Jusqu’au sommet de Maupiti, où on se croit au bout du monde !

Nous quittons Bora Bora pour la petite et mystérieuse Maupiti. Nous avons tant entendu parler d’elle ! Une étape incontournable pour tout plaisancier en Polynésie française, pourtant si redoutée. Pourquoi ? A cause de son unique passe capricieuse, une entrée qui se mérite, pour accéder à son somptueux lagon et à son île préservée et authentique.

 

Pourquoi elle fait si peur la passe de Maupiti ?

 

Pour songer à entrer en bateau dans le lagon de Maupiti, il faut le planifier à l’avance. On n’entre pas ici aussi facilement que dans les autres îles de la Société, où les passes ne posent généralement pas de problème.

Vue satellite de l'île de Maupiti en Polynésie française.
Vue satellite de Maupiti, avec notre trace dans le lagon. Nous avons mouillé à deux endroits différents.

La passe de Maupiti, nommée Onoiau, se situe au sud du lagon et est orientée nord-sud. Elle est longue et très étroite, ce qui la rend soumise aux conditions météorologiques. Si le vent d’est ou de sud-est est trop fort – c’est-à-dire s’il dépasse les 15 nœuds – la houle qui se lève vient s’écraser sur l’entrée de la passe, rendant le passage dangereux voire impossible.

De même, s’il y a une houle de sud résiduelle, même sans vent, elle peut venir gêner l’entrée. La limite conseillée est de 1m50 pour la houle. Au-delà, mieux vaut patienter avant de se risquer vers la petite île. Enfin, il faut également prendre en compte le courant dans la passe, toujours sortant, plus ou moins fort. Notamment s’il y a eu (ou s’il y a encore) beaucoup de vent et que le lagon doit se vider de son trop plein d’eau ou encore en fonction de la marée.

Note : Évidemment, tout ceci est valable de jour. C’est fortement déconseillé de s’aventurer ici de nuit !

Heureusement pour nous, les conditions étaient clémentes depuis plusieurs jours. Pas de vent ni de houle à l’extérieur. Quand à la marée, il se dit ici que chaque île et atoll a ses propres horaires de marées hautes et marées basses. Oui, ça paraît un peu étrange mais on aime suivre aussi les conseils des locaux et des habitués… D’après nos recherches et les informations d’autres voiliers, à Maupiti, c’est le matin ou le soir qu’il faut entrer pour être à l’étal.

Nous visions une arrivée à 7h00 du matin sur place. Pas le choix donc, réveil à 00h30 à Bora Bora. Aie, ça pique un peu ! On avait prévu le coup, en nous installant au plus proche de la passe Teavanui à l’ouest, près du motu Tapu. On lève l’ancre aussitôt, au moins, cette passe-ci est facile, même au clair de lune.

Dehors, comme prévu, pas de houle (ou vraiment très légère). Un vent faible suffit à nous faire hisser les voiles. En revanche, le clapot sur la mer les fait battre dans tous les sens. Au portant, on les installe en ciseaux, les laissant se dégonfler de temps à autre sans pouvoir vraiment y remédier.

Nous arrivons devant Maupiti vers 7h30 du matin. Tout de suite, je repère aux jumelles quelques vagues à l’entrée de la passe, je m’inquiète un peu. Il s’agit juste de légers rouleaux qui déferlent sur les platiers de chaque côté. La passe, elle, semble praticable. Il faut avouer que pour cette première fois, on reste bien aux aguets. Pas d’exagération ici, l’entrée s’avère en effet très étroite ! On appréhende surtout un courant trop fort qui nous ferait dériver sur les hauts-fonds. Il y en a bien un, très léger, mais les conditions calmes nous permettent d’avancer tout droit sans souci. Nous glissons donc au moteur, en nous positionnant au centre entre les perches rouges et vertes, puis en alignant plusieurs amers de suite.

Une des perches rouges à l'entrée de la passe de Maupiti.
Elles semblent si proches de nous, c’est vraiment impressionnant !

Une des perches vertes à l'entrée de la passe de Maupiti.

Arrivée dans la passe du lagon de Maupiti.
La montagne se dévoile derrière les deux motu Pitiahe et Tiapa’a qui encadrent la passe. Le courant, lui, s’affaiblit au fur et à mesure que nous avançons. Le pire (finalement, pas si terrible que ça) est derrière nous !

Le lagon et la montagne de Maupiti une fois entrés dans la passe.

Tout s’est déroulé sans encombre. L’absence de vent et de houle de ces derniers jours a rendu la passe docile et paisible. On aurait même pu rentrer à toute heure de la journée en cette période, peu importe la marée. C’est d’ailleurs ce que feront les charters, nous les verrons aller et venir à tout moment pendant notre séjour sur l’île.

Vue satellite de la passe de Maupiti.
Vue satellite de la passe Onoiau.

Nous voici enfin entrés à Maupiti, la plus à l’ouest des Îles sous le Vent ! Ce qui est vrai si on parle seulement d’île haute, mais pas si on parle en général ! Car il reste encore officiellement 3 atolls sur la carte, toujours plus à l’ouest et toujours en Polynésie française : les atolls de Maupihaa (aussi appelé Mopelia), Motu One (aussi appelé Bellingshausen) et Manuae (aussi appelé Scilly).

Du volcan originel formé il a plus de 4 millions d’années, il n’en reste que ce gros caillou posé en plein milieu du lagon, sorte de bébé montagne en comparaison avec le pic vertigineux de Bora Bora ! Mais tout comme sa célèbre voisine, Maupiti peut être caractérisé comme un presqu’atoll. A mi-chemin entre une île haute, comme les grandes et jeunes Îles du Vent – Tahiti ou Moorea, et un atoll, comme aux Tuamotu. Ne vous inquiétez pas, il y a encore tout le temps de profiter de Maupiti avant que son volcan ne disparaisse totalement sous l’eau !

Note : On vous dit tout sur la formation des îles polynésiennes dans notre article « Arrivée sur l’île de Tahiti » !

 

Mouillage entre terre et mer

 

Difficile de dire devant quel village nous allons nous ancrer, tant les maisons se suivent ci et là, sans réelle pause le long de la côte est. Peut-être Petei ou encore Vai’ea, le chef-lieu de l’île. Nous suivons le chenal qui ondule, jusqu’à dépasser un grand banc de sable à demi-immergé. Là, il n’y a plus qu’à se choisir une place dans l’immense espace disponible !

Quelques voiliers sont déjà à l’ancre. Nous comprendrons rapidement qu’ils ne restent jamais longtemps, ce sont surtout des charters passant un ou deux jours sur l’île. Par moment, on sera même le seul bateau sur tout le plan d’eau de Maupiti !

Note : Il y a deux mouillages principaux en voilier à Maupiti. A vrai dire, tout dépend de votre tirant d’eau, car on peut aller partout sur le lagon tant que ça passe ! Nous, avec notre 1m65, nous sommes restés devant le village, pour aller quelques jours plus tard mouiller au sud du lagon, à l’ouest de la passe et du motu Pitiahe.

Falaise au sud de l'île de Maupiti.
La falaise du sud de Maupiti nous domine de toute sa hauteur depuis le lagon.

Mouillage près du banc de sable, à l'est de Maupiti.

Nous mouillons dans 5 m d’eau, dans un décor vraiment enchanteur ! D’un côté, le rivage, bordé d’habitations, de quelques bâtiments et d’une église. La montagne solitaire, juste au-dessus, d’où la vue depuis son sommet doit être imprenable. De l’autre côté, le lagon, aux douces nuances de bleu et de vert, avec le banc de sable doré qui s’en détache. Enfin, le motu Tuanai qui s’étend à perte de vue au loin, langue de sable surmontée de cocotiers. Encore un magnifique mouillage qui illustre parfaitement les charmes de la Polynésie française !

Village de Maupiti le long de la rive est de l'île.

Banc de sable à faible profondeur vers le motu Tuanai.
Ça donne envie d’aller marcher non, sur cette belle étendue blanche ?

Pas de snorkeling possible autour du bateau. L’eau a beau arborer une jolie couleur turquoise, elle est trouble et on ne voit rien – mais alors rien du tout ! – sous sa surface. Pas grave, les autres activités ne manquent pas, comme aller se dégourdir les jambes à marée basse, jusqu’au motu Tuanai.

C’est un peu la spécialité de Maupiti ! Son lagon n’ayant qu’une entrée sur l’océan les échanges d’eau restent faibles par rapport à l’étendue de sa surface. Les sédiments se sont accumulés, formant ainsi de vastes zones peu profondes, à fleur d’eau pour certaines, permettant de rejoindre plusieurs motu à pied.

 

Dégustation de noix de coco sous toutes ses formes

 

Randonnée sur le rivage du motu Tuanai à l'est de Maupiti.
Le temps se gâte quand nous atteignons le motu en face du mouillage. Mais nous avons encore le temps d’aller jeter un œil à l’océan derrière la barrière. Avant de se faire tremper par les lourds nuages noirs !

Sur ce motu à première vue désolé et désert, nous entendons subitement des bruissements de feuilles peu naturels. Au détour d’un cocotier, nous repérons un Polynésien qui détache des grandes feuilles de palme des cimes, armé d’un immense bâton. On s’approche pour le saluer, il nous explique qu’il récolte de quoi préparer toits, décorations et costumes pour les festivités de Noël des semaines à venir.

Il nous propose de lui-même de nous décrocher deux noix de coco fraîches pour nous désaltérer. On accepte volontiers, très friands de cette eau parfumée. Il ne s’arrête pas en si bon chemin ! Il nous en découpe une autre, mûre cette fois-ci, pour sa chair. Puis une troisième, déjà germée, pour récupérer le « chamallow » à l’intérieur, sorte de boule de mousse sucrée qui va nourrir la future pousse de la plante. Bon, on n’est moins fan de sa texture surprenante et de son goût un peu fort.

En revanche, on apprécie grandement le cœur de palmier ! Vous connaissez, non, en conserves, déjà coupés, vendus en supermarchés ? A mettre en salade par exemple. A vrai dire, pour en obtenir, il faut carrément couper un jeune cocotier, dont la tige n’est pas encore formée. Arracher ses feuilles pour décortiquer l’intérieur. Ce que notre local n’hésite pas une seconde à faire pour nous en faire goûter !

Dégustation d'eau de noix de coco sur Maupiti.
C’est frais et c’est rassasiant !

Bref, on aura tout expérimenté autour de la noix de coco en quelques minutes, grâce à une rencontre bien sympathique:) C’est fou tout ce qu’on peut faire avec cette plante. Au-delà de ses atouts nutritionnels, on utilise également tout le reste, feuilles et tronc, pour de nombreuses applications quotidiennes. Sans oublier la coprah, la chair de coco séchée, principal ingrédient du fameux monoï !

Au retour, il ne faut pas non plus oublier de s’occuper de notre pêche du jour. Car Damien a relevé un thon juste avant notre arrivée sur l’île. Une belle bête d’au moins 15 kg ! Cela faisait tant de temps que nous n’avions rien attrapé à la traîne, à croire que les poissons avaient disparu des îles de la Société. Au final, c’est en sortant des sentiers battus, vers la petite dernière de l’archipel, que nous avons enfin pêché quelque chose…

Cookies maison cuisinés à bord de Manwë.
Avant toute chose, cookies maison aux pépites de chocolat pour le goûter !
Thon cuisiné au lait de coco maison avec coeur de palmier.
Puis, au menu du soir, thon frais, lait de coco maison préparé par Damien et cœur de palmier râpé (ramené de notre promenade). On ne peut pas faire plus local comme repas, non ?
Conserves de thon préparées sur Manwë.
Quand aux restes de poisson, il y avait tellement qu’ils finiront en conserves pour de bons petits plats à venir.

 

Ascension du mont Te Ura Faatiu

 

Cette montagne qui trône fièrement au milieu du lagon étincelant, elle nous appelle. Elle nous invite à la gravir, à grimper jusqu’à son sommet, pour embrasser depuis les hauteurs le panorama qui nous entoure.

On débarque à terre en annexe, au ponton devant la Poste. Aucune occasion de se perdre ici, la route tourne en boucle autour de l’île. Alors, le sommet, c’est à gauche ou à droite ? On se renseigne et on prend à droite, vers le nord. Après quelques snacks et supérettes, au panneau indiquant un petit centre de massage, on bifurque à gauche. Il n’y a qu’un seul chemin, là encore, pas moyen de se tromper ! On quitte le village pour entrer petit à petit en pleine nature.

Le début de la randonnée est relativement aisé, sur un chemin qui serpente le long de la montagne. Malgré l’heure matinale (on avait tenté de prévoir le coup en partant relativement tôt), la chaleur est déjà étouffante, surtout sous les rayons du soleil. Plus on monte, plus la légère brise nous rafraîchit, sensation accentuée quand nous passons à l’ombre des arbres.

Vue au loin sur la passe depuis les hauteurs d'un des villages de Maupiti.
Le village sur la rive et la passe de Maupiti au loin.
Point de vue sur Bora Bora au loin, depuis la randonnée vers le sommet de Maupiti.
Déjà à mi-parcours, on dispose d’une belle vue sur le mouillage et sur Bora Bora à l’horizon !

Sous la végétation, la température devient agréable certes mais le sol, lui, n’a pas séché des pluies de la veille. C’est humide, boueux et parfois très glissant ! Certains passages m’obligent à utiliser les mains, les crampons de mes chaussures étant déjà remplis de boue. Des racines ci et là permettent de s’agripper et de trouver appui mais je peine à avancer, derrière un Damien sûr de lui, qui avance à bon rythme sans se préoccuper de l’état du sol…

Randonnée au coeur de la forêt tropicale sur l'île de Maupiti
Je ne suis décidément pas assez habituée aux efforts de randonnée, surtout que la dernière portion de la randonnée se fait plus pentue.

La fin approche, se dressant alors devant nous telle une barrière infranchissable. La falaise est quasi verticale, un véritable empilement de gros rochers. C’est presque de l’escalade ! Heureusement, des cordes sont installées tout le long de ce passage un peu difficile, pour le rendre possible au plus grand nombre. Avec une détermination de fin d’épreuve, sûre d’en voir le bout – et sans penser à la redescente surtout – je me hisse en songeant à la vue inoubliable qui nous attend. Dans un dernier effort, je rejoins enfin Damien au sommet, à 370 m de haut !

Le mont Teurufaatiu à Maupiti, avec son panorama à 360° sur l'océan Pacifique.
La vue incroyable qui s’offre à nous est la plus belle des récompenses ! On peut voir quasiment à 360° autour de nous. Ici avec la passe au sud.
Vue sur l'ouest de Maupiti, avec le motu Auira.
Vers l’ouest, avec la pointe Tereia relié au motu Auira par un banc de sable qu’on peut franchir à pied.
Le nord du motu Tuanai et l'aéroport de Maupiti, en Polynésie française.
Vers le nord, avec l’aéroport construit sur le motu Tuanai.
Vue vers l'est, avec Bora Bora et notre voilier en contrebas.
Et bien sûr, vers l’est, avec notre bateau minuscule en contrebas et Bora Bora toujours aussi impressionnante vue de loin !

Il reste encore quelques roches plus hautes derrière nous mais on ne sait pas si elles sont accessibles. C’est peu en dénivelé finalement, pas très long (nous avons mis environ 1h15 pour l’aller) mais intense, surtout vers la fin ! On ne redescendra pas par le même chemin, bifurquant vers la droite, vers le nord-est. On restera ainsi sur une crête, pour arriver en bas au nord de l’île. Un choix plus facile, sans corde ni escalade !

 

Internet passe en 4G !

Maupiti était sur le réseau EDGE de l’opérateur Vini quand nous y sommes arrivés. Comme aux Tuamotu ou aux Marquises. C’était la seule des îles de l’archipel de la Société encore si peu desservie, les autres étant en 4G. Autant dire qu’avec mon smartphone, internet fonctionnait beaucoup moins bien ici…

Or, le jour où nous sommes montés jusqu’au sommet de la montagne, nous sommes passés à côté de l’unique antenne téléphonique de l’île, située sur le sentier. Deux employés étaient en train de travailler dessus. On a plaisanté en leur demandant s’ils allaient installer la 4G et figurez-vous qu’ils ont répondu oui ! Deux jours plus tard, le réseau tout entier de l’île est passé en 4G. J’ai même vu l’icône se modifier sur mon téléphone, plutôt amusant. Surtout, beaucoup plus pratique !
Bon, il ne faut pas s’attendre à ce que le réseau fonctionne à l’ouest de l’île, l’antenne se trouvant de l’autre côté du relief à l’est…

 

Après l’ascension du sommet de Maupiti, on compte bien en faire le tour ! A pied, c’est faisable et c’est même une balade plus qu’agréable pour se dégourdir les jambes et découvrir l’intégralité du lagon.

2 commentaires

  1. Félicitation pour ces merveilleux reportages ! actuellement confiné sur notre bateau en Martinique, mon épouse et moi nous réjouissons beaucoup de découvrir la Polynésie en 2022.
    Parti du Sud de la France (Méditerranée) l’automne passé (2019) pour un tour du monde , nous poursuivons à peu près le même itinéraire que vous.
    En lisant vos récits, nous nous amusons beaucoup en constatant que nous partageons entièrement vos points de vues sur vos diverses escales.
    Merci de nous faire rêver par anticipation, vous avez pris de l’avance sur nous et qui sait, peut être aurons-nous le grand plaisir de nous croiser une fois dans l’un de ces magnifiques endroit.
    Bonne continuation et encore bravo pour votre magnifique blog.
    Esther et Christian
    Bateau : MARE 1 /Bavaria 46 cruiser de 2005

    1. Merci beaucoup de nous suivre ! C’est un beau projet de venir jusqu’ici en Polynésie! Au plaisir oui de vous rencontrer et de vous croiser un jour au mouillage. Bonne continuation à vous également et Bon vent !

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