Toau, jolie petite surprise au nord-ouest de Fakarava

Mouillage de l'Anse Amyot au nord de l'atoll de Toau dans les Tuamotu.

Après un mois et demi sur l’un des atolls les plus connus des Tuamotu, Fakarava, il faut se demander ce qu’on fait ensuite. Tahiti ? Retour vers la civilisation ? Ou on continue un peu dans ces lagons bleus isolés et paisibles ? Ce sera la seconde option, comme toujours en voilier, on se dit « tiens, mais ce n’est plus très loin, l’île suivante, on y va ? » Et l’atoll suivant en question, au nord-ouest de Fakarava, c’est le petit Toau !

Au petit matin, on quitte Fakarava et son village de Rotoava par la vaste passe nord Garuae. On aperçoit déjà Toau tout proche, à moins de 15 milles. Les dauphins jouent dans notre étrave à peine sortis du lagon, quel bel au-revoir pour cet atoll où nous garderons de superbes souvenirs !

Note : Ne manquez pas notre article sur les entrées et sorties des passes des Tuamotu !

La navigation s’annonce courte et paisible, un vent faible nous pousse gentiment vers notre prochaine destination. Manwë oscille doucement sur une longue houle à peine perceptible, on aime les sorties en mer comme ça !

Yacht de luxe naviguant vers l'atoll de Toau.
On se fait distancer rapidement par un méga yacht classique. Il a fière allure avec toutes ses voiles dehors !

On contourne la pointe sud-est de Toau. La barrière de corail qui encercle le lagon est ici percée par deux passes toutes proches sur la côte est, Otugi et Fakatahuna. Seule la première est praticable par les voiliers. On se met en place devant et surprise ! On a mal étudié nos horaires de marée, le courant est toujours sortant… On est pas encore à l’étal de marée, pas la meilleure condition pour entrer dans un atoll !

Bon tant pis, moteur à fond, toujours sous voiles, on traverse la passe en restant le plus proche possible du rivage gauche pour éviter les vagues stationnaires levées au centre. Ouf, plus de peur que de mal, heureusement qu’il n’y avait pas beaucoup de vent ! Manwë ne dévie pas de sa route, un petit dauphin vient même nous saluer en sautant juste à côté de nous:)

Entrée dans la passe de l'atoll de Toau.
Damien gère la barre pendant que je suis devant à surveiller la profondeur et les alentours.

 

Mouillage au sud-est et kitesurf sur une planche en mousse

 

Nous voici de retour sur le calme plat d’un lagon. Le coin est quasiment désert, ça nous change de notre arrivée au sud de Fakarava ! On décide de filer directement au sud-est, mouiller derrière les motu de la pointe. La configuration sud-est de Toau ressemble beaucoup à celle de Fakarava, près d’Hirifa. On espère donc pouvoir kiter autant que là-bas:)

Catamaran au mouillage près de la passe Otugi à Toau.
Un catamaran est installé sur bouée près de la passe, face à ce qui ressemble à une ou deux habitations. Plus loin dans le lagon, le yacht à voiles croisé en mer mouillera juste la nuit. On n’aura pas beaucoup de voisinage !

On choisit de jeter l’ancre sous le motu Otohorau, pas évident de se trouver une petite place entre les nombreuses patates de corail. On se retrouve d’un coup seul au monde ! Et on le restera durant les 4 jours que nous passerons ici, dans ce véritable havre de paix à la vue tout aussi magique, entre eau turquoise et cocotiers. Si proche surtout de Fakarava, beaucoup plus connu et fréquenté.

Retour donc à un environnement privilégié, où seuls les plaisanciers et les locaux peuvent s’y croiser. On se rend compte de la chance qu’on a de pouvoir voyager ainsi, partant à la découverte d’endroits secrets, où peu de monde a mis les pieds ! La nuit, cet isolement prend tout son sens sous la voûte céleste, à admirer la Voie Lactée si lumineuse tant le ciel sombre est pur…

Dès que le soleil illumine le lagon, on admire aussi la clarté de l’eau autour de nous. Malgré nos deux mois déjà passés dans l’archipel, l’eau cristalline des Tuamotu ne cesse de nous surprendre et de nous ravir ! On est mouillé dans 10 m d’eau et on aperçoit sans problème l’énorme carangue sous notre coque, qui semble avoir élu domicile près des coraux avoisinants.

On se met ensuite à attendre le vent patiemment, à espérer qu’il souffle un peu plus fort. Car 13 nœuds, ce n’est pas suffisant pour naviguer avec notre 11m² et nos twintypes. Damien me fait alors essayer notre planche de surf en mousse, pour tenter le strapless. Je peine à trouver mes marques, on dirait que je reprends tout à zéro ! Il faut dire que notre planche n’est pas des plus adaptées, beaucoup trop grande pour le kite…

Après mes sessions peu passionnantes, pendant que Damien tire quand même quelques bords, je m’occupe à agrandir ma collection de coquillages. Ce n’est pas ça qui manque ici:) Se promener autour des motu jusqu’à la barrière de corail reste de toute manière une sacrée expérience.

 

Quid des langoustes dans les parages ?

 

On se motive un soir à partir à la chasse aux langoustes ! Ce n’est pas la première tentative de Damien. Tout a commencé à Raroia, quand là-bas un couple d’Américains, Becca & John, sur leur voilier Halcyon, nous avait dit qu’ils avaient ramassé de nombreuses langoustes aux Gambier sur le plateau de corail, proche de la barrière. Damien s’y était essayé avec John sur Raroia mais la pêche fut alors infructueuse. Il a recommencé deux fois à Makemo, avec Andreas de Wapiti et Alain du catamaran Alaïa. Cette fois-ci, ils ramenèrent deux langoustes, pas une énorme prise mais suffisante pour partager un bon repas tous ensemble !

Le meilleur moment s’avère être à marée basse, par une nuit sans lune de préférence. Les langoustes remontent du tombant de la barrière pour venir se nourrir sur le platier, au plus près du déferlement des vagues. Il suffit alors de marcher (avec des chaussures adaptées!) équipé d’une lampe torche pour les dénicher, en apercevant leurs petits yeux qui brillent. Hop, on plonge le bras dans l’eau pour la saisir par le dessus ! Attention, elles sont vives et habiles !

On en attrapera 3 cette nuit-là à Toau, plutôt fiers de nous. Rien à voir avec les 50 ramenées par les locaux (par personne et par nuit!) mais on s’en contente largement. Ce sera repas de fête pour nous !

 

Snorkeling dans l’aquarium naturel de l’Anse Amyot

 

Carte OpenCPN de nos routes de navigation dans l'atoll de Toau.

Vue satellite de nos routes autour et dans l'atoll de Toau.

Direction maintenant l’Anse Amyot, une fausse passe située au nord-ouest de Toau. On ressort par la passe Otugi, on longe l’atoll par l’extérieur et on arrive devant ce lieu si particulier, une baie enfoncée dans la barrière, ouverte sur l’océan. Ça ressemble à une passe mais elle n’est en fait pas creusée entièrement, et ne donne pas accès sur le lagon. Le platier de corail s’étend à fleur d’eau sans interruption et ferme cette anse magnifique.

Mouillage de l'Anse Amyot vu du ciel, sur Toau.
Seules les petites embarcations type zodiac peuvent se frayer un chemin bien précis à travers le platier.
Le platier de corail de l'Anse Amyot vu du drone.
Vu du ciel, on découvre toutes les couleurs scintillantes des coraux.
La sortie de l'Anse Amyot sur l'océan au nord de Toau.
Ouverture sur l’océan depuis la petite baie.

Il y a quelques bouées dans l’anse Amyot, mises à disposition par le petit restaurant présent sur le motu au nord. Elles sont payantes, apparemment 1000 Fr la nuit, mais deviennent gratuites si on va manger justement dans ce restaurant (où le plat serait quand même à 3000 Fr par personne…).

On se renseigne auprès des voiliers déjà présents, c’est possible de s’ancrer gratuitement, alors pourquoi se priver ? On trouve une place dans 12 m d’eau juste avant un tombant plus profond. Pour une fois, il n’y a pas que le vent qui oriente notre bateau, le courant entrant ou sortant de cette fausse passe fait aussi tourner notre étrave. Comme aux Bahamas, où on mouillait aussi dans le courant !

Le motu habité au nord de l'Anse Amyot sur Toau.
Seuls trois Paumotu vivent ici là à l’année, sur le vaste motu au nord de l’anse.
Le voilier Trilogy au mouillage dans l'Anse Amyot sur Toau.
On retrouve le voilier Trilogy, avec à son bord trois jeunes Américains.
Les motu le long de la barrière de corail au sud de l'Anse Amyot.
Les motu s’enchaînent ensuite vers le sud de l’Anse Amyot.

C’est par courant rentrant que la visibilité est incroyable dans l’eau (par courant sortant, les sédiments du lagon flottent et troublent la passe). On n’hésite pas à se jeter à l’eau, en plus, elle est plus chaude ici qu’à la pointe sud-est et surtout par rapport à Fakarava (trop froide pour nous qui sommes bien tropicalisés maintenant).

Au cœur de l’Anse Amyot, sous les coques des voiliers, on voit évoluer sur le fond raies léopards, requins gris et des mérous camouflage de taille gigantesque ! On en avait jamais vu des aussi gros apparemment, on sent bien que ceux-là doivent avoir la ciguaterra, impossible d’y toucher:) Leur mâchoire peu avenante les rendrait presque effrayant !

Quand on se rapproche du platier à la nage, le fond remonte rapidement. Commence alors une visite spectaculaire entre les patates de corail, à 1m de profondeur à peine. On tend le bras et on peut parfois toucher le sable immaculé qui crée comme des allées dans ce beau jardin sous-marin. Il nous ébloui tellement à chaque rayon de soleil qu’on accepterait sans peine un masque aux verres teintés !

Coraux dans peu de profondeur dans l'Anse Amyot.

Snorkeling entre les magnifiques coraux de Toau.

Outre les coraux multicolores, si faciles à observer de près, la faune sous-marine est elle aussi présente en abondance. Murènes qui sortent la tête de leur trou, perroquets bleus turquoises ou violets foncés, bannerfish qui évoluent deux par deux, rougets qui jouent à cache-cache dans leur maison troglodyte de roche et de corail, etc. On se croirait de retour encore une fois aux Bahamas, où les fonds sous-marins étaient tout aussi impressionnants (mais pas exactement avec les mêmes espèces de poissons). Ou alors dans le dessin-animé Gang de Requins !

Rougets aperçus sous l'eau cristalline de Toau, atoll des Tuamotu.

Poissons papillons nageant autour du récif dans l'Anse Amyot.
Les poissons papillons (raccoon butterflyfish) étaient plus curieux qu’effrayés !

 

Promenade entre les cocotiers

 

On débarque à terre, histoire d’aller découvrir un peu le motu. On fait la connaissance de Gaby, un Paumotu qui habite ici et gère une partie du mini resort face à la plage. Il est le voisin de Gaston et Valentine, le couple qui s’occupe notamment du restaurant.

Eux sont partis quelques jours à Fakarava et ont d’ailleurs demandé à un des voiliers arrivés avant nous de donner à manger si possible aux cochons, en semi-liberté et en enclos derrière les habitations. La bouée leur sera gratuite en échange.

Gaby, très sympathique, nous raconte qu’il vit beaucoup de la coprah et qu’il entretient le motu et la cocoteraie. Il nous fera cadeau de noix de coco fraîches avant de repartir:)

On peut aussi partir en exploration au-dessus du platier cette fois, avec le paddle et son faible (voire inexistant) tirant d’eau. Il est si grand qu’on arrive à se balader à deux avec, moi assise devant et Damien qui rame;) Les parcs à poissons de Gaston, l’autre habitant, nous attirent, curieux, on s’approche pour voir leur fabrication. Le piège en forme de cœur se sert du courant pour canaliser les poissons et les garder dans un enclos immergé.

Malheureusement, toutes les espèces piégées ne sont pas comestibles, on reconnaît avec tristesse des poissons trompettes morts dans les trous du filet et des requins prisonniers, heureusement eux encore vivants.

Note : Gaby nous explique que Gaston s’en occupe normalement tous les jours, relâchant les requins et autres espèces non comestibles. Or, le couple de Paumotu était sur Fakarava mais avaient demandé à un voilier d’aller retirer les éventuels requins (on ne sais pas pourquoi Gaby ne s’en occupe pas). Plus facile à dire qu’à faire ! Pas trop envie non plus de se faire mordre… Heureusement, lorsque que Gaston reviendra le jour de notre départ, on le verra filer sur ces parcs pour sauver les requins:)

Paddle sur la surface calme de l'eau dans l'Anse Amyot à Toau.

Notre Océanis 390 vu du dessus depuis notre drone.

Le vent se lève sur l’anse, un coup de sud-est (de mara’amu) s’annonce. On ne sent pas très protégé ici, surtout avec le courant qui nous fait aussi tourner dans tous les sens. Toujours dans nos hésitations, on réfléchit encore : Tahiti ? On continue ? Rangiroa nous fait de l’oeil, l’atoll très connu (et très touristique) n’est plus très loin. Réputé notamment pour la présence permanente de ses dauphins dans la passe de Tiputa là-bas, on se laisse tenter.

Alors ce sera direction Apataki, un atoll au nord-ouest qui dispose d’un motu sur sa barrière propice pour aller se protéger du mara’amu. Ce vent fort de sud-est dure environ 3 jours et revient de manière cyclique. On fera donc un stop là-bas, avant de continuer sur Rangiroa et sa promesse de dauphins !

8 commentaires

  1. Bonjour,
    Votre site internet est vraiment très beau et très bien documenté. Merci à vous. Ca fait rêver (:=) !
    Juste une question, quelques compléments (plugins) utilisez-vous pour avoir l’affichage des images satellites, sur Openplotter (tournant sous RPI) ?
    Avec tous mes remerciements pour cette information.
    Bonne continuation et bon Vent !

    1. Bonjour,
      Merci de nous lire.
      Pour OpenCPN, nous avons récupéré les images satellites pendant le voyage en rencontrant d’autres bateaux. il suffit de les charger sur OpenCPN et ensuite en bas à gauche de l’écran s’il y a plusieurs cartes disponibles pour la zone, il y a des rectangles bleus, il suffit de cliquer dessus.
      Pour créer ses propres images satellites il faut utiliser un complément nommée GE2KAP, mais je n’ai jamais eu trop le temps sur internet pour essayer depuis notre départ.
      Bon vent,

      Damien

  2. Encore merci, les jeunes, ca fait trop de bien de vivre par procuration , et j’espere un jour la vivre..
    Bon vent……
    « Papillon »

  3. Bonjour à tous les deux.
    C’est toujours un plaisir de suivre vos aventures. Vos photos sont magnifiques et le ton toujours aussi plaisant.
    Cela nous donne hâte d’y être à notre tour…Plus que trois ans si tout va bien..
    Je ne sais pas si dans votre cas « Bon courage pour la suite » est de circonstance ?
    Au plaisir

    1. Bonjour,
      Merci !
      Le temps passe vite, ça sera bientôt votre tour ! Pour l’instant, la suite pour nous va être assez tranquille en Polynésie française.

      Damien et Anaïs

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