Budget d’un demi-tour du monde en voilier

Notre bateau au mouillage aux Grenadines, à Béquia.

Ici, on parle argent ! Dépenses pour la préparation du voyage ou une fois partis, on vous dit tout sur comment nous avons fait et comment nous nous gérons actuellement. Une sorte de bilan financier, après avoir parcouru l’Atlantique, l’Amérique centrale et maintenant la Polynésie française dans le Pacifique.

Tout ça pour plus de transparence, pour en rassurer certains qui hésitent à se lancer dans une telle aventure et pour prévoir au mieux un voyage autour du monde à la voile.

Nous avons quitté la France avec notre voilier Manwë en juillet 2017. Après des escales en Méditerranée, Atlantique, Caraïbes, Amérique centrale, nous sommes arrivés en Polynésie française depuis le mois d’avril 2019. Cela fait donc plus de deux ans et demi que nous avons largué les amarres !

Pour plus d’informations sur notre trajet depuis notre départ, rendez-vous sur notre page Notre Odyssée.

 

Construire ses économies pour partir

 

On voulait investir dans un bateau sans faire de crédit, pour éviter d’avoir un prêt à rembourser. On voulait aussi être autonome le plus possible pendant les premières années de notre périple, avant de se soucier de la caisse de bord et s’arrêter pour travailler.

Un tel budget, ça se prépare bien sûr. Après l’école d’ingénieur où nous nous sommes rencontrés, nous avons travaillé chacun dans un bureau d’étude, 3 ans et demi pour moi, 4 ans et demi pour Damien exactement. Notre projet de partir vivre et naviguer sur un voilier s’est construit à ce moment-là – quasiment dès le début de nos boulots, coïncidence?;)

Nous avons donc économisé au maximum durant nos deux jobs, pas évident tous les jours mais c’était pour la bonne cause ! On s’y est mis suffisamment tôt pour anticiper au mieux notre futur et assurer sur plusieurs mois voire années un train de vie modeste et sans revenus une fois à bord.

Note : Pour tout avouer, on avait aussi quelques économies de côté, notamment Damien en conservant précieusement des sommes reçues à ses anniversaires par exemple. On s’est marié aussi avant de partir ! Alors certes, ça coûte des sous mais ça en rapporte aussi grâce aux cadeaux et participations de nos proches:)

 

Les dépenses avant le départ, la préparation du voyage

 

Nous avons acheté notre bateau fin 2015 : un Océanis 390 chantier BENETEAU, année 1989. Le prix d’un voilier dépend de plusieurs paramètres, type, chantier, taille, âge, état, équipements à bord, etc. Durant notre voyage, nous avons croisé vraiment tout type de budget d’achat chez les plaisanciers, allant de 5000 € à plusieurs centaines de milliers !

Avant le départ, en France, nous avons dépensé environ 18000 € pour des travaux et installations type « préparation tour du monde ». C’est-à-dire le changement de certains équipements électroniques à bord, l’achat d’une nouvelle ancre, le changement du gréement (pas le choix pour l’assurance), l’installation d’un dessalinisateur, d’un génois neuf, d’une trinquette sur emmagasineur et enfin, l’antifouling avant de partir.

Damien a aussi effectué un stage de formation pour moteur diesel avant notre départ, pour 300 €. Ce qui fut vraiment utile, certains entretiens et réparations pouvant facilement se faire par soi-même, ce qui évite de payer (cher) un professionnel.

 

Gérer son budget une fois partis sur l’eau

 

On essaye toujours de contrôler nos dépenses, pour trouver le bon compromis entre profiter des escales et faire que notre périple dure le plus longtemps possible.

On se fait donc plaisir de temps en temps (on n’est pas des moines non plus!), un petit verre, une excursion, un snack ou restaurant. Mais on reste raisonnable, on n’en fait pas tous les jours. Et puis, ça dépend aussi beaucoup de la destination. Le niveau de vies des îles et pays ne se valent pas, c’est plus économique d’aller boire une bière au Mexique qu’aux Bahamas !

Mais en bateau, ce ne sont pas les dépenses personnelles qui prennent le plus d’importance. C’est pour le voilier lui-même ! C’est lui le grand dépensier! Et c’est surtout ce budget qu’il faut pouvoir anticiper.

 

Moyenne par mois et par domaine de dépenses

 

Voici en détails les rubriques pour nos dépenses mensuelles en moyenne. Tous les montants indiqués sont valables pour deux personnes, comptabilisés depuis notre départ en juillet 2017.

 

Bateau usuel : 500

Le nerf de la guerre… Ici, on prend en compte tout ce qui touche au bateau dans la vie de tous les jours, c’est-à-dire l’entretien courant et les frais de fonctionnement. Comme le dit la théorie, cette valeur correspondrait à 10 % du montant du bateau par an. C’est à peu près ça pour nous.

  • Accastillages et produits d’entretien
  • Antifouling. Le premier a été comptabilisé dans le montant « préparation du voyage » cité plus haut. Nous en avons refait un au Guatemala en novembre 2018.
  • Entretien courant, ceux du moteur inboard, de la survie, etc. bref, les révisions qui reviennent tous les X années.
  • Gasoil pour le bateau
  • Essence pour l’annexe
  • Eau pour les réservoirs. L’eau est rarement payante au ponton mais ça arrive. Nous avons un dessalinisateur donc nous n’avons jamais besoin de remplir de l’eau.
  • Gaz. Encore une dépense qui varie énormément en fonction de la destination.
  • Assurance. On vous en dit plus dans notre article « Question d’assurance pour un tour du monde à la voile« . Nous avions d’abord une assurance multi-risque, pour 2500€ par an. Désormais, nous avons une assurance responsabilité civile, pour 500 € par an et une assurance santé personnelle, pour 500 € par an (ces montants sont valables pour deux personnes). Moyenne par mois : 133 €
  • Ports, bouées et parcs naturels. Une dépense qu’on évite en restant au mouillage le plus souvent possible. Parfois, dans des réserves protégées, on est obligé de payer une bouée, voire même sur ancre mais c’est rare. Moyenne par mois : 56 €

Note : Ce montant comprend notre longue escale dans une marina du Rio Dulce, au Guatemala, pour la saison cyclonique des Caraïbes 2018. Nous y avons passé 5 mois avec notre bateau, ce qui nous a coûté au total environ 1110 €. Ceux qui continuent de naviguer pendant cette période économisent évidemment cette part. Sans cette escale guatémaltèque, cette moyenne « Ports, bouées et parcs naturels » tomberait à 18,09 € par mois.

  • Communication satellite. On avait acheté un Iridium 9555, uniquement pour la transatlantique, que nous avons revendu aux Petites Antilles. On a investi ensuite dans un Iridium Go, pour la transpacifique, qu’on n’utilise plus depuis mais qu’on espère revendre en Polynésie française (pas encore fait).

Note : On n’a pas inclus ici les gros travaux ou achats imprévus, ceux qui arrivent alors qu’on ne s’y attendait pas. Mais on vous en parle plus en détails à la fin de cet article !

 

Avitaillement : 274 €

Difficile de passer à côté des courses ! Ce budget dépend beaucoup de l’escale où on se trouve. Le mieux est de consommer le plus local possible pour éviter les produits importés, rapidement hors de prix. Bien qu’en tant que bons Français, dur de se priver de fromage, de pain ou de vin!:)

Il faut donc apprendre à tirer parti de la nature comme avec la pêche, acheter localement les fruits et légumes sur les marchés, cuisiner un maximum, etc. Pain, pizza, conserves, confitures, beaucoup de plats et produits peuvent être fait maison, une vraie source d’économies ! Et puis, c’est plus sain pour la santé et pour la planète 😉

 

Clearance (immigration, douanes, permis de navigation) : 67 €

Étapes obligatoires du voyage en voilier, les clearances d’entrée et de sortie à effectuer dans chaque pays. Non seulement ça prend un peu de temps, mais en plus, ça peut vite coûter cher !

Aux Petites Antilles, c’est raisonnable, à peine une vingtaine d’euros par île en moyenne. Pour les Grandes Antilles et l’Amérique centrale, ça monte rapidement, environ 250 € à chaque fois. De quoi réfléchir au nombre de destinations qu’on veut visiter. Une fois en Polynésie française par contre, on a l’avantage d’aborder un vaste terrain de jeu avec seulement une entrée gratuite pour tout le territoire !

Note : Nous avons aussi pris en compte ici le passage du canal de Panama, qui nous a coûté au total 1624,54 €.

 

Restaurants, snacks et bars : 120

Ah les petits plaisirs… C’est le plus frustrant pour moi car j’adore aller manger à l’extérieur. Là encore, tout dépend du pays mais ça reste un coût non négligeable, que l’on peut éviter en cuisinant par soi-même. On craque donc de temps en temps mais avec modération. Au final, nos sorties se résument plus souvent à trouver un bar avec wifi, moyennant une petite consommation.

 

Activités extérieures (sport, loisir, visites) : 176
  • Excursion organisée (avec guide)
  • Musée, cinéma
  • Parc naturel ou jardin botanique
  • Équipements sportifs usuels sur un voilier : randonnée, snorkeling, paddle, etc.
  • Plongée sous-marine. Nous n’avons pas de matériel mais on s’est offert quelques plongées en club. Moyenne par mois juste pour les plongées : 35 €.
  • Matériel de pêche
  • Livres et magazines. Ce n’est pas souvent mais ça peut arriver.
  • Multimédia : liseuses électroniques, ordinateurs, téléphones, drone, etc. Même si on a normalement investi avant le départ, il arrive qu’on ait envie ou besoin de nouveaux gadgets électroniques.

Note : On a volontairement exclu de ce montant le kitesurf et le matériel qui va avec. Car tout le monde ne pratique pas cette discipline. A savoir durant notre voyage, nous avons par exemple acheté une aile neuve, un foil d’occasion et payer pour la réparation d’une ancienne aile. Le montant total des « activités extérieures » en incluant ce budget kitesurf est de 261 € par mois.

Certains lieux se visitent plus par la terre : randonnées, musées, vestiges archéologiques, comme les îles Canaries par exemple, ou l’Amérique centrale. Nous avons notamment parcouru le Guatemala et le Mexique en sacs à dos pendant quelques semaines, ce qui amène à plus dépenser en transports, visites et logements.

Mais dans les îles en général, on peut faire beaucoup de choses gratuitement : snorkeling, plage et autres activités nautiques. A condition d’avoir le matériel bien sûr !

 

Transports : 55 €

Les locations de voitures et autres (scooters, vélos), les bus et les taxis.

Note : Nous sommes rentrés en France pendant deux mois lors de la saison cyclonique Caraïbes 2018. On a payé 1680 € de billets d’avion aller/retour pour deux personnes. Ce n’est pas pris en compte dans le montant « transports », tout le monde ne rentre pas dans son pays d’origine.

 

Internet et téléphone : 20

Nous avons toujours des forfaits français sur nos téléphones, pour conserver nos numéros, mais les moins chers possibles. Nous avons parfois acheté des cartes SIM locales dans certains pays et nous avons fini par prendre un abonnement annuel en Polynésie française pour avoir un peu d’internet. Car là-bas pas de wifi dans les bars…

 

Hôtels et logements : 10

On a rarement dormi ailleurs que sur le bateau. Mais par exemple lors de notre séjour en Amérique centrale, nous avons loué Airbnb, chambre chez l’habitant ou chambre d’hôtel.

 

Médecin & pharmacie : 17 €

On ne peut parfois pas y couper malheureusement. Généralistes ou spécialistes, on a en a consulté quelques-uns aux Antilles françaises. Mais les dépenses peuvent vite monter en pharmacie quand on n’a plus de mutuelle !

 

Vêtements, souvenirs, produits de beauté : 38 €

Là aussi, ce sont des extra, on a toujours envie de ramener un petit quelque chose en souvenir, même si on tente de rester raisonnable (faute de place aussi). Pour les produits de beauté, c’est surtout la crème solaire qui en prend une grosse part.

 

Lessive : 10

Même si on se motive au maximum à faire des lessives à la main à bord sur le bateau, un passage en laverie est parfois indispensable.

 

Conclusion

En moyenne, nous dépensons environ 1290 € par mois pour deux personnes. Sans considérer qu’on se prive, on profite vraiment de nos escales et de notre quotidien 🙂

 

Quid des imprévus ?

 

Dans un voyage en bateau, comme dans tout type de voyage, il est confortable voire indispensable d’avoir un peu d’argent de côté pour pallier aux événements non prévus. Dans notre cas, il s’agit surtout des problèmes non anticipés qui peuvent arriver au bateau : pannes, gros travaux, réparations.

Coup de malchance, conditions extérieures trop rudes, bateau mal préparé, équipements non vérifiés ou mal entretenus, etc. Personne n’échappe à ce type de soucis. Mieux vaut donc avoir toujours un peu d’argent en secours, même si c’est en fait le budget le plus difficile à évaluer.

Pour nous, ce fut par exemple le changement des batteries (deux fois!), le changement de l’annexe et du moteur hors-bord et l’ajout de nouveaux panneaux solaires. Mais pour d’autres, ce sera le remplacement d’une voile ou une grosse panne du moteur inboard par exemple !

Depuis le début de notre voyage, nous avons dépensé dans cette rubrique « gros travaux imprévus » 322 € par mois. Ce qui nous amène à un budget total moyen de 1610 € par mois pour deux personnes.

 

Alors, c’est cher un voyage en bateau ou abordable ?

 

Nous avons donné nos moyennes pour un couple de deux personnes ayant la trentaine, sans enfants. Évidemment, le budget va varier en fonction de nombreux paramètres, famille ou solo, bateau plus ou moins grand, plus ou moins récent, destinations plus ou moins chères, sorties plus fréquentes, etc.

Mais dans la majorité des cas, voyager en bateau sur du long terme reste un mode de vie économique. On vit à la fois sur notre maison et notre moyen de transport, pas de logement ni de voiture à payer. Et même si on doit souvent entretenir ou réparer des choses à bord, si on est bricoleur et motivé, on arrive toujours à se débrouiller.

Depuis notre départ en juillet 2017, nous avons dépensé une somme totale de 50860 €, soit 25430 € par personne. Ce qui revient à 9844€ par personne et par an. La théorie veut qu’un voyage autour du monde en avion coûte environ 15000 € par personne, on est donc en dessous:)

Note : Ces sommes ne prennent pas en compte la préparation du voyage (décrite au début), soit l’achat du bateau et les travaux de préparation tour du monde. On est censé revendre notre bateau à la fin du voyage, c’est pourquoi on le retire des calculs.

11 commentaires

  1. Bonjour belle aventure nous vivons aussi sur un oceanis 390 très bon bateau nous allons aussi traverser l’atlantique pour l’assurance nous sommes chez Sambo qui couvre la traversée ainsi que les Antilles ma question avez vous 2 pilotes automatique
    bon vent voilier Aloa

    1. Bonjour,
      Oui l’Oceanis 390 est vraiment un bon bateau !
      Nous n’avons pas de pilote automatique de secours, mais le principale est assez récent et tient bien la route en toutes circonstances. De plus nous n’avons plus d’assurance multirisque, juste au tier.

      Bon vent à vous aussi,
      Manwë

  2. Bonjour et merci pour votre site très clair et son fourmillement d’infos.
    N’a sommés également intéressés par un Oceanis 390 au bout de tous ces mois en mer ce bateau correspond t- il a vos attentes ? Est-il sur en mer ? facile à mener à deux ? Concernant votre assurance santé il s’agit donc d’une assurance privée je suppose spécialisée dans le voyage .? Rien a voir avec la CPAM et son feuillet a remplir pour l’étranger ? Merci pour vos retour bonne continuation et bon vent.

    1. Bonjour,
      Oui l’Oceanis 390 est un très bon bateau, nous en sommes plutôt bien satisfaits. Il marche bien en mer et est suffisamment confortable au mouillage.
      Nous avons pris une assurance santé avec l’association STW. La CPAM marche dans les îles françaises mais pour le voyage à long terme je ne crois pas qu’il rembourse les frais médicaux.

      Bon vent également,

      Damien et Anaïs

  3. Bonjour,
    J’adore votre blog, je le dévore….
    Merci pour toutes ces infos indispensables qui me permettent de mieux organiser notre projet.
    Profitez-en au maximum.
    Amicalement

  4. Trés interressant cet article pour nous qui ne sommes encore qu’aux premices de notre projet
    Merci beaucoup de prendre le temps de partager votre experience
    Amicalement

    1. De rien, ça nous fait plaisir à nous aussi, si ça peut aiguiller un peu sur comment ça se passe une fois sur le bateau 🙂

  5. Bonjour Manwë,

    Merci pour ces détails fort intéressants !
    Tu fais mention d’un Dessal acheté avant de partir: Pourrais-tu detailler un jour le sujet de l’Eau à bord avec tous les renseignements sur votre façon de fonctionner avec votre Dessal: ce qu’il vous a coûté, ses capacités, votre fonctionnement avec, votre façon de vous en servir, son rendement et donc les résultats obtenus par rapport à vos attentes et à l’investissement de départ…
    Mille Mercis et surtout Bravo pour votre périple !

    1. Bonjour,
      Oui nous avons en effet ajouté un petit dessalinisateur sur notre bateau avant notre départ. Un (gros) investissement mais qu’on ne regrette absolument pas ! On a plus parlé de ce sujet dans notre article : http://www.manweodyssey.com/dessalinisateur/. N’hésite pas si tu as d’autres questions !
      Bon vent à toi !
      Damien et Anaïs

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