Navigation entre Huahine et Moorea – la dernière traversée de nuit avec Manwë ?

Le mont Rotui et la baie d'Opunohu pendant la saison des pluies.

Notre virée de quelques semaines aux Îles sous le Vent est terminée. Huahine, Raiatea, Taha’a, Bora Bora, Maupiti, dans un sens puis dans l’autre, nous avons navigué à travers le petit archipel en essayant d’en découvrir le maximum. Il est temps de revenir sur nos pas, vers l’île mère, Tahiti. Avec un rapide stop à Moorea avant, pour célébrer la nouvelle année !

Nous avions repéré juste avant Noël un système météo plutôt favorable pour notre départ vers Moorea. Il n’est pas très habituel alors nous aimerions en profiter. Car Moorea se situe à environ 80 milles de Huahine, au sud-est, donc quand on veut s’y rendre, on a quand même de fortes chances de se retrouver face aux vents dominants. Or, tirer des bords pendant toute une nuit, ce n’est pas notre passion.

Mais des vents d’ouest sont apparus sur nos gribs. Alors ils ne vont pas non plus s’étaler sur toute la zone qui nous entoure et pouvoir nous englober sereinement sur notre navigation. En fait, deux fronts vont se rencontrer : un front de vent de SE face à un front de vent de NO, bref, il semble que notre trajectoire prévue se situe en diagonale pile entre les deux… Il va falloir jouer sur le plan d’eau pour trouver les bons souffles d’air qui nous pousseront le plus longtemps possible dans la bonne direction.

 

Nav’ de nuit : houle, pluie, vent, pétole, orages, la totale quoi !

 

Nous levons l’ancre le 26 décembre en début de soirée, depuis la ville de Fare, au nord-ouest de Huahine. Nous sortons par la passe Avamoa, le soleil couchant nous éclaire de sa pâle lueur à l’horizon tandis que des surfeurs profitent encore des vagues qui déferlent sur le platier. Elles sont plutôt impressionnantes d’ailleurs ! Cela ne me rassure pas, la houle doit donc l’être tout autant derrière…

En effet, à peine sortis du lagon, nous nous retrouvons sur une houle très longue – venant du NO, donc quasiment face à nous à ce moment-là – réellement énorme, le bateau monte et descend sur cette lente montagne d’eau mouvante. Quand nous sommes dans le creux de l’onde, la crête suivante me paraît monstrueuse ! Damien, lui, ne panique pas. En soi, la période de la houle est si longue qu’il n’y a rien de dangereux, tant que le vent n’y ajoute pas des vagues et que le tout ne déferle avec fracas.

Nous avons décidé de contourner l’île par le nord, ça ne change pas grand-chose. La côte s’éloigne en même temps qu’elle s’illumine, avec l’aéroport que nous longeons qui se met à briller de mille feux. Contre toute attente, l’obscurité qui tombe me cache désormais la puissance de la houle et éteint mon angoisse. Je ne vois plus le danger et pour l’instant, je préfère ne plus m’en inquiéter. Nous la ressentons encore, elle n’a pas disparu pour autant et elle fait d’ailleurs violemment battre nos voiles dans cette absence de vent. Nous appuyons au moteur mais il faut se résigner, mieux vaut affaler la voilure pour l’instant, au risque d’abîmer nos voiles voire de tout casser sur le pont.

Une fois la côte nord de Huahine dépassée, nous laissons l’île derrière nous en obliquant vers le SE. Le point positif, c’est que la houle se cale désormais sur notre direction – enfin, c’est plutôt notre voilier mais le résultat est le même –, au moins, elle ne me gêne pas et ne me rend pas malade. Mais le vent se fait toujours capricieux, nous devons sans cesse réviser notre configuration de voiles. Nous mettrons beaucoup de temps et de distance à récupérer un semblant d’air. La navigation alternera entre avancée sous voiles au portant, dans quelques brises soudaines de NO, et sous moteur…

Le pire dans cette situation déjà peu amusante, c’est le climat qui accompagne ce système météo. Avec les vents d’ouest viennent également orages et fortes pluies. Nous n’y échappons pas, Damien me dit avoir surveillé attentivement les éclairs au loin pendant son premier quart. Ouf ! plus de peur que de mal, les nuages noirs ne s’approchent pas trop près de nous. Entre un fort coup de vent dans une mer hachée et un orage, j’ai du mal à savoir ce que je trouve le plus stressant. Je pencherais quand même pour les éclairs, on se sent tellement impuissants, seuls sur l’eau, avec notre mât dirigé vers le ciel, quand le tonnerre gronde au-dessus de nos têtes !

Pendant mon quart, c’est la pluie qui vient ruiner notre cockpit. Il pleut si fort que tout est trempé à l’extérieur, je n’ai aucune envie de passer mon quart dehors, humide, mouillée et transie de froid. Je m’installe donc brièvement dans la chaleur du carré, un rythme infernal mais obligatoire se met en place. Toutes les 15 min, je me relève, j’enfile veste de quart et bottes et je sors à l’extérieur pour un rapide tour d’horizon, vérification des instruments et des voiles (nous filons sur l’eau à ce moment-là dans presque 30 nœuds). Puis, je redescends, c’est l’heure de la pause, 15 min donc pour me déshabiller, me caler dans le carré et retrouver mon épisode de série là où je l’avais laissé. Et rebelote pendant 3 h ! Quelle chance vraiment que mon mal de mer n’est pas fait surface, sinon tout cela aurait été encore moins drôle…

Nos quarts suivants s’enchaîneront de la même manière et c’est après 89 milles parcourus que nous arrivons au lever du jour sur l’île de Moorea. Avec une pointe de satisfaction tout de même, nous n’avons pas fait que du moteur. Réussir à avancer sous voiles au portant sur cette traversée (dans ce sens bien sûr) s’avère finalement assez rare. La plupart des plaisanciers croisés çà et là nous ont raconté n’avoir eu que du vent de face, le choix du près ou du moteur dépend ensuite de chaque croisiériste (mais j’aurais tendance à dire que beaucoup abandonnent pour faire cette navigation au moteur, ce que nous aurions peut-être fait d’ailleurs).

Nous mouillons dans la baie d’Opunohu, face à la plage de Ta’ahiamanu. L’environnement est peu engageant, en plus du ciel voilé et menaçant, le décor de l’île a bien changé depuis notre dernier passage. Lagon verdâtre voire marron suite aux flux des cours d’eau, multiples cascades descendant du Rotui le long de ses falaises, la saison des pluies modifient pas mal l’ambiance paradisiaque de la Polynésie…

Le mont Rotui et toutes les cascades créées par la pluie incessante.

Le lagon de Moorea vert suite aux pluies torrentielles de la saison.

Nous retrouvons Anna & Lucas, qui vivent ici sur leur voilier Dir Na Dor, et Yann & Laura, sur leur voilier Quasar. Nous planifions une petite soirée de Nouvel An avec ces derniers, eh oui ! la nouvelle année approche à grand pas !

 

Nouvelle année = nouvelle résolution ?

 

Ce n’est pas exactement des bonnes résolutions que nous comptons établir, mais des nouveaux projets !

Ce n’est pas sans émotion que j’écris cet article. Car nous l’aimons notre cher Manwë, notre brave voilier qui nous a transporté et supporté jusqu’ici. Plus qu’une maison et qu’un moyen de transport, il est (très) rapidement devenu un véritable membre de la famille. Sur lequel nous avons pu compter en toutes circonstances. Il nous a toujours emmené là où nous l’avons voulu, il ne nous a jamais déçu ni abandonné. Bon, il nous a embêté parfois, cassant ici et là quelques équipements, entraînant quelques travaux peu amusants, mais tout s’est toujours bien terminé.

Note : Nous sommes fin mai 2020 au moment où j’écris ces lignes. Mais je vous parle encore comme si nous étions début janvier 2020. On vous expliquera au fur et à mesure les évolutions de ces derniers mois.

Mais voilà, nos envies évoluent, nos projets avec. Nous avons toujours avancé dans notre voyage sans trop penser à l’avenir. Nous étions partis de France sans date limite. Alors certes, on savait quand même qu’on ne partait pas pour vingt ans non plus. Quelques années, trois, quatre, cinq… avant de devoir se remettre à travailler. Eh oui, nous avons beau avoir voyagé depuis deux ans et demi sur nos économies (on vous explique nos dépenses en grande croisière dans notre article «Budget d’un demi-tour en voilier»), nous ne sommes pas rentiers pour autant. Nous dépensons peu (sans nous priver non plus mais en faisant attention), afin que nos vacances sur l’eau durent le plus longtemps possible.

Quand nous sommes arrivés aux Antilles, nous savions alors que nous voulions continuer. Hors de question pour nous de rentrer au bout d’un an sur la fameuse boucle Atlantique, ce n’était pas ce que nous avions prévu. Nous voulions pousser plus loin. Une saison en Amérique centrale puis, départ pour le Pacifique. Pour tout avouer, on l’avait en tête depuis le début celui-là ! Cet océan et sa myriade d’archipels tous plus incroyables les uns que les autres. On savait qu’on avait vraiment envie d’y aller, c’était à la fois un défi et un rêve que de traverser cet immense océan jusqu’à ces lointains atolls et volcans.

Alors, nous l’avons fait, et encore une fois tout s’est très bien passé. Cela fait désormais dix mois que nous sommes en Polynésie française (nous sommes arrivés aux Marquises au début du mois d’avril 2019).

Et la suite maintenant ? Au début, à l’origine même du projet, on avait des envies de grandeur. Quand on est encore à terre, c’est facile de tracer des routes dans tous les sens sur la carte du monde. Après la Polynésie française, l’océan Pacifique continue bien sûr, il y a de nombreux archipels qui s’égrènent vers l’ouest : îles Cook, Tonga, Fidji etc. Puis encore plus loin, aux portes de l’Asie : Salomon, Vanuatu, Papouasie Nouvelle Guinée, etc. Entre temps, un détour par la Nouvelle-Zélande semblait être aussi un beau projet. En prenant en compte les saisons sûres et cycloniques, on peut y rester six mois et profiter à fond des terres magnifiques du Seigneur des Anneaux. Encore après, c’est l’Asie du SE, avec des pays comme l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande même, si on remonte le long du continent. Je n’ai aucune idée des routes précises de navigation dans ces eaux-là pour l’instant.

Bref, le trajet ne s’arrête pas là puisque de toute manière, il peut faire le tour de la Terre. C’est ce que nous pensions à l’époque, traçant une ligne jusqu’à notre point de départ, en France. Après l’Asie, il faut donc envisager la traversée de l’océan Indien, puis le passage du cap de Bonne-Espérance, la remontée de l’océan Atlantique vers le Brésil par exemple, un retour aux Petites Antilles pour enfin revenir vers l’est par l’Atlantique Nord, les Açores et enfin les côtes européennes. Autant dire qu’une fois en Polynésie française, certes nous avons déjà parcouru un demi-tour du monde et environ 15 000 milles, en deux ans et demi, mais il reste à peu près la même chose de l’autre côté ! Or, nous aspirons à autre chose désormais et pour de multiples raisons.

D’une part, il y a les proches qui nous manquent. Nos familles et nos amis n’ont pas tous eu la possibilité de venir nous rendre visite durant ce long périple, tout comme nous n’avons pas pu rentrer les voir en France très souvent. Déjà un aller-retour de deux mois fin 2018 pour nous, c’était pas mal niveau temps et budget.

D’autre part, nous avons profité à fond de la Polynésie française, de ses îles, de sa culture, de tous ses attraits. Pour l’instant, nous n’avons pas le courage de songer aux archipels suivants sur l’océan. Ce n’est pas qu’ils ne nous intéressent pas, c’est plus subtil, disons que nous nous sentons comblés avec ce que nous avons déjà eu la chance de voir, et que ces destinations peuvent bien attendre quelques mois voire années. (Enfin, ça c’est vite dit avec le réchauffement climatique mais c’est un autre sujet…).

En outre, nous aimerions vivre et naviguer sur un bateau plus grand. Manwë est parfait pour la vie à deux, nous en sommes très satisfaits. On vous prépare d’ailleurs un article à ce sujet pour vous faire un petit bilan de ce voyage à bord d’un Océanis 390. Seulement, encore une fois on rêve de grandeur, cette fois-ci en terme d’habitat. Nos amis de Wapiti et leur superbe catamaran y sont pour quelque chose, nous avons envie de passer sur deux coques maintenant. Pour avoir un vrai espace de vie extérieur et intérieur (sans descente), plus d’équipements à bord : un congélateur, un compresseur pour des bouteilles de plongée, etc. Des désirs luxueux ? Possible. Dans tous les cas, prochain bateau ou pas, pour continuer notre vie, il va falloir retravailler, pas de mystère.

Enfin, la dernière petite raison, c’est le désir à notre âge d’agrandir la famille. Naviguer à deux, c’est génial, nous en avons énormément profité et ce fut une expérience aussi divertissante qu’enrichissante. Mais nous avons aussi croisé de nombreuses familles qui vivaient un superbe voyage avec leurs enfants, à travers des activités pour petits et grands aussi agréables que variées sur l’eau, sous l’eau et à terre. Alors, pourquoi pas nous ? Et là, s’il faut repartir à plusieurs, avec des enfants, rien ne vaut un catamaran pour loger tout ce petit monde tout en gardant un semblant de tranquillité et d’intimité à bord.

Donc résumons nous, pourquoi vouloir nous séparer de notre voilier, de notre ami si cher à notre cœur ? Parce que nous avons besoin d’une pause, une pause à terre. Nous voulons souffler un peu, profiter à nouveau de nos proches, faire d’autres activités (pas mieux mais différentes de la vie en bateau – alors on continuera les spots nautiques sans aucun doute, mais en y ajoutant aussi des road-trips, des tours en vélo, etc.), retrouver une certaine simplicité liée la vie en maison (face à des corvées comme la lessive ou les courses, même si nous en retrouverons d’autres que nous n’avons pas à bord).

Nous avons donc besoin de nous poser un peu, de reconstruire notre motivation afin de repartir de plus belle, enjoués et excités, tout comme au début de cette présente odyssée. Un retour en France pour quelques années, cela devrait suffire, non ? Car nous avons la bougeotte, nous ne rentrons pas définitivement, enfin, cela m’étonnerait beaucoup. Un futur projet de voyage en bateau – en catamaran en famille, qui sait ? – se dessine. Pourquoi pas directement depuis les Antilles, voire même du Panama, dans l’objectif de continuer au-delà de Tahiti vers les destinations qui nous restent justement à découvrir ? Un autre rêve. Mais on l’a vu, on en a déjà réalisé un, de rêve, alors c’est tout à fait possible que le suivant devienne réalité lui aussi !

Mais au fait, pourquoi ne pas garder Manwë et le ramener en France pour vivre dessus et travailler à côté ? Eh bien, déjà, comme nous l’avons dit, c’est encore bien loin la métropole. Nous sommes un peu à l’autre bout de la planète, aux antipodes. Il nous faudrait voyager encore deux à trois ans, si nous voulons aussi profiter des escales sur le chemin. En plus de cela, une fois en France, il faut pouvoir le stocker le bateau en question ! Ce n’est pas comme si une place de port nous attendait bien au chaud le long des côtes atlantiques ou méditerranéennes. Avec les listes d’attentes de plus d’une dizaine d’années, autant dire que c’est utopique de songer à s’installer dans un endroit propice, avec travail à la clé non loin.

Voilà donc pourquoi nous revenons vers l’est, sur nos pas, après notre passage dans les Îles sous le Vent. Maupiti sera-t-elle l’île la plus à l’ouest de notre voyage tout entier ? Pour l’instant, notre but est de mettre en vente notre bateau. Tout en gérant l’annonce et les éventuelles visites, nous comptons terminer la saison cyclonique ici, entre Tahiti et Moorea (donc jusqu’en avril).

C’est tout de même difficile de songer à la fin d’une aventure telle que celle que nous vivons. Malgré l’idée de la vente de Manwë, et en attendant la véritable passation du bateau et notre départ de Polynésie (qui ne va pas non plus se faire en 3 jours), nous allons tout faire pour profiter à fond de nos derniers moments passés avec lui et pour nous en prévoir d’autres tout aussi intéressants à l’avenir. Le blog continue, nous avons encore plein de choses à vous partager ici !

Note : Tout ceci est écrit sans prendre en compte le coronavirus ni ses conséquences sur nos plans. On vous parlera de nos projets à court termes après la mise en vente du bateau (et avant sa vente en elle-même) dans un autre article. Un ultime retour dans les Îles sous le Vent ? Ou plutôt vers les Tuamotu ? D’autres idées en tête ?

3 commentaires

  1. Bonjour,
    Dans un posting précèdent vous posez le nom de votre voilier sur le coque. Pouvez vous svp me donner le nom de la société qui a réalisé le décalque en question ? D’avance merci. Peter

    1. Bonjour,
      Je ne me souviens plus du tout, mais c’était un site internet quelconque, pour commander des autocollants, pas une société particulière 🙂 Bon courage dans vos recherches,

      Anaïs

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :