Stop dans l’atoll d’Apataki pour se protéger du mara’amu

Arrivée dans la passe de l'atoll d'Apataki aux Tuamotu.

Cela faisait plusieurs jours qu’on profitait des superbes fonds marins de l’Anse Amyot, un mouillage surprenant au nord de Toau. Mais un coup de vent de sud-est s’annonce, nos envies de kitesurf se réveille et cet endroit n’est pas du tout propice pour pratiquer. Direction Apataki, le premier atoll en route direct à environ 20 milles au nord-ouest ! Il est sur notre route pour Rangiroa et possède un motu qui protègera Manwë du mara’amu, alors pourquoi hésiter plus longtemps?;)

 

Navigation entre Toau et Apataki

Navigation entre les atolls de Toau et Apataki.
Notre route entre les deux atolls.

Départ de Toau en début de matinée. On se dirige doucement vers Apataki car le mara’amu n’est pas encore établi sur la zone. Le vent est clément, la mer aussi, c’est toujours mieux pour entrer dans une nouvelle passe. Celle d’Apataki est orientée à l’ouest, ce qui la rend de toute manière peu malmenée par la houle dominante.

Note : Des vagues peuvent se lever dans la passe par courant rentrant + vent d’est. Cependant, sur Apataki, le courant est plus souvent sortant que rentrant. Il n’y a en effet que deux passes, une au nord et une à l’ouest, toutes deux sous le vent du lagon. La masse d’eau a ainsi plus tendance à vouloir sortir. Ne manquez pas notre article dédié aux navigations dans les atolls et entrées/sorties des passes !

Vue satellite de l'atoll d'Apataki aux Tuamotu.
Vue satellite de l’atoll d’Apataki.

Quand on est en vue de la passe ouest, je panique légèrement, de gros rouleaux déferlent et on voit à peine l’entrée. Comment on va faire ? Le bateau va se faire emporter sur les coraux ! En fait, il faut bien se mettre dans l’axe, la passe est étroite mais les vagues restent de chaque côté sur les haut-fonds.

Le village d'Apataki près de la passe de l'atoll, dans les Tuamotu.
C’est même lisse comme un lac en plein milieu !

Le courant est légèrement sortant, 1,5 nœuds contre nous. On le sent à peine et on glisse au moteur sans difficulté. Le vent ne s’engouffre pas, tout est paisible quand on longe le village principal qui borde la passe à l’est.

Note : Il paraît qu’on peut s’arrêter au quai du village. Cela semblait assez technique, ou alors directement sur le gros quai de débarquement, donc peu agréable. On ne l’a pas tenté.

Passe d'Apataki avec la surface lisse sans vent.
On suit les perches qui bordent le platier de corail.
Vagues stationnaires dans la passe d'Apataki, dans les Tuamotu.
Quelques vagues stationnaires sont présentes dans la fin de la passe, qu’on traverse sans difficulté avec le bateau.

Motu Rua Vahine, où notre curiosité l’emporte, sous l’eau comme sur terre

 

On se dirige directement vers l’unique îlot au sud suffisamment bien orienté contre le mara’amu annoncé (enfin on l’espère). L’autre mouillage abrité de l’atoll serait sous le vaste motu plus au sud-est, où se situe le chantier de carénage. Mais bon, c’est un peu plus loin…

5 milles au moteur pour atteindre le motu Rua Vahine. Pas de disques de corail sur notre route, juste des bouées de ferme perlière à éviter en restant bien dans le lagon (ne pas longer la barrière!). Mauvaise surprise à l’approche du motu, le meilleur endroit sous le vent est parsemé de patates de corail et de parcs à poissons ! On doit se décaler au nord devant la plage, dans 6 m d’eau.

Avant que le mauvais temps n’arrive, on se jette à l’eau, curieux d’observer les coraux avoisinants. Ce sont les requins au final ici qui sont plutôt curieux ! On a l’habitude côtoyer des pointes noires et des gris depuis nos nombreux snorkeling à Fakarava. Mais ceux-là, trois ou quatre gros requins gris qui commencent à tourner autour de nous, bien qu’à une distance encore respectueuse, ne nous inspirent guère confiance ! On préfère rebrousser chemin vers Manwë, notre courage a ses limites;)

Ayant entendu des travaux sur le motu, on rame jusqu’à la plage, curieux cette fois-ci d’aller voir ce qui se passe à terre (et moins dangereux). Les bruits proviennent de la construction d’une maison sur pilotis en plein cœur des arbres. Des ouvriers Paumotu s’affairent tout autour.

Avant d’aller crapahuter à droite, à gauche, on prend la direction de l’autre habitation afin de se présenter (et de demander l’autorisation). On tombe sur une jolie petite famille, un couple et une petite fille, où la femme – j’ai oublié son nom – se montre tout de suite très chaleureuse. Elle nous explique que c’est leur nouvelle maison qui est en train de se construire. Prévue en 12 jours top chrono ! On n’avait jamais entendu ça, une construction si rapide !! Mais ça n’étonne pas la Paumotu, apparemment, ces maisons en kit sont assez courantes sur les atolls, rapides et pratiques à mettre en place.

Le reste de leur famille habite au village mais eux préfèrent vivre seuls sur le motu, à s’occuper principalement des parcs à poissons. Elle précise d’ailleurs que les requins gris sont en effet plutôt curieux dans les parages, dont un gros principalement qui vient même au contact. Tiens donc ! Pas trop envie de retenter la nage par ici…

Elle nous précise ensuite que selon le proverbe local : « tant qu’on n’a pas été voir la déesse Tara He, on n’a pas vu Apataki ». Euh, oui, pourquoi pas, mais c’est qui cette déesse ? Elle nous emmène alors sur une stèle au centre du motu, une pierre dressée de 2 m en forme d’ailes d’oiseaux entourées par un cercle de coquillages. Ce serait l’esprit de Tara He, qui veille sur les habitants. Les Paumotu, notamment les pêcheurs, viennent souvent lui demander protection avant de partir en mer. Elle annoncerait aussi les tempêtes en apparaissant sous forme de nuage oiseau dans le ciel.

On écoute attentivement la légende locale, qui semble très ancrée ici. Les anciens y croient bien sûr, mais les jeunes aussi. La jeune femme nous emmène ensuite longer son potager pour aller fabriquer une couronne de liane, afin de la déposer en offrande sur la stèle et faire un vœu. Elle regrette que des touristes étrangers viennent jusqu’ici pour offrir n’importe quoi au pied du monument, bijoux, vêtements, voire même dollars… La déesse Tara He est liée à la nature et on la respecte en lui déposant en offrande seulement de la végétation ou des coquillages par exemple.

On avoue, on n’avait pas du tout entendu parler de cette stèle ni de cette légende avant d’arriver ici. Au moins, notre curiosité à venir à terre nous aura donc accordé un joli moment en compagnie de locaux, à découvrir toujours un peu plus cette belle culture qu’est celle des Polynésiens et plus particulièrement des Paumotu.

Coucher de soleil sur le Rua Vahine, motu au sud d'Apataki.
Le soleil se couche sur le lagon, une belle vision qui clôture ce moment magique empli de douceur partagé avec la jeune Paumotu.

Rencontre avec le catamaran Noee et kitesurf à plusieurs

Manwë au mouillage sous le motu Rua Vahine dans l'atoll d'Apataki aux Tuamotu.
Manwë se sent bien seul au mouillage sous le motu Rua Vahine. Heureusement, on ne le restera pas longtemps !

Le lendemain, comme prévu, le vent se lève petit à petit. 15 nœuds établis, il est temps d’utiliser nos deux ailes de kite, 11 et 10 m² ! On grée sur le banc de sable émergé au nord du motu. Enfin sable, plutôt gros morceaux de coraux, attention aux pieds…

Le vent est stable mais c’est la force du courant qui nous surprend ! Au début, je ne m’en rends pas compte, trop heureuse de naviguer un peu en dessous des patates de corail, et la barrière. Or rapidement, je ne comprends pas, je n’arrive pas à remonter au vent et surtout à mon point de départ. Plus on navigue et plus c’est dur pour moi de revenir ! Je commence même à m’inquiéter et me demander si Damien ne va pas devoir arrêter pour venir me chercher.

Avec beaucoup de peine, je m’écrase comme je peux sur le banc de sable, pour refiler mon aile à Damien, trop épuisée pour me lever pour l’atterrir. Le vent est monté (amenant avec lui des nuages bien gris). Associé à la marée montante qui fait passer les vagues par-dessus la barrière, c’est surtout le courant qui a énormément forci entre le motu et les bancs de sable qui s’étalent vers le nord ! Dès qu’on n’est plus protégé derrière les petites plages, on se fait déporter très rapidement.

Damien se refait une petite session confiant avec la 10 m², pffiou, ce sera fini pour moi pour aujourd’hui.

Entre temps, un voisin est arrivé à côté de Manwë, un catamaran Nautitech 44. Une annexe débarque sur le banc de sable avec à son bord le propriétaire Vincent et son fils Vladimir du même âge que nous. Ce dernier, casque et harnais en position, twintips, surf et foil dans les bras, semble bien paré pour aller aussi s’amuser sur l’eau !

Le vent fort ne l’effraie pas, alors qu’on se rentre tranquillement au bateau, il restera sous la pluie dans 25 nœuds à s’éclater avec sa 7 m² !

Finalement, cette session de mara’amu ne sera pas aussi forte que nos précédentes expériences sur Raroia et sur Makemo. Surtout moins longue ! Seulement 3 – 4 jours de grisaille et du vent à 25 nœuds maximum (30 en rafales). Ça n’empêchera pas Damien de retourner kiter avec Vladimir ! Je me laisserai même convaincre pour un petit essai de la planche de surf de Vlad, quelles sensations en strapless ! C’est décidé, on essaiera d’investir à Tahiti:)

L’équipage de Noee nous invite à bord pour un apéro et dîner très sympathique, où nous faisons la connaissance d’Ondine, la copine de Vladimir, et de ses parents venus en vacances en Polynésie. Vincent, qui possède Noee, a déjà fait un bon bout de chemin avec son voilier. Vlad & Ondine, eux, travaillent depuis un an sur Tahiti, d’agréables contacts à retrouver par la suite.

 

Une nuit en mer pour aller jusqu’à Rangiroa, encore une dans les Tuamotu

 

Lorsque le mara’amu se calme et que le vent repasse à l’est, on décide de reprendre notre route vers Rangiroa. On naviguera avec Noee, ayant la même destination en vue. Départ vers 15h30 d’Apataki, pour une sortie sur l’océan avant la tombée de la nuit.

Dans la passe ouest de l’atoll, le courant est toujours sortant. Cette fois-ci, sous voiles et poussé par le vent, on avance à 10,8 nœuds ! Autant dire que le village d’Apataki défile à une de ces vitesses, on n’a pas l’habitude:) Ah si on pouvait toujours aller aussi vite…

Mais pour une fois, et tant mieux, cette navigation d’une seule nuit sera des plus agréables. Manwë se met sur le cap, dans l’axe de la longue houle (les restes du mara’amu) venant de l’arrière. On installe les voiles en ciseaux et on file à une allure tout à fait convenable et surtout stable, sans à-coups. On dépasse même Noee, première fois qu’on double un catamaran ! Ils ne sont de toute façon pas réputés pour assurer en plein vent arrière. On ne se prive pas pour le taquiner à la VHF;)

Rendez-vous dans notre prochain article sur Rangiroa, à la recherche des dauphins !

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