Le long de la côte Caraïbes du Panama, jusqu’aux San Blas

Mouillages sur la côte nord du Panama, face à la belle mer chaude des Caraïbes (on vous parle de Bocas del Toro dans un autre article). On a même eu le temps de passer une semaine dans l’archipel des San Blas à l’est du pays.

Note : On vous parle de notre passage du canal du Panama avec notre voilier, les 12 et 13 février dernier, dans notre « Passage du canal avec voilier » !

Nous avons passé un magnifique séjour dans l’archipel de Bocas del Toro, au début du mois de janvier, entre détente, surfs et restaurants. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, il était temps de lever l’ancre pour fixer notre date du passage du canal de Panama ! Il faut assurer notre transit avec les parents de Damien, qui viennent nous voir dans ce but en février. Nous ferons donc un court arrêt dans l’embouchure du canal, devant Colón et Shelter Bay Marina, pour faire les démarches d’inscription.

La baie bien abritée de Portobelo

Une longue navigation au près serré s’annonce devant nous depuis Colon, qu’on partage avec Dir Na Dor, un voilier avec un couple de jeunes Français rencontrés peu de temps auparavant. Après de nombreux bords, nous voici enfin arrivés dans la baie bien protégée de Portobelo. Un petit village sans prétention, mais où le mouillage calme nous ravit en comparaison des nuits difficiles passées devant Shelter Bay Marina… ça roulait tellement là-bas !

Un bar pas très cher avec du wifi très correct au bord de l’eau, il ne nous en faut pas plus pour apprécier nos quelques jours sur place. Le village en soi n’a pas grand intérêt, quoi que les anciens forts tout proches, ruines des bastions des conquistadors et des pirates du passé, surplombant la baie avec leurs canons encore à poste, apportent du charme au lieu.

Vue sur la baie de Portobelo depuis un des petits forts de la ville.

C’est en tout cas un endroit sympa pour se poser en attendant le passage du canal ! On laisse donc Anna et Lucas de Dir Na Dor ici, à la recherche d’équipiers pour leur transit dans les jours qui viennent.

Linton Bay Marina & Puerto Lindo

On continue toujours vers l’est, vers une baie encastrée derrières des îlots, avec au fond d’un côté le village de Puerto Lindo et de l’autre la marina de Linton Bay. On y fait cette fois-ci la rencontre du voilier Quasar, un couple de Français qu’on suivait depuis longtemps sur Facebook sans jamais avoir pu se croiser jusqu’ici.

Mouillage près de Linton Bay Marina.

Le lieu a encore moins d’intérêt qu’à Portobelo… Aucun moyen de se ravitailler rapidement, si ce n’est attendre la venue d’un camion de fruits et légumes, qui ne se montre que quand il a envie. Le seul endroit pour boire une bière et trouver du wifi, c’est à la station essence de Linton Bay Marina, pas très glamour. Ah si ! Point utile, on peut faire remplir ses bouteilles de gaz au restaurant Casa X à Puerto Lindo, ça prend 3 jours et ça ne revient pas très cher.

Note : Attention au ponton pour venir s’amarrer devant ce restaurant. Il y a un mur sous l’eau juste en amont, il faut bien longer la rive avec l’annexe, en contournant les poteaux affleurant. Ensuite, mieux vaut attacher l’arrière du dinguy à une des petites bouées mises à disposition, au risque de voir son embarcation se faire malmener sur le quai en pierre.

On pensait filer vers les San Blas le plus vite possible, mais un gros coup de vent, levant une houle de 3 m bien désagréable, nous obligera à nous abriter au mouillage quelques jours de plus. Il faut bien s’occuper alors Damien en profite pour coudre une superbe housse de protection pour notre nouvelle annexe ! Heureusement que nous avions à bord un taux de soleil que nous n’utilisions pas. Car le tissu spécifique était bien cher à la voilerie de Shelter Bay Marina, 30$ le yard !

Couverture et protection d'annexe cousue par Damien.
Avec un peu de patience, quelques coutures faites main et d’autres à la machine (merci Quasar pour le prêt de la machine à coudre), on finit par obtenir une couverture d’annexe tout à fait correcte !

Archipel des San Blas, terre des Kunas

Même si le vent s’est bien calmé, sortir de la baie de Linton Bay Marina ne s’avère pas chose aisée. On prend la passe à l’est, sous Isla Grande, la houle lève sur les hauts-fonds de belles vagues qu’on prend de face, en espérant ne pas se faire emporter ! Deux récifs à éviter en plein milieu et on arrive enfin à sortir de ce gros bouillon, pour se caler ensuite tranquillement sur une houle plus régulière.

Chichime

On file au bon plein, à plus de 7 nœuds, sous 15 nœuds de vent. Autant dire qu’on avale vite et avec plaisir ces 40 milles qui nous séparent d’île la plus proche des San Blas : Chichime.

C’est quoi au fait les San Blas ?

C’est un archipel de petits îlots qui s’égrènent le long de la côte, au nord-est du Panama, côté Caraïbes. Habité par un peuple indien originaire du Panama, avant les conquistadors espagnols, les Kunas, ces îles sont regroupées sous forme de mini-archipels, dont notamment les Holandes Cays, les Coco Bandero Cays, les Lemmon Cays… Certaines cays sont recouvertes de cocotiers, d’autres de mangroves et d’autres entièrement d’habitations ! Il y aurait aussi des crocodiles dans l’archipel mais bien localisés, surtout vers les îles de mangrove. Par exemple sur Barbecue Island aux Hollandes ou Green Island… Nous n’en avons jamais vu là où nous avons été, et on s’est baigné la plupart du temps sans crainte.

Les îles sont privées et on y respecte les règles des Kunas. Certaines plages sont payantes, il faudrait même demander l’autorisation pour mouiller son bateau. Nous n’avons jamais eu à le faire, seuls des pêcheurs venaient ensuite nous voir pour vendre leurs prises.

îlot désert dans l'archipel des San Blas au Panama.
Les îlots nous rappellent aussitôt notre court séjour au Bélize, ils y ressemblent beaucoup ! Disques de sable surmonté de cocotiers de toutes tailles, situés derrière des barrières de corail et entourés d’eau turquoise, c’est toujours un plaisir de mouiller face à ce paysage.

Ici, les mini-archipels sont assez rapprochés entre eux, ce qui donne une belle vision panoramique de confettis de cocotiers posés ça et là sur l’eau. Et on aperçoit des mâts de voiliers un peu partout, les mouillages sont nombreux, un vrai terrain de jeu pour les bateaux !

On retrouve Quasar à Chichime et on décolle avec eux pour les Coco Bandero Cays, quelques îlots à 15 milles à l’est. C’est tellement paisible de naviguer entre les cays ! On se réconcilie avec la navigation, depuis nos dernières sorties toujours au près, dans de la grosse houle. Ici, on se trouve toujours protégé du large grâce aux barrières de corail et nombreux récifs.

Coco Bandero Cays

Notre point de chute sera une petite île quasi abandonnée dans l’ouest de l’archipel, où seuls les pélicans font la loi. Les récifs immergés aux alentours nous permettront à de beaux snorkeling (pas de crocodile ici), où on retrouve tous nos poissons caribéens favoris.

Plage de sable blanc aux San Blas au Panama.
Mmmm, tentant tous ces cocotiers. Dommage que ce soit apparemment interdit de cueillir les noix de coco voire même de les ramasser, les cocotiers et leurs fruits appartiennent aux Kunas !
Déchets aux San Blas, îles au Panama.
Dommage qu’il y ait beaucoup de déchets plastiques sur ces belles plages…

Normalement le kitesurf est réglementé, voire interdit sur les îles. Il faut demander l’autorisation aux Kunas, qui souvent finissent par accepter en échange de quelques dollars ou nourriture. Comme notre îlot était désert, Damien et l’équipage de Quasar ont osé gonfler leurs ailes !

Holandes Cays

On quitte Quasar pour se diriger vers l’archipel des Holandes, le plus au nord des San Blas. Un joli mouillage encore, dans un chenal de sable entre deux îles, Ogoppukibdup et Niakalubirdup (sacrés noms…). Là encore, on pourra observer de beaux poissons sous l’eau, même des petits thazards sous le bateau, mouillé juste avant un tombant !

Eastern Lemmon Cays

Puis, on navigue vers les Lemmon Cays, notre dernier stop avant de revenir sur la côte. Cette fois-ci, on mouille près d’îlots toujours aussi paradisiaques mais où les plages sont payantes (3$US apparemment) et où les touristes sont bien nombreux sur le sable. Le lieu garde tout de même son charme. Grâce aux fonds marins toujours très intéressants mais aussi aux vidéos drones magnifiques où toutes les nuances de bleu apparaissent depuis le ciel !

Vue sur un mouillage des San Blas, avec le drone Mavic Air.

Essai du drone MavicAir au Panama.

Vue du ciel d'un îlot des San Blas, au Panama.

Note : J’avais quelques à priori sur les San Blas avant d’y passer, je ne sais pas trop pourquoi. Je pensais que l’eau était trouble et les crocodiles partout:) Alors, certes, sur certaines îles plus proches de la côte, où la mangrove est présente, mieux vaut peut-être éviter l’eau. Mais les mouillages que nous avons fait étaient superbes, eau claire et beaux poissons. On n’a même pas aperçu un seul barracuda, un bonheur! Il y a aussi beaucoup plus de voiliers que je ne pensais, en cette saison, janvier-février, on n’est loin d’être tout seul !

Coucher de soleil aux San Blas.
Coucher de soleil sur les magnifiques îlots des San Blas…

Avitaillement compliqué dans la région…

Le retour à la voile se passe aussi bien que l’aller, dans 10 nœuds de vent au largue. On arrive après 7h en mer dans la passe et la baie de Linton Bay Marina.

Mais avant de récupérer les parents de Damien, c’est mission courses ! Comme il n’y a rien à Linton Bay Marina ni à Puerto Lindo, il faut prendre un bus pour aller jusqu’au (gros) supermarché Rey de la ville de Sabanitas. Le bus passe à 9h30 devant Linton Bay Marina, on arrive encore à avoir des places assises ouf (mieux vaut monter dans le bus lorsqu’il passe dans le mauvais sens pour avoir une place assise, le terminus est 5 ou 10 minute plus loin). Car ça se remplit vite, avec la musique à fond dans les oreilles, le trajet d’1h30 jusqu’à notre destination paraît plutôt long…

Note : Si on a de la chance, un petit van réfrigéré livre les courses du Rey vers Portobello ou Linton Bay Marina, pour plus de 300$US d’achat. Pratique mais évidemment, il ne livrait pas le samedi, jour où nous en avions besoin… Pour être sur vous pouvez les contacter par téléphone.

On a pris le bus au retour, avec nos sacs dans les pieds dans l’allée centrale, car on se retrouvait debout. Une journée bien fatigante ! On peut toujours choisir de prendre un taxi pour le retour, mais c’est 30$US. Alors que le bus revient à 5$US l’aller-retour par personne.

Retour sur de l’eau douce avec Manwë

Les parents de Damien arrivent en taxi depuis l’aéroport de Panama City et on les récupère à Linton Bay Marina.

Petit déjeuner au Panama à bord de Manwë.
Premier petit déjeuner en famille à bord de Manwë !

Une journée dans les environs avant de remonter vers Portobelo, où nous tentons cette fois-ci une petite promenade dans la jungle.

Un des forts de Portobelo avec vue sur la baie. Canons visant la baie de Portobelo, au Panama.

On file passer ensuite quelques jours sur le Rio Chagres, avant notre transit du canal de Panama. Il se trouve juste 6 milles à l’ouest de Colon. On va pouvoir revenir sur de l’eau douce, après notre long séjour sur le Rio Dulce au Guatemala !

C’est quoi le Rio Chagres ?

C’est un fleuve qui autrefois remontait loin dans les terres, quasiment jusqu’à la côte Pacifique. On ne pouvait pas la relier directement, il fallait tout de même marcher dans les montagnes au bout d’un moment puis reprendre un autre petit fleuve. Mais aujourd’hui, de ce long fleuve tortueux, il ne reste plus grand-chose. Car c’est lui qui a servi à l’élaboration du canal et notamment à la création du lac artificiel en plein milieu :  le lac Gatún  !

Le Rio Chagres ne fait plus désormais qu’une petite dizaine de milles, qu’on peut remonter sans souci avec un voilier, jusqu’à son extrémité fermée par un barrage. Attention seulement à l’entrée dans le fleuve, un récif se situe en plein milieu de l’embouchure. Au final, l’eau n’est plus si douce que cela finalement sur les méandres, plutôt saumâtre:)

Mouillage sur le Rio Chagres, au Panama.
Mouiller sur un fleuve, c’est toujours une expérience très calme, un peu hors du temps. Seuls les cris des singes hurleurs viennent troubler la quiétude de la jungle autour de nous !

La seule occupation par ici est de naviguer en annexe sur le Rio et sur ses petits affluents. A la rame si possible, pour espérer apercevoir des animaux ! On aura la chance de voir des singes capucins en scrutant attentivement les cimes des arbres, et même un singe hurleur, repéré grâce à ses cris rauques !

Tôt le matin, ce sont les oiseaux qui se régalent, on peut admirer toucans et perroquets voler au-dessus de nos têtes. Les premiers sont noirs et rouges avec un immense bec jaune, les seconds verts et toujours par deux !

Note : Il est fortement déconseillé de se baigner dans le fleuve, à cause des crocodiles. On les a cherché mais on n’en a pas vu de jour. Par contre, en éclairant de nuit les berges, on a pu apercevoir des points brillants de temps en temps. D’après nos guides papiers du coin, ce seraient leurs yeux qui brillent dans l’obscurité…:)

Vue sur le lac Gatun et le Rio Chagres au Panama.
On peut même apercevoir le lac Gatun, au milieu du canal de Panama, au loin !

Après cet aparté paisible au cœur de la jungle panaméenne, direction le mouillage (beaucoup plus inconfortable) devant Shelter Bay Marina. Eh oui, il est temps désormais de passer aux choses sérieuses, le passage du canal de Panama avec notre petit voilier !

Ne manquez pas notre futur article où on vous raconte tout en détails, de l’inscription (sans agent) au transit en lui-même !

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