Dis, on va où après ?

Coucher de soleil sur les BVI, au mouillage à Long Bay sur Virgin Gorda.

Notre voyage à la voile depuis la France peut se résumer en différentes étapes à travers le globe, vécues ou à vivre. Au commencement, il y a eu la Méditerranée (Baléares, Espagne, Gibraltar) puis nos premiers pas en Atlantique (Canaries, Cap-Vert) avec nos premières longues navigations au large. Tout ceci s’apparente pour nous à une première grande étape de notre périple.

La seconde, ce fut la traversée de l’océan Atlantique avec notre cher voilier, un challenge en soi !:) Relevé avec succès d’ailleurs, nous en sommes très satisfaits tous les deux. Nous avions donc un but, arriver aux Caraïbes et naviguer durant la saison sûre, celle sans cyclones (c’est-à-dire de fin novembre à début juin environ) à travers les Petites Antilles.

Note : Nous sommes arrivés tout au sud des Antilles sur la petite île de Tobago (Trinidad & Tobago) après 15 jours de mer, mi-décembre 2017. Nous avons ensuite remonté l’arc vers le nord sur plusieurs mois, jusqu’aux British Virgin Islands mi-mai.

Mais après tout ça, on fait quoi ? Une fois qu’on a atteint le nord des Petites Antilles, les dernières îles, donc les BVI pour nous, on va où après ? Vers le sud ? Vers le nord ?

 

Où peut-on passer la saison cyclonique et échapper à ces terribles ouragans ?

 

Il y a de multiples solutions et de nombreux chemins à emprunter. On ne va pas tout exposer ici. Juste ce que nous avions prévu au départ et notre décision finale. Avec les changements entre nos réflexions. Car l’avantage d’un voyage à la voile, avec son propre moyen de transport, c’est qu’on peut choisir sa voie. Et changer d’avis si le cœur nous en dit !

Bien sûr, il y a le vent qui guide le trajet et facilite certaines destinations. Il y a les cyclones qui imposent les dates. Mais nous ne sommes contraints que par la nature, par la météo, ce qui est plutôt agréable si on y pense. Tout le reste n’est que liberté, quand on prend le temps qu’on veut et qu’on peut pour réaliser ses rêves. Alors, pourquoi ne pas aller le plus possible justement vers nos destinations rêvées ?

Note : Évidemment, il y a aussi des besoins matériels et vitaux qu’on ne peut négliger et qui influencent le voyage. On ne peut naviguer sans certaines ressources : eau, nourriture, gasoil (etc.) et bien sûr l’argent pour acheter tout ça. Grâce à notre dessalinisateur, nous sommes plutôt autonomes en eau. Les courses et le gasoil, on en trouve un peu partout. Quand aux finances, le plus important, nous avons encore de quoi tenir, quelques mois encore devant nous, avant de songer à nous arrêter pour remplir la caisse du bord.

 

Alors, que faire pendant cette saison cyclonique ?

 

Nous avons beaucoup réfléchi à la question. La période cyclonique concerne la majorité des Caraïbes : elle s’étend principalement de la latitude des Grenadines au sud, à la Floride au nord. Ses dates sont officiellement du 1er juin au 30 novembre de chaque année, pour englober au maximum les risques. Mais d’après les statistiques sur de nombreuses années antérieures, les mois les plus à risques seraient août, septembre, octobre. Sachant qu’en début de saison, les cyclones sont plus dirigés vers le golfe du Mexique et les tardifs vers les Petites Antilles. Avec les changements climatiques, dur de se fier à ces théories…

Donc il faut se cacher, pas le choix ! Même si des « trous à cyclones » existent sur certaines îles des Petites Antilles, nous n’avons pas du tout envie ni de risquer le bateau ni nos propres vies.

Les destinations épargnées durant cette saison sont en principe les côtes nord de l’Amérique du sud, telles que les îles ABC (Aruba, Bonaire, Curaçao) ou la Colombie, ainsi que les pays de l’Amérique centrale, du Panama au Guatemala.

Au début, nous n’avions pas d’idée fixe. Laissant les réflexions sur cette nouvelle grande étape du voyage à plus tard, ayant l’arc antillais encore à explorer. On pensait vaguement se diriger vers l’Amérique centrale, longer les différents pays pour en visiter les côtes, si possible les terres… Seulement, nous avons eu la mauvaise surprise de constater que les clearance pour les îles et pays autres que les Petites Antilles ne sont pas du tout du même acabit ! Plus compliquées pour certaines, plus surveillées (le bateau peut se faire fouiller), plus longues, elles sont surtout énormément plus chères, ce qui nous dérange un peu sur un voyage à long terme…

C’était donc le moment de faire un choix ! Question de budget mais aussi de temps, nous ne pouvions pas tout visiter, loin de là. Comme nous avons besoin de mettre le bateau à sec, notamment pour le caréner, il nous fallait trouver marinas et chantiers avec des prix attractifs. Nous avons aussi décidé récemment de programmer un retour de quelques semaines en France, vers l’automne de cette année. Une envie de revoir la famille avant de passer de l’autre côté de la planète, dans le Pacifique ! Il fallait donc trouver un endroit sûr où laisser notre cher voilier.

Toutes ces conditions nous ont amenées vers le Rio Dulce, au Guatemala. C’est un trou à cyclone très connu, il faut entrer et naviguer sur le fleuve jusqu’à un lac pour trouver de nombreuses marinas, proposant places à flot et/ou à sec. Beaucoup de plaisanciers de toutes nationalités viennent y laisser leur bateau, pour un moment ponctuel ou pour la saison cyclonique entière.

Cette destination nous donne vraiment très envie. Non seulement car elle répond à tous nos critères concernant le bateau, mais aussi car elle va nous permettre de bien visiter un pays et de découvrir sa culture locale, actuelle et ancienne. J’ai toujours rêvé d’aller voir des ruines Mayas !:)

Voilà donc pour notre solution majeure pour la saison des cyclones. Nous pensons y rester environ 4 mois. Ça sera une autre forme de voyage, principalement par la terre du coup !

 

Mais pour s’y rendre au Guatemala, depuis les BVI, par où on passe ?

 

Nous avions songé à deux grands trajets possibles, en fonction des destinations désirées. Avec des inconvénients et des avantages des deux côtés…

Note : Dans tous les cas, nous étions déjà certains de quitter les British Virgin Islands fin mai. On vous donne ensuite pour situer les dates : les nombres de jours de navigation que nous pensons faire à chaque fois (prenant comme hypothèse que le bateau avance à 5 nœuds) et les nombres de jours prévus à chaque escale.

Afin de mieux comprendre nos choix, il faut qu’on vous précise les destinations qui sont pour nous incontournables, dans la mesure du possible, c’est-à-dire pour moi les Bahamas et le Mexique et pour Damien, l’archipel des San Blas en face du Panama. Nous aimerions aussi passer en Jamaïque.

Note : Pour ce qui est du Mexique, il est fort probable que nous le visiterons par la terre depuis le Guatemala. Autant profiter du temps passé au Rio Dulce pour faire un peu de roadtrip !

Pour ce qui des escales non planifiées, nous n’avons pas envie de nous arrêter à Porto Rico, en République Dominicaine ni à Haïti. C’est complètement subjectif, bien entendu !:)

Note : Hors de question non plus d’aller au Vénézuela, beaucoup trop dangereux. Rapport à la sécurité mais également à une clearance longue et fastidieuse, nous avons également abandonné l’idée d’un stop aux Roques, les îles vénézuéliennes au nord du pays.

 

Des BVI au Guatemala par le sud des Caraïbes

 

Appelons cette option « Trajet 1 ». Il s’agit de naviguer depuis les BVI vers les îles ABC néerlandaises, localisées au nord des côtes vénézuéliennes. Arrivée d’abord à Bonaire, après environ 4 jours de navigation.

Passage ensuite à Aruba (Curaçao ne nous dit pas trop) donc en tout, pour les deux îles, environ 9 jours sur place.

Stop à Carthagène en Colombie, après 3 jours en mer. Un lieu apparemment superbe ! La clearance est par contre à un prix exorbitant : 100 $US pour payer l’agent pour faire les formalités. Si on reste moins de 5 jours, on ne paye pas le Cruising Permit supplémentaire de 95 $US… Pas question donc de s’attarder là-bas !

2 jours de navigation plus tard et nous pouvons arriver dans l’archipel des San Blas fin juin. Pour y rester une bonne vingtaine de jours car les îles le méritent bien d’après nos sources! Ensuite, pour atteindre le Guatemala, une longue route reste à parcourir sans escales. Il faut monter au nord, longer la côte du Honduras vers l’ouest pour arriver jusqu’à l’embouchure du Rio Dulce. Environ 7 jours de navigation, mais difficile à déterminer car il peut y avoir du vent de face… Arrivée donc au Guatemala vers fin juillet.

 

Et après la saison cyclonique, à partir de fin novembre 2018 ? Le principe de ce Trajet 1 serait de finir notre boucle par les Bahamas, avec une grande montée vers le nord depuis le Guatemala. Depuis les Bahamas, nous pouvons redescendre vers le canal de Panama (visé pour février 2019) en passant par Cuba et la Jamaïque. On peut même repasser aux San Blas si on a envie !

 

Avantages du Trajet 1
  • Protection des cyclones au début du trajet, courant juin
  • Passage aux San Blas
  • Passage aux Bahamas et en Jamaïque pendant la nouvelle saison sûre, après les cyclones
Inconvénients du Trajet 1
  • Beaucoup de milles à parcourir, pendant et après la saison cyclonique : 4800 milles en tout !
  • Temps limité pour chaque destination, à causes des distances à parcourir
  • Clearance chère en Colombie pour une petite durée sur place
  • Remontée le long de l’Amérique centrale en pleine saison cyclonique (juillet)
  • Passage proche du Honduras (nous avons entendu des rumeurs comme quoi naviguer le long de ses côtes n’est pas sûr)
  • Trajet aller-retour long pour aller aux Bahamas.

Des BVI au Guatemala par le nord des Caraïbes

 

Voici le « Trajet 2 ». Départ des BVI pour les Bahamas fin mai, avec 5 jours de navigation à parcourir. Puis, 9 jours de de mer environ pour aller vers le Rio Dulce. Plus simple, non ?

Et après la saison cyclonique, à partir de fin novembre 2018 ? Ce Trajet 2 nous permet de quitter le Guatemala en nous dirigeant vers Cuba puis la Jamaïque. Enfin, on ne manquerait évidemment pas les San Blas avant de traverser le canal de Panama (février 2019).

 

Avantages du Trajet 2
  • Passage aux Bahamas
  • Passage en Jamaïque et aux San Blas pendant la nouvelle saison sûre, après les cyclones
  • Beaucoup moins de milles à parcourir : 2800 au total
  • Beaucoup plus de temps pour profiter des destinations, avant et après cyclones
Inconvénients du Trajet 2
  • Passage aux Bahamas en début de saison cyclonique, jusqu’à fin juin, voire début juillet
  • Clearance très chère aux Bahamas, 300 $US pour un voilier de notre taille apparemment (mais tout est compris, Cruising Permit, permis pêche, etc.). Ce VISA est en fait valable un an, mais c’est le même tarif peu importe le temps qu’on y reste…

Alors, on choisit quoi ? On passe par où ?

 

Pour nous, il y a beaucoup plus d’avantages et moins d’inconvénients pour le Trajet 2. Nous préférons largement opter pour cette solution, rien que parce qu’il y a moins de milles à parcourir ! Plus de temps pour profiter, c’est l’essentiel. Nos destinations voulues depuis longtemps sont toujours sur le planning et de toute manière, on ne peut échapper aux clearance. Dans tous les cas, même pour le Guatemala, ce sera environ 200 $US… Il faut donc faire des choix de pays et dépenser ses sous pour ce qu’on a vraiment envie de faire !

Nous surveillerons bien sûr attentivement la météo quand nous serons aux Bahamas, afin de nous rabattre vers le Guatemala dès que les prévisions sont menaçantes ! Normalement, en début de période cyclonique, ce n’est pas là qu’il y a le plus de risques…

 

MISE A JOUR JUILLET 2018 :

Nous avons donc pu naviguer un mois aux Bahamas sans souci. Nous y étions durant le mois de juin 2018, et le seul problème météo que nous avions sur l’archipel était l’absence de vent ! De nombreux orages ont commencé à éclater en soirée néanmoins vers la fin du mois. Ils ont rendu notre navigation des Bahamas jusqu’au Rio Dulce, au Guatemala, très stressante !

Nous sommes désormais bien à l’abri sur une petite marina sur le Rio Dulce au Guatemala. Les orages sont toujours présents (heureusement surtout la nuit!) mais pas de tempêtes par ici 🙂

2 commentaires

  1. Bonjour,
    j’aime beaucoup votre analyse, qui me conforte dans nos projet de route pour nous qui aimons prendre le temps…
    bonne navigation et merci pour votre blog toujours très sympa !
    pierrick

    1. Merci, oui c’est important de prendre son temps en voyage tout en se méfiant des conditions météos.
      Bonne navigation à vous aussi !

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