En quoi consiste notre mouillage à bord de notre Océanis 390 ?

Notre ancre Spade sur notre Océanis 390.

On vous explique ici ce que nous avons comme mouillage sur Manwë, notre voilier de 11,5 m de long pour 6,5 tonnes à vide. Mais on doit facilement peser dans les 9 tonnes en mode tour du monde !

Note : Quand on parle de mouillage ici, on désigne évidemment ce qu’on utilise pour ancrer le bateau, c’est-à-dire ancre + chaîne et/ou câblot.

Nous passons bien 90 % du temps de notre voyage dans des baies et non au port. Ni sur bouée d’ailleurs, sauf qu’en bien sûr c’est obligatoire, comme par exemple dans les réserves naturelles !

 

Mais d’ailleurs, pourquoi on aime ni les ports ni les bouées ?

 

D’abord, c’est une question financière. Que ce soit au ponton ou sur une bouée au milieu du mouillage, il faut payer pour le service. Quoi que certaines bouées sont gratuites, on en a fait l’expérience mais c’est plutôt rare. La plupart du temps, en marina, le prix est fonction de la surface du bateau (souvent assimilée à un rectangle et non calculée réellement). Sur bouée, c’est souvent un tarif unique. Évidemment, tout cela varie fortement en fonction du lieu à proprement dit et du pays.

Deuxième point, le bruit. Eh oui, ce n’est pas parce qu’on n’est pas sur son ancre qu’on est au calme ! Un port peut être bruyant pour de multiples raisons : bars ou restaurants trop proches des pontons, aussières qui grincent sur les taquets, etc. Quand aux bouées, les amarres peuvent elles aussi faire du bruit et s’il n’y a pas de vent, ça peut vite devenir un enfer d’entendre la bouée cogner contre la coque car le bateau tourne autour d’elle !

Alors certes, au port, il y a une certaine tranquillité d’esprit concernant le stress de voir son bateau bouger ou non. Pas question de déraper. Mais en contrepartie, il y a aussi plus de risques de voir son bateau se faire visiter par des gens mal intentionnés, en quête de quelque chose à récupérer à bord ! Sur bouée, on n’est jamais certain du bout ni du corps-mort immergé sous l’eau, tant qu’on n’a pas été le vérifier. Parfois, elles sont installées depuis longtemps et pas du tout entretenues.

Par contre, c’est plus pratique d’être au ponton pour débarquer rapidement, aller visiter, faire les courses et autres corvées ou simplement aller manger un morceau. Mais la manœuvre pour y arriver n’est pas toujours chose aisée : s’insérer dans une place étroite avec du vent demande du doigté et de l’organisation à bord. Pour prendre une bouée, là pas de souci, il faut avouer que c’est plutôt simple et rapide…

On préfère donc utiliser le plus souvent possible notre propre système. Avoir une parfaite confiance dans son mouillage procure une grande tranquillité d’esprit et permet des économies non négligeables sur du long terme. C’est donc une priorité d’après nous pour les projets de grandes croisières.

 

Mouillage principal à l’avant

 

Nous avions auparavant (à l’achat du bateau) une ancre Kobra 16 kg qui était déjà très performante. Seulement, il nous est arrivé de déraper dans de mauvaises conditions de mouillage, notamment quand nous étions en Sardaigne. Ces conditions qui déterminent la tenue de l’ancre sont pour nous la profondeur, l’état du sol (herbier, vase, roches…), les vagues et bien sûr le vent.

Avant notre grand départ en voyage, nous avons donc choisi d’investir dans la sécurité et la tranquillité avec une ancre Spade, convaincus par ses performances. Et dans l’idéal légèrement surdimensionnée pour notre bateau.

Notre mouillage principal est désormais composé d’une ancre Spade de 20 kg attachée à 60 m de chaîne de 8 mm. A laquelle je peux ajouter 40, 60 ou même jusqu’à 100 m de câblot de 16 mm. Plus que le poids de la chaîne en elle-même, sa longueur totale est encore plus déterminante. On dit qu’il faut mouiller 10 fois la hauteur d’eau pour être en parfaite sécurité, il est donc prudent d’avoir une bonne longueur de chaîne (+ câblot) à bord.

Notre ancre Spade dans le sable.

Au bout d’environ un an autour de l’Atlantique, je n’ai jamais eu à utiliser le câblot, de plus nous n’avons jamais dérapé.

Notes :

– Notre ancre choisie de 20 kg est un peu surdimensionnée pour le bateau. A l’achat à Port Saint Louis, nous avons hésité avec celle de 16 kg. Les préconisations longueur/poids de Manwë nous placent entre les deux. Nous avons préféré choisir l’ancre plus lourde, plus chère certes mais plus efficace.

– Pour le poids de notre bateau, nous devrions par contre être avec une chaîne de 10 mm par rapport à la charge de rupture. Mais notre voilier est équipé d’un barbotin (pièce qui entraîne la chaîne dans le guindeau) de 8 mm et avait à l’achat ces 60 m de chaîne de 8 mm en bon état. Nous n’avons donc pas voulu changer. C’est un sacré budget tout de même !

Attention, sur cette ancre Spade, pensez à ajouter un écrou stop à la goupille d’origine qui lie la verge à la charrue. Un batocopain, Mojo II, a perdu une partie de l’ancre en navigation près du Diamant en Martinique car la goupille s’était enlevée. La charrue s’est désolidarisée et est tombée à l’eau. Néanmoins, ils ont racheté la même ancre, il suffit juste de penser à ce détail pour la « solidifier ».

Pensez également à accrocher l’ancre solidement au balcon avant en navigation. Pour éviter qu’elle ne bouge et qu’elle ne tire sur la chaîne. Il suffit de lier un bout sur le diamant de l’ancre au balcon. Ce bout de 1 ou 2 m flottant permet également une accroche rapide d’un orin ou autre accessoire pour récupérer l’ancre si elle est coincée au fond, sous un rocher par exemple.

 

Mouillage secondaire à l’avant

 

J’ai également un mouillage secondaire prêt à l’emploi dans la baille à mouillage. Il est constitué d’une ancre Kobra 16 kg (mon ancienne), de 10 m de chaîne de 8 mm, à laquelle je peux connecter 40, 60 ou 100 m de câblot de 16 mm.

Note : Il nous est arrivé de mettre ce mouillage secondaire en une seule occasion, en plus du mouillage principal. C’était juste une précaution car nous quittions le bateau pour 2 jours. Je l’avais installé en plomb de sonde, c’est-à-dire posé directement sous l’étrave, il aurait pris le relais si un problème arrivait au premier mouillage.

 

Mouillage arrière

 

Enfin, nous avons un mouillage arrière prêt à l’emploi, déjà présent lors de l’achat du bateau. Il est constitué d’une ancre plate, Britany, de 12 kg avec 12 m de chaîne de 8 mm et 40 m de câblot de 16 mm. L’Océanis 390 est équipé d’un petit davier et d’une baille à mouillage sur l’arrière bâbord. C’est bien pratique !

Nous avons souvent utilisé ce mouillage arrière. La plupart du temps pour maintenir le bateau dans l’axe de la houle afin de ne pas rouler (donc une question de confort), parfois pour limiter les mouvement du bateau dans un mouillage étroit, comme dans les calanques de Minorque.

Note : Pour le coup, cette ancre arrière est un peu surdimensionnée pour la fonction, elle tiendrait le bateau tout seul. Elle est un peu lourde à manipuler. Si je pouvais choisir, je repartirais sur une ancre plate en aluminium de 8 kg avec 5 à 10 m de chaîne de 8 mm et du câblot.

Le top serait d’avoir un davier pliable (à 90° avec une retenue sur le balcon arrière) avec l’ancre à poste dessus.

 

Notre façon à nous sur Manwë de prendre un mouillage

 

Note : Voici la méthode que l’on emploie sur Manwë pour mouiller et relever l’ancre. Nous ne prétendons pas que c’est la meilleure, ni la seule. Nous nous basons juste sur notre expérience de cette première année autour de l’Atlantique.

Sur Manwë, on préfère poser l’ancre et dérouler la chaîne en reculant à petite vitesse (souvent juste par l’action du vent). Je libère la chaîne manuellement plutôt que d’utiliser le moteur du guindeau, afin de le préserver un peu… Cela permet également de la descendre plus rapidement. Attention s’il y a beaucoup de fond, à cause du poids de la chaîne, ça peut néanmoins se dérouler très vite !

Une fois 3 à 5 hauteurs d’eau en longueur de chaîne dévidées, on prend le temps de voir la situation du bateau par rapport au autres et on met un peu de marche arrière pour vérifier que l’ancre prend bien. Ensuite, je remet de la chaîne. Ma philosophie est en effet que l’on ne risque rien à mettre plus de chaîne que nécessaire donc si je peux, je met jusqu’à 10 hauteurs d’eau (dans 15m de profondeur évidemment non, mais dans 2,5m, on y vient vite). De toute façon, c’est le guindeau électrique qui remontera tout ça, autant ne pas se priver sur la sécurité et la tranquillité d’esprit… S’il fonctionne bien sûr:)

Notre ligne de mouillage dans l'eau turquoise des Bahamas.

 

Accessoires indispensable pour parfaire le mouillage :

La main de fer permet d’accrocher un bout sur la chaîne une fois l’ancre et la chaîne installées. Ce bout prend la tension, soulage le guindeau des efforts et évite les bruits liés au ragage de la chaîne dans son davier.

Main de fer pour tenir notre chaîne.

La liaison ancre et chaîne coudée en inox permet un bon positionnement de l’ancre dans son davier à chaque remontée de cette dernière. Cette pièce en inox offre également l’assurance de toujours pouvoir déconnecter l’ancre de la chaîne même après des années à s’oxyder, contrairement à une manille galva.

Liaison chaîne ancre entre notre Spade et la chaîne.

 

Comment casser un guindeau ou foirer un mouillage !

 

La prise du mouillage :

Voici deux cas de figures que j’ai vu et qui sont à éviter (d’après moi). Ils engendrent souvent des scénarios cocasses dans les mouillages d’ailleurs. Sauf si le bateau voisin en question tente de mouiller juste à votre vent ou à côté de vous, là on rigole tout de suite moins !

J’ai pu voir de nombreux plaisanciers qui, lors du mouillage de leur voilier, commencent à reculer, assez vite, parfois même très fort, avant même que l’ancre ne touche le fond… J’imagine que c’est pour être sûr qu’elle s’enfonce bien dans le sol ! Mais d’après moi, d’une part, ils n’auront pas poser l’ancre à l’endroit voulu au début et d’autre part, lorsque cette dernière s’enfonce dans le sol et arrête de déraper, si le guindeau n’envoie pas la chaîne aussi vite que le bateau recule, il va prendre de sacrés accoups ! La chaîne peut violemment sortir du barbotin, le guindeau peut casser sous l’effort… Bref, pas top.

Sinon, au contraire, j’en ai vu d’autres poser l’ancre et toute la chaîne (ou presque!) sans même faire reculer leur bateau (si le vent ne les déporte pas beaucoup). Ça fait un beau tas de chaîne, qui lorsque le vent montera, se tendra progressivement et donc le bateau reculera lui aussi. Si le skipper n’avait pas prévu de reculer de 30 m, ça peut être embêtant… De plus, ce n’est pas dit que l’ancre soit bien prise dans le sol et elle peut déraper.

 

La remontée du mouillage :

J’ai vu pas mal de plaisanciers dans différents mouillages qui ne prenaient pas la peine d’avancer au moteur pour soulager la tension dans la chaîne avant de la remonter. Ils préféraient directement appuyer sur la télécommande à fond, pour tirer le bateau par sa chaîne grâce au guindeau… Essayer donc de procéder de la sorte à la main et vous verrez que ce n’est pas du tout la bonne solution, c’est comme ça que l’on casse tout. Avec le vent et les vagues, ce sont plusieurs tonnes de tension qui peuvent s’exercer sur le guindeau. Pour moi, la bonne méthode est de faire avancer son bateau au moteur sur sa chaîne et de remonter celle-ci au fur et à mesure lorsqu’elle est à la verticale sous l’étrave.

Un autre effort assez dur mécaniquement pour le guindeau est l’arrachement de l’ancre lorsque celle-ci est bien enfoncée dans le sol, surtout lorsqu’il y a une grande profondeur. C’est, je pense, ce qui l’a cassé la deuxième fois sur Manwë, alors que l’on avait 16 mètres de fond à Charlotteville à Tobago. Maintenant, j’essaye d’arracher l’ancre du sol à l’aide du moteur en reculant ou en avançant une fois que la chaîne est tendue à la verticale (et non à l’aide du guindeau).

 

Retour sur notre expérience

 

C’est tout simplement génial d’avoir confiance dans son mouillage ! Vous pouvez vivre pleinement de vos escales même lorsqu’il y a du vent, vous pouvez dormir sereinement ! Ça vous change la vie en bateau. Donc n’hésitez pas à surdimensionner votre ancre et à avoir une belle quantité de chaîne.

Nous avons opté pour la Spade, grâce à sa renommée, malgré un prix d’achat bien plus élevé que les autres marques. Nous en sommes absolument satisfaits et vous la conseillons fortement. C’est un investissement, pour la sécurité et le confort.

4 commentaires

  1. Bonjour,
    Je viens de découvrir votre blog via un article dans Voiles & Voiliers, très beau projet de navigation.
    Concernant le choix de votre ancre, avez-vous envisagé d’autres modèles comme la Rocna ou la Mantus?

    Très belle continuation à vous

  2. Bonjour,

    Je viens de découvrir votre site et aventures grâce à l’article paru dans Voiles & Voiliers; beau projet. Concernant le choix de l’ancre, avez-vous hésité avec d’autres modèles comme la rocna, la mantus?
    Très belles navigations à vous.

    1. Bonjour,
      Nous avions vu le stand de Spade au salon nautique et on a été convaincu. Nous n’avons pas hésité. Et nous en sommes très content, pas de souci jusqu’ici.

  3. MERCI ! j’ai également investi dans une spade ; fabriquées à Sousse c’était facile en étant à Monastir ! mais j’avoue que je n’ai pas vérifié la goupille ! ce que je vais faire lorsque le jour sera levé (5 h du mat à Arécife) merci du conseil !
    bonnes nav , profitez bien et merci également pour vos récits car étant sur vos traces … je note ! 😉

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