus où aller…

On voit une lumière à l’horizon et d’après notre carte, il s’agit d’un îlot des Bahamas, Ocean Cay, à cheval sur le banc et le détroit. On file vers ce bout de terre, ça nous rassure, je ne sais pas trop pourquoi. Pourtant sa hauteur au-dessus de l’eau ne doit pas dépasser les quelques mètres…

On jette l’ancre non loin de la petite île, on se dit qu’on va attendre que l’orage passe. Peine perdue, il augmente en intensité ! Les éclairs semblent si proches, j’ai peur, si peur qu’ils frappent le mât ! Je ne sais pas même pas ce que ça donnerait, tout l’électronique à bord serait grillé sans doute mais est-ce que ça prendrait feu ?

On décide aussitôt de repartir, il faut fuir coûte que coûte. Je n’en mène pas large quand Damien file à l’avant remonter l’ancre à la main (eh oui, notre guindeau a encore rendu l’âme…), je crie pour qu’il se dépêche, ouf ça y est on repart ! Il ne reste qu’à croiser les doigts et serrer les dents. La pluie tombe à flots et le vent est monté. Il est bienvenu car il nous aide à s’extirper au plus vite de la zone !

On aperçoit au loin le ciel bleu nuit, notre échappatoire. Les étoiles nous font signe, il ne nous reste plus qu’à les atteindre ! Les minutes semblent des heures sous l’orage, je sursaute à chaque coup de tonnerre tandis que Damien risque un œil sous le rideau de pluie pour voir d’où il vient. Et ça y est ! ENFIN ! Le ciel clair se découvre au-dessus de nos têtes et de Manwë. On jubile, c’est fini ! Le ciel est si pur, comme délavé après l’orage. Jamais je n’aurai vécu en mer quelque chose d’aussi stressant pour le moment !

 

JOURNEE 2 : Quand on avance sur un voilier qui ne roule pas d’un pouce…

 

On continue de jouer avec le courant, en tentant de s’en éloigner le plus possible sans trop rallier le Bahama Bank. L’avantage au moins de l’absence de vent par moment, c’est qu’on n’a pas de vagues pour faire rouler le bateau ! Avançant tantôt à la voile, tantôt au moteur, on reste à plat. On se croirait presque comme au mouillage !

Ça m’évite d’être malade et ça me permet surtout de profiter à fond à l’intérieur comme à l’extérieur : cuisine, yoga, lecture, films, etc. Les podcasts sont aussi à l’honneur pendant cette navigation, c’est un vrai plaisir d’écouter les émissions en regardant l’océan:)

On rattrape notre quart de nuit mangé par l’orage par des petites siestes, on n’est pas encore au top niveau rythme. La nuit ne faisant pas 12h comme lors de la traversée de l’Atlantique, il faut s’adapter à faire nos quarts durant des périodes ensoleillées et chaudes…

Pain maison cuisiné à bord de Manwë pendant la navigation.

On fait du pain, ça réconforte !

Damien installe la traîne, on a besoin de poisson si on veut égayer un peu nos plats. Car sinon c’est pizza ou fajitas végétariennes, et les fruits et légumes, on aimerait les voir tenir jusqu’à la fin. Malheureusement, ce sont deux barracudas qui mordront aujourd’hui ! Que Damien relâche évidemment, on ne veut pas se risquer à manger ce poisson…

 

NUIT 2 : Quand on comprend que les orages, eh bien, ce sera toutes les nuits !

 

Toujours des quarts de 2h30 cette nuit, on continue de s’adapter. Comme la veille, c’est entre 21h et 23h que le ciel redevient menaçant. Les variations de température à ces horaires-là, par rapport à la chaleur de la journée, font grossir les cumulus stagnant à l’horizon. Les nuages montent vers le ciel, s’assombrissent et on commencent à distinguer les éclairs dans les hautes couches de l’atmosphère. Tant que ça reste en hauteur, ça va, c’est quand un éclair frappe l’eau au loin qu’on commence à s’inquiéter !

Nuage menaçant au-dessus de l'horizon pendant notre navigation depuis les Bahamas vers le Guatemala.

En même temps, quand on voyait ça dans le ciel dans l’après-midi, il fallait s’en douter…

Les orages sont devant et derrière nous, on est à nouveau bloqué entre le Bahama Bank à l’est et le Gulf Stream à l’ouest, peut-on aller ?

On se dirige tout de même vers l’ouest pour quelques milles, avec un cap quasiment vers la Floride. Ouf on arrive à dépasser le nuage qui finit par se dissiper. C’est bon, c’est fini pour cette nuit !

La lune se lève, gros disque rouge à l’horizon qui nous surprend toujours dès qu’on l’aperçoit. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc énorme rouge là-bas ! Sa présence aussitôt nous rassure, c’est comme une vieille amie qui vient chasser les démons de la nuit. Elle n’est plus qu’un gros croissant mais sa lueur suffit à éclairer le ciel, qui paraît tout de suite plus paisible.

 

JOURNEE 3 : Quand on attrape vent et poisson:)

 

Voiles gonflées dès le matin, 7 nœuds de vent nous accompagne aujourd’hui. On en profite, on est stable, on avance (très) lentement mais c’est plus tranquille qu’au moteur. Un orage se déclare vers 11h, tiens, c’est même en journée maintenant ?! On entend seulement le tonnerre qui gronde, il semble venir vers nous…

Heureusement, il se calme, la pluie qui tombe drue passe même devant nous. On peut désormais voir le ciel bleu, si pur et si calme après la tempête ! On aura même le droit au résidu de vent créé par le nuage, ça monte à 15 nœuds dans la bonne direction ! Comme les vagues n’ont pas eu le temps de se lever, on file sur une mer plate, poussant Manwë jusqu’à 6 nœuds. Le moral remonte bien à bord, on savoure ces quelques instants !

Le vent passe derrière nous, on monte les voiles en ciseaux. Il n’y a plus beaucoup d’air, ça bat dans tous les sens, ça fait du bruit, mais tant pis, on économise du carburant. On se rapproche de Cuba, ça y est, on voit la côte ! Ça fait du bien, ça rassure toujours. On va la longer jusqu’à sa pointe ouest, où on passera le Yucatan Channel.

Belle dorade coryphène attrapée à la traîne pendant notre navigation.

Enfin une belle prise ! 🙂

Dépeçage de la dorade coryphène attrapée à la traîne en navigation. Soirée sushi à bord de Manwë.

En fin d’après-midi, pour clôturer cette belle journée, Damien attrape enfin une dorade coryphène à la traîne ! C’est parti pour une soirée sushi !:)

 

NUIT 3 : Quand les habitudes s’installent malgré la chaleur

 

Les orages grondent toujours au loin dès la nuit tombée, mais cette fois-ci, ils restent accrochés sur Cuba. Tant pis pour les Cubains à terre, nous on est bien tranquille en mer sous le ciel étoilé ! Nous passons la nuit sous voile, toujours en ciseaux, dans 5 à 8 nœuds de vent.

Nous avons retrouvé notre bon rythme de quarts la nuit, 3h chacun. Mais ce sont les soirées et les matinées qui sont bien chaudes, voire même inconfortables, car le soleil tape fort au-dessus de l’horizon. A 17h par exemple, on enregistre 34°C à l’intérieur de Manwë ! Pas assez de vent pour nous rafraîchir, on cuit un peu à bord… Heureusement qu’on a notre bimini !!

 

JOURNEE 4 : Quand on retrouve la civilisation

 

Nous approchons de La Havane, que l’on reconnaît rapidement de loin avec ses énormes immeubles. Ça y est, ENFIN, le courant est avec nous ! Nous avons trouvé le fameux contre-courant qui longe la côte nord de Cuba et qui désormais nous pousse dans le bon sens. Bon, on avance avec une moyenne de 4 nœuds, car le vent est toujours bien instable et faible, mais c’est toujours ça.

Il faut désormais surveiller attentivement l’horizon car aux alentours de la capitale de Cuba, les casiers, les bouées et les barques de pêcheurs sont très nombreux. On croise aussi plus de cargos dans cette zone, dont un qu’on a du appeler à la VHF. Il partait de La Havane et on allait clairement se rencontrer d’après l’AIS de bord. Une des personnes du cargo nous a aimablement répondu de continuer notre route et qu’ils allaient se dérouter.

Navigation au nord de La Havane devant Cuba.Barque de pêcheurs au large de La Havane à Cuba.

Une petite barque de pêcheurs

Passage d'un cargo devant le bateau au nord de Cuba.

Il ne faudrait pas non plus être trop près !

Désormais, il nous reste 600 milles, un tiers de parcouru !

 

NUIT 4 : Quand l’ambiance reste paisible même de nuit

 

En ce début de soirée, en plus du soleil qui chauffe à l’horizon, nous avons le moteur du bateau allumé ainsi que le four pour nous cuire une bonne pizza réconfortante. La température à l’intérieur monte jusqu’à 37°C ! Intenable ! Ça baisse durant la nuit, mais rarement en dessous de 29°C. Dur de dormir dans la cabine…

Nous surveillerons presque toute la nuit les orages de loin, ils ne semblent pas s’approcher. Pour le moment, ils nous laissent tranquilles, bloqués sur les reliefs de Cuba ou loin aux abords des Keys, au sud de la Floride.

 

JOURNEE 5 : Quand on mange encore et encore du poisson !

 

Nous mangeons toujours cette fameuse dorade coryphène pêchée quelques jours plus tôt. C’est que la bestiole était bien grosse pour deux personnes !

En fin d’après-midi, la température extérieure faiblit. On enregistre 31°C à l’intérieur de Manwë, c’est un ressenti très agréable. On aurait presque quelques frissons dis donc !

Des nuages noirs s’amoncellent sur Cuba, quand on commence à longer sa pointe ouest. Nous avons heureusement réussi à éviter la pluie dans la journée mais en ce début de soirée, ils s’avèrent très menaçants. Le vent ne monte pas mais change complètement de direction ! De plein vent arrière ces derniers temps, on se retrouve avec du vent de face maintenant !

On ne va pas tirer des bords non plus, les conditions sont suffisamment énervantes comme ça depuis le début ! On peut quand même rester au près sur le bon cap, ouf.

 

NUIT 5 : Quand on entre dans le Yucatan Channel

 

On dépasse enfin le cap à l’ouest de l’île de Cuba. Nous voici dans le Yucatan Channel, c’est une autre étape de notre navigation qui commence. Les routes de trafic sont délimitées sur nos cartes OpenCPN, il faut ouvrir l’œil par rapport aux cargos. Bizarre, tous ceux qui nous rattraperont par l’arrière durant la nuit ne seront pas sur les bonnes voies ! Notre carte est sûrement décalée ou plus à jour dans la région…

Tous ces cargos nous dépassent à moins de 0,5 milles. On surveille, l’alarme AIS est branchée au cas-où de toute manière. En plus des cargos, ce sont les vagues qui commencent à apparaître. Jusqu’ici, nous étions bien protégés, par l’absence de vent et par la proximité des bancs et des côtes.

Pour l’instant, c’est très supportable, nous avançons au près bon plein. Manwë fonctionne bien sans trop taper dans les vagues.

 

JOURNEE 5 : Quand on retrouve les alizés

 

C’est la grisaille, le ciel est couvert, le temps est lourd. Ça ne se dégagera pas de toute la journée, ni des suivantes d’ailleurs. Nous avons passé le Yucatan Channel, sans difficultés. Nous voici désormais de retour dans la mer des Caraïbes. On file cap au sud, longeant en parallèle le Mexique puis le Belize mais de très loin. On préfère pour le moment éviter de traverser le Gulf Stream, qu’on pense encore trop fort dans cette région.

Notre objectif est donc de descendre au sud au maximum pour obliquer à l’ouest devant le Guatemala, traverser le courant et arriver devant l’entrée du fleuve, le Rio Dulce.

Bonne nouvelle, on a retrouvé nos chers alizés ! Mauvaise nouvelle, les vagues qui vont avec ne nous épargnent plus…

La température a baissé, c’est plus supportable. Le vent de travers nous rafraîchit, pensez, 30°C, on aurait presque froid:) Il est bien établi, environ 15 nœuds, ce qui nous fait désormais naviguer à 6 nœuds en moyenne. Plus besoin d’allumer le moteur !

Problème, j’ai le mal de mer. Entre la journée grise et les vagues qui chahutent le bateau, m’entraînant maux de tête et perte d’appétit, c’est le début de la déprime. Quand est-ce qu’on arrive ! Heureusement, ça ne durera qu’une journée, mon mal de mer, hein, pas les conditions ! Elles seront identiques, vent, vagues et temps maussade, jusqu’à notre arrivée…

 

NUIT 6 : Quand on se bat contre un orage en pleine nuit

 

La lune se lève de plus en plus tard pour venir égayer nos nuits, on en profite à peine. De toute manière, avec toute cette couverture nuageuse, on ne voit strictement rien. Ni ciel, ni étoiles, seul ce noir épais et lourd autour du bateau. Guère rassurant…

Vers 4h du matin, j’entends depuis la cabine Damien s’agiter sur le pont. Je me lève, encore à demi-endormie, il est en train de réduire les voiles. Je sors pour l’aider, on prend un ris et on roule un peu le génois car le vent monte. Pas compliqué de savoir pourquoi, de gros nuages encore plus noirs que le reste se trouvent droit devant, éclairés brièvement par de monstrueux éclairs juste dessous !

Depuis le coucher du soleil, on pouvait voir les orages débuter tout autour de nous. Ça ressemblait au crépitement de milliers d’appareils photos, comme en plein concert. Impossible de déterminer leur provenance ni leur direction dans ce gris environnant. Ils paraissaient tous si loin !

Seulement celui-là a décidé de nous arriver pile dessus ! On vire de bord, tant pis pour la route, il nous faut mettre le cap plein est pour longer et éviter au mieux le nuage. Le vent a de toute façon tourné de 120°C et nous emmène au près vers les Petites Antilles. Heureusement, ça ne durera pas trop longtemps, l’orage finit par s’éloigner vers l’ouest. On reprend notre route au sud-ouest, soulagés, mais sans vent… Obligés de mettre le moteur maintenant ! Où sont passés les alizés ?

 

JOURNEE 6 : Quand ce ne sont pas les éclairs, c’est une trombe !

 

Journée morose, réveil tout gris. Mais le vent revient, on peut enfin re-naviguer à la voile. Le ciel se dégage un peu dans l’après-midi, mais pas de vie autour de nous. C’est très étrange, on se sent si seul ! Pas d’oiseaux, pas de poissons volants, pas de voiliers et plus de cargos, c’est comme si on était perdu au milieu de nulle part… Si différent de quand on traverser l’océan Atlantique, où en plein milieu, on pouvait voir des oiseaux virevolter autour de nous !

Les nuages deviennent gris foncé à l’horizon dans l’après-midi. C’est le signe, orage ou pas orage ? Telle est la question… Eh bien, ce ne sera pas des éclairs mais une trombe qu’on apercevra avec frayeur au loin ! Une vraie, plus grosse encore que celle qu’on avait aperçu au nord de Long Island.

Trombe dans la mer des Caraïbes.

On ne voit pas grand-chose sur la photo, il faisait tout gris, mais on la distingue un peu…

Même si elle ne vient pas vers nous, on s’en écarte encore plus. Aux jumelles, on peut voir toute l’eau qui est aspirée et qui tourne dans tous les sens au pied de la petite tornade ! C’est tellement impressionnant, mes émotions varient entre peur et fascination…

 

NUIT 7, JOURNÉE 7 et NUIT 8 : Quand le calme règne

 

Aucun orage cette nuit ! C’est vraiment à souligner, pas un éclair à l’horizon:) Les vagues sont toujours là, mais plus calmes et je me suis bien amarinée maintenant. Les quarts commencent à bien nous épuiser mais on se rattrape par de nombreuses siestes plus courtes en journée. Vivement l’arrivée !

Lever de soleil sur la mer des Caraïbes au large de l'Amérique centrale.

Je ne me lasse pas des levers de soleil. Tellement réconfortant !

Mi-gris, mi-bleu dans la journée ensuite. Quelques oiseaux font leur apparition, venant nous saluer dès l’aurore ! Ça fait plaisir !

Puis, durant la nuit, un énième orage à éviter, on commence à avoir l’habitude. On change notre route, il s’éloigne, pas trop de souci finalement.

 

JOURNEE 8 : Quand on finit par aller trop vite !

 

Toujours beaucoup de nuages au-dessus de nos têtes, mais le soleil arrive de temps à temps à percer cette couche épaisse. On se rapproche de notre destination, on le sent. Nous sommes même obligés de ralentir en fin de journée, c’est un comble !

En effet, nous sommes dimanche et nous ne voulons pas arriver trop tôt dans les eaux du Guatemala. Hors de question d’atteindre Livingston aujourd’hui, la ville située à l’embouchure du fleuve. Nos formalités d’entrée nous coûteraient bien trop chères car hors des horaires de semaine.

On roule donc le génois mais avec le vent bien stable, même sous grand-voile seule, on avance toujours bien. On est quasi obligé de rallonger notre route ! Notre but est d’arriver à la tombée de la nuit sous la pointe de Manabique, pour mouiller à l’abri des vagues. Ainsi, on pourra se rendre le lendemain matin, un lundi, à Livingston, 10 milles plus loin.

 

NUIT 9 : Quand on comprend que ce n’est pas plus tranquille au mouillage…

 

Notre première nuit au mouillage depuis de longues, très longues journées ! Mais quelle nuit… Presque plus horrible encore qu’en mer !

Les orages grondent toute la nuit et c’est une vraie pluie tropicale qui s’abat sur le bateau et qui s’éternise. Je n’arrive pas à fermer l’œil, on est ancré donc impossible de chercher à éviter quoi que ce soit. Je n’aime pas ce côté impuissant ! En mer, au moins, on pouvait se battre, choisir une échappatoire parmi tous ces éclairs !

On décolle du mouillage à l’aurore, épuisés moralement et physiquement. Et c’est loin d’être terminé. Pas de voiles mais le moteur à fond, les orages ne se sont pas calmés ! Il nous reste 10 milles pour atteindre Livingston et être sensiblement mieux protégé, à l’abri des hauteurs de la ville et des arbres. 10 petits milles qui paraissent interminables… Les éclairs fusent, je reste à l’intérieur du bateau pour me protéger de la pluie (notre bimini n’est toujours pas imperméable) et guider Damien par rapport aux quelques bouées à repérer.

Car arriver dans l’embouchure du Rio Dulce est tout sauf chose aisée. Comme si le ciel ne suffisait pas à nous embêter, c’est le fond marin qui s’y met ! La profondeur diminue à l’approche de Livingston, créant un banc de sable à passer à environ 1,80 m. Manwë a un tirant d’eau d’1,70m, c’est juste mais on croise les doigts très fort pour que ça passe !

Les pêcheurs sont très nombreux dans les parages, sur des barques ou des mini-chalutiers. Mais pas question de perdre notre cap, précisément indiqué par les différentes cartes que nous avons à notre disposition. On déambule donc entre les bateaux à moteur, entrant dans les eaux marrons du fleuve. Quelle différence par rapport à la mer !

La ville se rapproche, le sondeur commence à nous indiquer qu’on passe sur le banc. Il inscrit 1,9 puis 1,8 puis diminue encore ! Il y a de la houle qui entre dans le fleuve et dans le creux des vagues on perd encore 20 ou 30 cm de profondeur ! Aie, ça y est, on touche le fond. On y était presque ! Damien enclenche la marche arrière à fond, ah, ils doivent bien rigoler tous les pêcheurs de voir les voiliers s’enliser les uns après les autres durant la saison:)

Une vague nous pousse et ouf, on se dégage, c’était juste un peu de vase, on arrive à continuer notre route pour finalement mouiller devant Livingston. Ce n’est pas très joli, le vent lève les vagues sur l’entrée du fleuve, on est entouré par un balai incessant de barques en tout genre, mais aucune important, ON L’A FAIT !!! On est ENFIN arrivés au Guatemala !

Ne manquez pas notre article « Guatemala : arrivée au Rio Dulce (Livingston) et remontée du fleuve en voilier » sur la suite de nos aventures, elles se sont bien améliorées !

 

Et vous, avez-vous pensé à venir passer la saison cyclonique sur le fleuve du Guatemala ? Comment et par où y êtes vous arrivés ? Quelle marina avez-vous choisi ?

 

Pour information, finalement, on aurait eu assez d’essence pour la navigation avec notre demi-plein, sans avoir eu besoin d’aller s’embêter à le remplir à fond aux North and South Bimini Islands…;)

 

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5 commentaires

  1. bravo pour votre traversée mouvementée, vive les anciens mats en bois !!!!
    a bientot de vous lire
    michel

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