Raroia, la magie de notre premier atoll polynésien

Vue du ciel des motu de Raroia en Polynésie française.

Nous voici arrivés aux Tuamotu ! Dans cet archipel paradisiaque au milieu de la Polynésie française, où se succèdent des atolls de toute taille : lagons saphir, émeraude et turquoise entourés d’une barrière de corail protectrice, surmontée ça et là d’îlots de cocotiers – les « motu ». Enfin protégés de la houle (mais moins du vent), on peut profiter de séjours à bord bien paisibles et se remettre au kitesurf !

 

Les Tuamotu, c’est quoi d’abord ?

 

Tua-motu, les « îles nombreuses » en tahitien. 76 atolls – ceintures coralliennes avec un lagon en son centre – qui s’étirent sur plus de 1800 km de long d’ouest en est, sur 400 à 500 km de large. Rappelons que la Polynésie française, ce n’est pas moins de 5 archipels étendus sur l’océan Pacifique sur une surface de la taille de l’Europe ! On trouve les Marquises au nord-est, le point de chute favori des plaisanciers venus d’Amérique. A leur sud, il y a le petit archipel des Gambier qui rejoint celui des Tuamotu au centre. Plus au sud encore, en dehors des Tropiques donc dans un climat plus frais, on trouve les Autrales, 7 petites îles assez éloignées les unes des autres. Enfin, le plus connu de par le monde, l’archipel de la Société à l’ouest, qui comprend les Îles du Vent avec Tahiti et Moorea et les Îles sous le Vent avec notamment Huahine, Raiatea et Bora Bora.

Les différents archipels de la Polynésie française.

Un atoll des Tuamotu vu du ciel d'un avion.
Voilà vers quoi on se dirige ! Plutôt joli vu du ciel non ? Photo prise par notre amie Maya lors de son vol entre Tahiti et les Marquises. On ne sait pas quel atoll c’est par contre !

On ne peut pas visiter tous les atolls des Tuamotu en voilier : certains sont fermés, d’autres ont des passes trop compliqués et d’autres sont même interdits (notamment les deux ayant servi aux essais nucléaires dans les années 1960, Moruroa et Fangataufa).

Il y a majoritairement deux routes possibles depuis les Marquises : par le nord avec les atolls de Manihi, Ahe, Rangiroa, Tikehau ou par le milieu, avec Raroia, Makemo, Fakarava, Toau, etc. Ce ne sont pas les seuls accessibles, mais leurs noms reviennent souvent dans les guides de voyage ou les blogs.

Nous, c’est principalement le kitesurf qui guide nos choix ! Après des recherches sur les meilleurs spots possibles, on vise « la route du milieu », avec les atolls de Raroia, Makemo, Tahanea et Fakarava. Ce dernier, un des plus grands et des plus connus avec Rangiroa, est aussi très réputé pour la plongée sous-marine, surtout dans ses deux passes au nord et au sud, on ne s’en privera pas !

 

Navigation tumultueuse, eh oui, ça se mérite les petits coins de paradis !

 

Après deux mois superbes aux Marquises, on aspirait à d’autres paysages. Et on commençait à en avoir marre des mouillages rouleurs ! Il était temps en ce mois de juin de rallier les lagons protégés des Tuamotu.

On quitte l’île de Ua Pou, direction l’atoll de Raroia à 420 milles au sud-ouest. Il faut bien gérer l’heure du départ car il est conseillé d’arriver dans la passe du lagon à l’étal marée haute ou marée basse. Le top, c’est quand le courant est légèrement rentrant dans le lagon. Certaines passes sont balisées mais c’est rare, il faut donc aussi prévoir son arrivée de jour.

Le début de notre navigation s’annonce calme, on dépasse Ua Pou par l’ouest, encore protégé des vagues. Mais dès que l’île aux pitons rocheux s’éloigne, la mer s’agite et le calme s’évanouit rapidement. Nous sommes à moins de 90° du vent, un peu trop gîté à mon goût. Ça tape et c’est inconfortable, sans parler des gerbes d’eau salée qui s’immiscent de temps à autre dans le cockpit, nous obligeant à nous vêtir de nos vestes et pantalons imperméables.

Trace de navigation entre Ua Pou et Raroia.
Route entre Ua Pou et Raroia.
Arc-en-ciel en pleine mer, sur la route pour Raroia.
Même si la mer n’est pas sympa avec nous, le ciel se charge de nous envoyer de jolis signes !

On a prévu 3 jours et 3 nuits en mer pour rejoindre Raroia, une durée un peu sournoise, guère le temps de trouver le rythme des quarts ! La première nuit, on peine à s’endormir, la seconde, on est trop fatigué, heureusement, la troisième s’équilibre. Les journées passent vite, nous approchons de l’hiver et le jour raccourcit. Amusant de se dire ça au milieu du mois de juin;)

On est bien content quand on aperçoit à l’aube les premiers motu, le nom de ces îlots parsemés sur la barrière de l’atoll. On est obligé de ralentir pour arriver à l’étal dans la passe. Cartes et guides bien étudiés, écran déporté sur la tablette, Navionics sur le smartphone, nous voici parés à entrer dans le lagon ! Tout semble calme, vent moyen, courant faible, il n’y a pas de danger particulier concernant la profondeur ici, si on reste bien au milieu de la passe.

Arrivée sur l'atoll de Raroia dans les Tuamotu.
A quelques mètres au-dessus de la mer, on ne voit les motu qu’une fois très proche de l’atoll.

Ne manquez pas notre prochain article qui vous expliquera tout sur nos navigations dans les lagons et sur les entrées et sorties des passes que nous avons pratiquées !

 

Traversée du lagon de Raroia et mouillage à l’est à l’abri des motu

 

Plus de peur que de mal, finalement une passe des Tuamotu, c’est quelques minutes à se concentrer et tout se passe très bien si on entre au bon moment. Nous voici donc de l’autre côté de la barrière, dans notre premier atoll : Raroia !

On avait déjà eu à traverser des passes aux Bahamas et au Bélize mais c’est la première fois qu’on se retrouve au sein d’un atoll quasiment fermé. Le lagon à l’intérieur est profond, environ 30 m. On devine la barrière de corail tout autour, grâce aux touffes de cocotiers sur les îlots au loin, mais pour nous, ça semble s’étendre à perte de vue. C’est magique de se retrouver dans ce lieu si particulier, confetti minuscule à l’échelle de l’océan Pacifique. Pour info, Raroia fait 20 milles de long, l’atoll est orienté nord-est / sud-ouest. Il n’est pas parmi les plus grands, Fakarava fait 30 milles de long !

Plus de houle ni de vagues, enfin ! Cependant, le clapot levé par le vent dominant d’est ou sud-est peut rendre les mouillages désagréables à l’ouest des atolls, pourtant là où se trouvent majoritairement les villages (comme ici à Raroia). Les voiliers ne s’y attardent jamais longtemps, préférant s’abriter à l’est, derrière les îlots sur le platier de corail. Après, tout dépend évidemment de l’orientation du vent, on est jamais à l’abri d’un changement !

On file donc directement à l’est. Il s’agit d’ouvrir l’œil pendant ces 6 milles au moteur à travers le lagon ! Impossible de naviguer de nuit, voire même par temps couvert, il y a ça et là des disques affleurant de coraux qu’on ne voit qu’au fur et à mesure. On vous conseille donc de naviguer sous un beau soleil, avec une personne à l’avant du bateau pour surveiller. En gardant un œil sur la cartographie bien sûr, surtout si vous avez pu superposer les photos satellites du lagon. Si vous pouvez ajouter en plus des traces déjà existantes d’autres plaisanciers, vous traverserez l’esprit tranquille !

Vue satellite de l'atoll de Raroia aux Tuamotu.
Avec les photos satellites, plus de souci, on repère facilement à l’avance les tâches plus claires des coraux.

On arrive sans encombre au mouillage visé : position GPS 16°04.262 S / 142°21.916 W. On reste émerveillé devant cette vue paradisiaque ! Le décor est magique, les nuances de bleu magnifiques à la surface, contrastant avec le jaune de la plage et le vert et or des cocotiers.

Motu à Raroia, en Polynésie française.
Ce n’est pas pour rien que l’auteur Robert Louis Stevenson a présenté les Tuamotu comme «Des îles de la matière dont sont faits les songes »…
Mouillage dans le lagon de Raroia aux Tuamotu.
Deux voiliers étaient déjà mouillés à notre arrivée mais on ne se marche pas sur les pieds ici:)
Les motu sur la barrière de corail de l'atoll de Raroia.
Aucune hésitation pour lancer le drone et récupérer des superbes photos !

Notre Océanis 390 au mouillage dans le lagon de Raroia aux Tuamotu.

Nous ne serons jamais plus de 4 voiliers au total ici, Raroia n’étant pas le plus fréquenté des atolls. Nous passerons même plusieurs jours complètement seuls ! On se sent privilégié d’avoir ce paradis rien que pour nous…

 

Au programme des jours à venir : kitesurf !!!!!

 

Enfin, on va pouvoir se remettre au kite ! Nos dernières sessions remontent à loin, aux San Blas pour Damien et aux Antilles pour moi. Heureusement, le mouillage où nous sommes (on s’était renseigné sur internet) est un spot idéal pour (re)pratiquer.

Plage de corail et cocotiers devant notre Océanis 390 à Raroia.
Le motu face à nous protège le bateau du vent dominant d’est. Le petit îlot à gauche est une belle réserve à noix de coco pour un en-cas;) Et c’est sur le banc de sable/corail encore à gauche que nous gonflons nos ailes.
Aile de kitesurf gonflée et prête à naviguer à Raroia aux Tuamotu.
Le jour même de notre arrivée, Damien s’est empressé de se jeter sur l’eau ! On avait choisi l’îlot à cocotiers comme point de départ, mais le vent tombe à cause des arbres. Mieux vaut aller sur le banc de corail à côté.

Le vent était toujours d’est pendant notre séjour donc offshore sur le spot. On peut être débutant ici à condition donc d’avoir une personne qui surveille, prête à venir nous chercher en annexe. C’est mon cas, je sais tirer des bords mais pas encore remonter au vent, donc je dérive jusqu’à ce que Damien vienne me chercher.

Damien, lui, est autonome et s’entraîne en ce moment aux manœuvres et sauts : toeside, backloop, frontloop, etc. Si on reste proche des îlots, on navigue sur une eau cristalline peu profonde et sans clapot. Un moment magique ! Ressentir la vitesse, voir apparaître sous ses pieds les patates de corail (ne pas tomber à ce moment-là!) ou effrayer un petit requin pointe noire avec la planche:)

Session de kitesurf pour Anaïs à Raroia, sur le lagon.
Vivement que je sois autonome comme ça, nous pourrons kiter tous les deux en même temps !

Le seul inconvénient de ce spot est que la plage n’est pas faite de sable mais plutôt d’un mix de coraux brisés et coquillages. Le rivage est peu agréable sous les pieds,mieux vaut porter des chaussures ou chaussons adaptés.

Note : On naviguait quand il y avait entre 15 et 20 nœuds de vent, avec une aile de 10m² ou une 11m². On aurait pu sortir aussi si on avait eu une aile plus petite (par exemple 7m²) car on a eu un front nuageux établi à 25 nœuds pendant plusieurs jours sur le mouillage.

On vous donnera plus de détails sur ce spot dans un prochain article dédié au kite dans les Tuamotu !

 

Promenade jusqu’au bout du monde

 

Comme on ne peut pas (encore) faire du kitesurf au même temps, quand l’un est sur l’eau, l’autre tente de s’occuper comme il peut. Collecte de coquillages pour moi, promenade sur le platier, découpe de noix de coco pour Damien, on profite de cet endroit isolé pour juste profiter du temps qui passe.

Plage de cocotiers sur un motu de l'atoll de Raroia.
Un petit coin de paradis…
La belle plage rose de coraux et sable sur un motu de Raroia.
Mélange de sable rose et de morceaux de coraux blanc et brun.

On peut aussi partir à la découverte de la barrière qui entoure l’atoll, sorte de bout du monde impressionnant, balayé sans cesse par les vagues de l’océan. A marée basse, on peut s’approcher sans difficulté en marchant sur le platier de corail à fleur d’eau qui entoure les motu jusqu’à la barrière.

Le bout du monde, l'océan qui se fracasse sur la barrière de corail.
On se croirait au bout du monde ! L’océan se déchaîne sur les coraux, aucune envie de tomber dans le bouillon…

Petite balade sur les motu en couple, sur l'atoll de Raroia.

Damien avec sa machette à la recherche de noix de coco.
Damien emporte toujours sa machette avec lui, au cas-où une noix de coco fraîche serait accessible !

 

Sur l’eau c’est bien, mais dedans, il y a quoi ?

 

Les splendides couleurs du lagon invitent à la baignade, pour découvrir ce qui se cache sous la surface. On se met à l’eau depuis un des motu mais ouch, elle est plus fraîche qu’aux Marquises, dis donc ! Ne vous moquez pas, 26-27°C pour nous, c’est froid maintenant;)

Par contre, la visibilité est incroyable, on a rarement eu une eau aussi transparente, en compétition avec les Bahamas ! C’est comme si on voyait mieux sous l’eau qu’en dehors ! Il n’y a pas beaucoup à voir près des îlots, mais les quelques patates de corail laissent apparaître leurs belles couleurs sous les rayons du soleil, avec des mini poissons qui virevoltent tout autour.

Le plus impressionnant reste d’apercevoir un requin citron ou un requin pointe noire évoluer près du rivage. Rassurez-vous, ils sont de taille raisonnable, plus craintifs que dangereux. On les effraie d’ailleurs souvent en kitesurf… On a hâte désormais de plonger en bouteilles dans les passes réputées de l’atoll de Fakarava ! L’expérience « requin » y sera extraordinaire !

 

Aux Tuamotu, on sait quand on arrive mais on ne sait pas quand on repart

 

Après une semaine sur place, le vent se lève de plus en plus, toujours est-sud-est. On expérimente le fameux mara’amu, un vent fort amené par les dépressions passant au sud de la Polynésie française. Nous qui pensions partir pour l’atoll de Makemo, on est désormais coincés ici à Raroia. Impossible de ressortir du lagon, les vagues sont trop fortes. Elles remplissent d’ailleurs l’atoll en passant par dessus la barrière, créant clapot et courant.

Fini le kitesurf, le vent est trop fort pour nos ailes, en moyenne 25 nœuds avec des rafales à 30. Alors on s’occupe comme on peut à bord, entre jeux de société, visionnages de films et dessins-animés, préparations de crêpes et autres réconforts.

Jeux de société à bord au soleil.
C’était mieux quand on pouvait encore jouer dehors par beau temps !

On prend le temps aussi de connaître nos voisins ! Raroia, c’est le rendez-vous des Norvégiens car l’atoll est le point de chute du radeau Kon-Tiki, embarcation avec un équipage norvégiens qui a traversé l’océan Pacifique du Pérou jusqu’ici en 1947, en dérivant principalement pendant 100 jours. Projet volontaire, pour prouver qu’une telle traversée était possible !

Motu du radeau Kon-Tiki à Raroia aux Tuamotu.
On en profite donc pour aller voir le motu où ce radeau s’est échoué.
Stèle en mémoire du radeau norvégien le Kon-Tiki sur Raroia.
Beaucoup de voiliers norvégiens laissent un pavillon national près du monument commémorant le Kon-Tiki.

Nous faisons la connaissance du voilier norvégien Malisa, du catamaran norvégien Wapiti et du voilier américain Halcyon. Apéros tous ensemble où les moments sont pour discuter et occuper ces journées un peu moroses. Nous suivrons d’ailleurs Wapiti ensuite à Makemo, Helene et Andreas à leur bord ont le même âge que nous et débutent le kitesurf, une bonne raison pour se rendre aux mêmes endroits !

Du coup, le long des Tuamotu, mieux vaut ne pas avoir de planning serré pour passer d’un atoll à un autre. Le vent est capricieux, bien moins stable que les alizés constants des Marquises. Majoritairement d’est ou de sud-est, il peut virer au nord jusqu’à nord-ouest, généralement faible, pendant deux jours. Il peut surtout augmenter en puissance le temps d’une dépression, venant du sud-est et rendant difficile les entrées et sorties des passes ainsi que les navigations entre les îles.

On attendra donc le meilleur moment pour quitter Raroia et partir pour l’atoll de Makemo !

Sortie de la passe de Raroia, pour naviguer vers Makemo.
Voici à quoi ressemblait la passe quand nous avons quitté Raroia, par vent léger et proche de l’étal de marée. On peut voir des petites vagues stationnaires créées par le courant, qui nous a d’ailleurs aidé dans le sens de la sortie.

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