Traversée de l’océan Pacifique à la voile

On est parti le 5 mars de Panama City, on est arrivé le 2 avril à Fatu Hiva aux Marquises. Mais entre les deux, c’est quoi au final une transpacifique ?

Eh bien pour nous, c’était :

  • 28 jours, 10 heures et 51 minutes passés en mer;
  • 4045 milles parcourus entre Panama City et la baie des Vierges sur Fatu Hiva;
  • 5,92 nœuds de vitesse moyenne;
  • 46,5 heures de moteur;
  • 190,73 milles, notre meilleur distance sur 24h à la voile – soit 7,94 nœuds de moyenne;
  • 51 quarts de nuit chacun;
  • 21 siestes pour Damien;
  • 31 siestes pour Anaïs – oui je suis plus une marmotte et alors?:)
  • 3 mal de mer pour Anaïs;
  • 2 empannages;
  • 9 installations/désinstallations des voiles en ciseaux;
  • 6 grains;
  • 9 journées nuageuses bien moroses;

Et sinon, concernant les activités, c’était :

  • 4 livres lus par Anaïs et 1 par Damien;
  • 1 jeu Pokémon Rouge terminé par Anaïs;
  • 1 jeu Pokémon Platine et 1 jeu Mario terminés par Damien;
  • 41 podcast écoutés;
  • 115 épisodes de séries et 10 films regardés par Damien;
  • 29 épisodes de séries et 60 films regardés par Anaïs;
  • 5 baleines croisées au début du trajet, vers les Galápagos;
  • 4 bancs de dauphins vus;
  • des centaines et centaines de poissons volants aperçus (et ceux pas chanceux qui sautent sur le pont et qu’on ne retrouve secs que le lendemain matin…);
  • des oiseaux autour de nous assez régulièrement tout au long de la navigation;
  • 1 thazard pêché, 1 coryphène, 1 thon et 1 marlin – ce qui nous a bien donné une vingtaine de conserves ! Mais 4 touches manquées…
  • 240 L d’eau consommés, pour la boisson, la vaisselle et les douches;
  • 2 bouteilles de champagne (une pour l’équateur et une pour l’arrivée);
  • et seulement 4 bières – on sera resté sobre durant un mois !
Route parcourue sur l'océan Pacifique avec notre voilier.
La route parcourue, ça en fait un bon bout de chemin…

Jour J, départ pour naviguer sur le plus grand océan du monde

9h00 du matin, heure panaméenne, nous levons l’ancre du mouillage de Las Brisas devant Panama City pour ce grand et beau challenge. Un dernier au-revoir aux bateaux amis autour, Quasar, Charlotte et Maple et nous voilà partis, prêt à affronter la mer !

Damien guette cette fenêtre météo quasi parfaite, en ce début mars, depuis un bon moment. On s’est organisé en conséquence pour notre avitaillement et nos diverses préparations à bord. Maintenant, nous sommes parés et on fonce récupérer ce vent dirigé tout droit vers les Galápagos !

Enfin, on fonce… Pas un souffle d’air près de la côte, il faut d’abord nous extirper au moteur du littoral et des îlots proches du Panama. Au moins, la mer toute lisse nous laisse apercevoir une baleine qui passe juste derrière nous ! Sympa comme première rencontre!

Avancée sous un vent doux pendant la traversée du Pacifique.
Le vent arrive doucement dans l’après-midi et nous pouvons enfin hisser les voiles, qu’on rangera à peine durant notre prochain mois. On glisse bien, la mer est encore calme et paisible, mais ça ne va pas durer;)

Organisation nocturne

La première nuit s’avère la plus technique car nous devons croiser le rail des cargos en partance du canal du Panama, dans notre descente vers le sud. Évidemment, certains seront sur route de collision, avec alarme AIS qui se déclenche ! Rien de grave, ils nous repèrent et nous évitent facilement.

Il faut aussi nous habituer aux mouvements du bateau pour nous endormir rapidement entre les quarts. Les premières nuits seront difficiles, il faut trouver le rythme. Nous avons adopté la même organisation que d’habitude : deux quarts de 3h chacun en commençant au coucher du soleil et en alternant ensuite. La journée, nous refaisons une sieste pour reprendre des forces !

Préparation du quart de la nuit pour Anaïs pendant notre traversée du Pacifique.

Durant les premiers jours de navigation, les nuits étaient plutôt fraîches à bord. Le vent soufflait fort et on recevait des embruns par les vagues. Pas très agréable pour celui qui est de quart dehors ! Le matin, c’est l’humidité qui trempait le cockpit. On se protégeait alors avec veste et pantalon de quart. On a fini par les ôter une fois l’équateur passé. En même temps, l’eau de l’océan était aux alentours de 20° près de la côte panaméenne alors qu’une fois sous les Galápagos, elle est remontée à 29° !

Panama – Galápagos, avec passage de l’équateur

Notre descente vers les Galápagos n’aurait pas pu mieux se dérouler. Nous avions un vent constant et fort qui nous poussait dans la bonne direction, conforme à nos gribs, entre 20 et 25 nœuds au portant. Nous étions aussi aidés par un puissant courant dans le bons sens, jusqu’à 2 nœuds ! On se règle en ciseaux, 2 ris dans la GV et génois un peu enroulé. L’inconvénient, c’est que la mer se forme aussi… Le roulis du bateau au portant reste assez régulier mais je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir mal un peu au début. Heureusement, c’est vite passé !

Voiles en ciseaux éclairées par le soleil.

Nous avons fait plusieurs jours avec une moyenne de 180 milles et aussi 24h à 190 milles ! Notre nouveau record:) Finalement, on aura atteint les Galápagos en 6 jours depuis Panama City, une bonne moyenne:)

Zone de convergence intertropicale

Après avoir contourné l’archipel par le sud et passé l’équateur, une nuit, tout arrête, plus de vent du tout. On est entré dans le fameux et redouté pot au noir ! On préfère affaler les voiles plutôt que les entendre battre à cause de la houle. On s’offre alors une nuit entière sans quarts, poussé seulement par le courant. A vrai dire, ce n’est guère plus confortable car les vagues nous faisaient beaucoup rouler… On recommencera le lendemain, mais sans abuser. Même si on ne croise personne sous ces latitudes, on préfère quand même surveiller dehors.

Le pot au noir était assez sud, située entre 2° et 7° sud, et surtout très instable. La zone évoluait chaque jour, gros trou sans vent avant les alizés. De larges nuages menaçants arrivent, qui resteront accrochés pendant plusieurs jours. Ça y est, on va se prendre des grains sur la figure ! Les journées deviennent moroses sous le ciel gris, il fait lourd et chaud. Et quand il commence à pleuvoir, c’est encore pire ! Notre bimini n’est pas étanche, on doit alors se réfugier dans le bateau, où la température grimpe énormément.

Une nuit, le vent tombe encore, on décide alors d’allumer le moteur. Le courant a diminué et ne nous emporte plus. Surtout, on veut sortir du pot au noir le plus rapidement possible, en restant vers le sud vers les alizés. Comme le mouvement du bateau change, je recommence à être malade, mal de tête, mal de ventre, aucune motivation pour rien ni aucun appétit. Ce n’est l’affaire que de quelques heures mais je m’en passerais bien…

Au début des alizés de l’hémisphère sud, sous les nuages et la grisaille

Après une journée au moteur, enfin, le vent revient. Doucement mais sûrement, il nous permet de remettre les voiles. On pense entrer dans la zone des alizés tandis que le beau temps revient au petit matin, le moral remonte en flèche.

Pancakes le matin sur notre bateau lors de la traversée de l'océan Pacifique.
Allez, ce sera même pancakes pour finir de réconforter:) Et quelques dauphins viendront même nous saluer, que demander de plus ?

Bon, c’était un faux espoir… Les jours suivants redeviennent gris et monotone. On n’a pas trop chaud grâce au vent mais les vagues mal orientées, de travers, nous secouent dans tous les sens.

Une fin d’après-midi, c’est un nuage noir immense qui s’avance sur nous. Le vent tourne subitement au nord-ouest, avec des rafales à 30-35 nœuds ! En général, les grains que nous avions subis jusqu’ici ne duraient jamais plus d’une heure et n’augmentaient guère le vent. Mais celui-ci est un véritable monstre ! Une pluie torrentielle s’abat sur nous et ne se stoppera qu’au petit matin.

Note : On n’aura jamais à allumer le moteur pour recharger nos batteries sous ce temps gris, c’est déjà un bon point. Juste éteindre le frigo quelques heures une fois ou deux.

Routine des alizés, jour après jour

Petit à petit, on finit par voir le bout de ce passage morose. Le moral revient avec le soleil mais on commence quand même à trouver le temps long, au bout d’une vingtaine de jours sur l’eau. Heureusement, quand on voit qu’il ne nous reste plus que 1000 milles et que chaque jour fait diminuer la distance de plus d’une centaine de milles, ça remotive!:)

Notre physique souffre aussi de ces longues journées sans bouger. On teste notre équilibre dans le bateau à chaque mouvement mais ce n’est guère suffisant pour les muscles. Nos jambes sont fatiguées, endolories. Vivement les marches et randonnées à terre !

L'océan Pacifique à perte de vue depuis notre voilier.
Plutôt jolie la couleur de l’eau non ?

Les alizés ne seront au final jamais très stables, ni très forts (pas plus de 15 nœuds) tout au long du reste du voyage… Notre avance est convenable sur le fond, mais on aimerait pouvoir laisser les voiles en paix plusieurs heures d’affilée, sans avoir à changer de configuration toutes les demi-journées. Ciseaux, pas ciseaux, 1 ris, pas de ris, ça n’arrête pas !

Derniers milles, ça sent l’arrivée !

Problème, à l’approche du dernier jour, on calcule une arrivée de nuit… Ni la côte à suivre ni le mouillage ne sont compliqués, mais on aimerait arriver en pleine lumière pour admirer l’île ! On n’aurait quand même pas fait ce mois en pleine mer pour ne rien voir de notre destination…

Note : On a choisi d’arriver sur l’île la plus au sud des Marquises, Fatu Hiva. Dans la mythique baie des Vierges ! Il n’y a pas de port d’entrée sur cette île, il faudra faire profil bas avant d’aller régler nos formalités de clearance sur l’île d’Hiva Oa plus au nord.

Comme pour exaucer notre souhait, le vent se casse la figure. On avance à rythme très réduit, à peine 2 nœuds en surface, avec un courant qui nous pousse aussi sur le fond.

28ème jour, magie, ça y est on voit la terre ! Quelle émotion ! Surtout qu’on ne s’attendait pas à voir l’île si tôt, nous sommes encore à 45 milles de Fatu Hiva ! Mais les reliefs sont tellement hauts sur l’eau, il fait un temps magnifique, on aperçoit clairement le contour de l’île et les nuages accrochés sur ses hauteurs à l’horizon. On allume alors le moteur car notre vitesse sous voiles ne nous permettrait pas d’arriver au mouillage encore de jour.

Arrivée près de l'île de Fatu Hiva aux Marquises.
Au fur et à mesure de la journée, les nuages sur les reliefs se dissipent, nous laissant admirer les pics et falaises vertes et brunes de cette île impressionnante.
Passage de la pointe nord de l'île de Fatu Hiva.
Arrivée sur la baie des Vierges sur l'île de Fatu Hiva aux Marquises.
Après avoir contourné la pointe nord de l’île, c’est le mouillage tant attendu qui apparaît doucement, la fameuse baie des Vierges, point d’arrivée favori de nombreux navigateurs sur ces mers éloignées !
Mouillage de la baie des Vierges sur l'île de Fatu Hiva aux Marquises.
Magnifique, époustouflant, émus, joyeux les mots sont parfois faibles pour décrire la vue autour de nous et l’impression qu’on ressent une fois l’ancre au fond.
Le voilier Tangara au mouillage dans la baie des Vierges aux Marquises.
On retrouve avec plaisir le voilier Tangara et sa petite famille, arrivés deux jours auparavant ! Sans hésiter, on les invite à bord pour fêter ça au champagne tous ensemble. Un bon moyen de conclure cette superbe traversée, longue mais satisfaisante, car on arrive quand même dans l’un des plus beaux endroits du monde…

Les occupations à bord pendant un mois, tout pour garder le moral au top et faire passer le temps

La cuisine, le cœur des activités

On ne pense qu’à ça à bord durant une navigation (sauf quand je suis malade bien entendu). Quand est-ce qu’on mange ? Et surtout qu’est-ce qu’on mange ?

On avait fait un avitaillement conséquent au Panama, du coup on a pu se cuisiner des petits plaisirs bien réconfortants, croques-monsieur, pizzas, pâtes carbonara, pains tout chauds pour le matin (un vrai régal avec du beurre salé), crêpes à la confiture ou au beurre de cacahuètes…

Bon pain tout chaud le matin pendant la traversée du Pacifique.
Pizza qui sort du four pendant notre navigation dans le Pacifique.

Mais aussi des mets plus diététiques, hein ! salades, fruits et repas de poissons en tout genre (poisson cru, poisson pané, pâtes au poisson, poisson à la provençale, au curry, avec des bananes plantains, des pommes de terre sautées, etc. – il faut en avoir de l’imagination!)

Nous manquions de fruits à la fin, heureusement qu’une fois arrivés aux Marquises, on refait le plein très vite. Regardez la taille de ces pamplemousses !!
Pêchera ou pêchera pas ?

C’est une activité que Damien affectionne, pour le challenge et parce qu’il aime beaucoup le poisson. On a eu de la chance, ça a mordu dès le premier jour, avec un petit thazard bienvenu. Puis, il a fallu attendre un peu avant de repêcher une petite coryphène le 9ème jour.

Mais notre première grosse bête, c’était un thon récupéré le 17ème jour. Une belle prise, Damien a bien mis une vingtaine de minutes à le remonter sur le pont. On a ensuite arrêté de mettre les traînes à l’eau, ça nous faisait suffisamment de nourriture pour longtemps.

Thon pêché pendant la traversée de l'océan Pacifique.
Il pesait au moins 10 kg ! On a pu mettre pas mal de poisson en conserves pour les semaines à venir:)

Et notre deuxième prise de taille, la dernière mais la plus impressionnante, c’était un marlin juste 15 milles avant d’arriver sur Fatu Hiva !

Marlin pêché pendant la traversée de l'océan Pacifique.
Le poisson mesurait bien 1m50 de long, première fois qu’on remonte quelque chose d’aussi gros. On en a même donné au mouillage ensuite !
Lien avec le reste du monde


Un des moments vraiment sympa de la journée, c’était le matin quand nous téléchargions les messages reçus sur notre téléphone satellite. Bien que nous ayons pris un Iridium pour télécharger des fichiers météo (lien article Damien), c’est toujours agréable de pouvoir communiquer avec les proches par SMS. Comme nous avions un forfait illimité, on ne se gênait pas non plus pour récupérer des gribs chaque jour et évaluer au mieux notre route. Ce fut bien utile car les conditions météo variaient, surtout vers l’équateur mais également dans les alizés, assez faibles et peu constants.

Réception des messages sur notre téléphone satellite pendant la traversée du Pacifique.
Divertissements en tout genre

Après plusieurs jours en mer, les journées finissent par toutes se ressembler. Rythmées par les quarts la nuit et par les repas le jour, on s’occupe comme on peut entre les deux : dormir, regarder des films et séries (surtout la nuit), lire, jouer à des jeux de société ou à des jeux vidéos (les Game Boy ont été ressorties des placards), écouter des podcasts (une des meilleures inventions en navigation!), tenir un journal, bricoler un truc ou deux ou tout simplement ne rien faire, pensif face à l’océan.

Nos moments les plus marquants

Rencontre avec une île au milieu de nulle part

On aperçoit au matin du 3ème jour un gros caillou à l’horizon ! Il s’agit de l’île colombienne inhabitée de Malpelo. Cette réserve naturelle est petite en surface mais ses hautes falaises tombent à pic. Attention aux troncs d’arbres, ils sont nombreux à flotter ci et là, mieux vaut éviter de taper dedans.

On croise au large la petite île colombienne de Malpelo.
Oiseaux en pleine mer autour du bateau.
Le plus impressionnant, c’est surtout le nombre gigantesque d’oiseaux, des fous, qui volent et plongent de toute part autour de l’îlot !
Visites amicales à bord

Le 4ème jour, c’est un minuscule oiseau tout mignon, avec un ventre bien rond, qui vient nous fait l’honneur de sa visite à bord. Il se pose et semble apprécier sa place malgré le roulis, car il restera avec nous jusqu’à l’aube.

Petit oiseau venu se poser sur nos filières pendant la traversée du Pacifique.
Serait-ce un oiseau migrateur venu se reposer un peu ? Il ne ressemble pas du tout à un oiseau marin en tout cas, mais se trouve déjà bien loin des terres…

Nous verrons de nombreux autres oiseaux tout au long de la traversée, tournant autour des voiles ou juste passant au large. Certains plongent dans l’eau à la recherche de nourriture, d’autres ne semblent jamais se poser. Même au milieu de l’océan, on en croise toujours, on se demande vraiment comment ils peuvent voler si loin de toute terre, au milieu de nulle part !

Ce qui sera moins agréable, c’est la visite d’algues et de pousse-pieds gigantesques sous le bateau au fur et à mesure de notre avancée. Pourtant, notre antifouling n’est pas si vieux mais ils sont sacrément coriaces ! Heureusement, les poissons des Marquises n’en feront qu’une bouchée.

Passage mythique entre le nord et le sud de la planète

On guettait attentivement les chiffres 0,0 sur le GPS pour la latitude ! Ça y est, dès le 5ème jour, nous passons pour la première fois en voilier l’équateur, nous voilà dans l’hémisphère sud ! Position 00°00.000N et 087°06.194W. Un moment assez émouvant, c’est une sacré étape à franchir en pleine mer. Sans hésiter, on sort le champagne pour fêter ça !

Couchers et levers des astres

En pleine mer, les moments les plus magiques chaque jour restent l’aurore et le crépuscule. Les levers et couchers du soleil sont vraiment des instants à savourer pleinement ! Tant de lumière et de couleur dans tous les sens, on est à chaque fois émerveillé. On se rend surtout compte de l’importance du soleil sur notre humeur, le voir se lever le matin, dissiper les peurs et inquiétudes de la nuit, le sentir réchauffer sa peau, ça rassure énormément.

Bien que le coucher du soleil annonce la venue de la pénombre, les innombrables couleurs du ciel et des nuages à ce moment-là restent un magnifique spectacle qu’on ne se lasse pas d’admirer !

Lever de soleil sur l'océan Pacifique.
Les levers de soleil sont plutôt sympa aussi ! 🙂

Et la lune ? A sa manière, elle rassure elle aussi, car elle nous éclaire dans la nuit noire, comme une vieille amie, une guide dans ces heures sombres. Quelle émotion de pouvoir assister à un lever de lune, un moment qui reste rare et privilégié. A chaque fois, c’est la même chose, on sait qu’elle va arriver mais on est d’abord surpris par cette tâche ronde et rouge à l’horizon. Quand elle monte et devient blanche, si ronde, si brillante, elle nous permet d’utiliser nos yeux quasiment comme en plein jour !

Les quelques soucis (car il y en a toujours, sinon ce ne serait pas une navigation en voilier…)

Dès le 3ème jour, c’est notre banquette centrale encastrée face à la cuisine qui se fait la malle ! La fixation des vis dans le sol a l’âge du bateau, soit 30 ans… Les pas de vis se sont trop élargis et la banquette s’est tout simplement désolidarisée du sol ! Bien entendu, comme nous gîtions côté tribord, elle était bien utile pour nous retenir quand nous cuisinions ou faisions la vaisselle… Il a fallu la réparer plusieurs fois, mais on consolidera une fois arrivés.

Toujours ce 3ème jour (eh oui, tout s’enchaîne souvent), c’est notre drisse de GV qui s’enfuit en tête de mât. Elle devait être coincée et on a un peu trop forcé. J’ai du hissé Damien dans la houle, ce qui n’était guère confortable pour lui !

Puis, en milieu de traversée, on perd malheureusement une pièce stratégique de notre tangon. A force de le manipuler pour gérer les mises en ciseaux, une goupille s’est accidentellement arrachée et a fait partir à l’eau la gâchette de la mâchoire. Ouf, Damien remplacera le tout par un bout de fortune et ça tiendra !

Mais après, problème plus grave, on se rend compte qu’on ne peut plus utiliser notre dessalinisateur ! Un des boîtiers protecteurs d’un filtre s’est fissuré et laisse passer la pression. Damien tentera de le réparer une fois arrivé mais peine perdue, il nous faut une pièce neuve… Évidemment, si seulement on avait vu ça encore au Panama ! Heureusement que pour la navigation, nous avions prévu ce qu’il fallait en eau douce, réservoirs, bidons et bouteilles d’eau achetées en plus.

Alors après coup, on en pense quoi de cette traversée d’océan ?

C’est long mais ça en vaut la peine ! Notre navigation s’est au final très bien déroulée. Le seul regret est de ne pas avoir eu beaucoup de vent en cette période, les alizés étaient très faibles. Mais on a fini par arriver en 28 jours, un score très raisonnable, on en est fier !

La transpacifique pour nous, c’était aussi un mois sans voir aucun être humain ni quoi que ce soit qui y soit relié. On était en pleine communion avec la nature pendant des semaines ! A peine une voile aperçue à l’horizon un soir, sinon rien du tout. Coupés du reste du monde pendant plusieurs semaines, sans internet ni réseaux sociaux, avec le minimum de communication, sans les facilités de la vie terrestre, juste à deux sur un petit espace de vie…

Mais on ne se sent pas seuls, grâce aux oiseaux, poissons volants, dauphins croisés. Ni perdus, avec nos équipements électroniques pour nous situer. Ni déboussolés, l’horizon a toujours une limite, c’est même agréable de ne voir que l’eau tout autour de soi. Comme si on évoluait dans une bulle gigantesque et immobile, avec un paysage qui ne change pas, tout en sachant qu’on avance quand même sur la planète !

Anaïs sur le pont de Manwë pendant notre traversée de l'océan Pacifique.

Une fois arrivés sur Fatu Hiva, nous avons désormais parcouru au total 13880 milles depuis notre départ de France ! Et ce n’est pas fini!:)

19 commentaires

  1. Pour anecdote ça s’appelait d’abord la baie des verges à cause de ces rochers Euh, en forme de verges, très jolis ainsi que l’ensemble très verdoyant; se sont les missionnaires qui l’ont renommé en baie des vierges (les pauvres). S’il vous manquait de marcher vous êtes servis, un peu rouleur le mouillage, comme les Marquises en général vu qu’il n’y a pas de barrière de corail autour des îles. Mais vous serez servis aux Tuamotu d’atolls paradisiaques, pour la plongée et far niente à bord, en chemin vers Tahiti.

    1. Oui on savait aussi pour cet ancien nom 😉 Le mouillage n’était pas trop rouleur pendant notre séjour, on a eu de la chance car la houle n’était pas très établie à l’extérieur. Les alizés étaient bien faibles début avril. Oui on est aussi pressé d’aller aux Tuamotus mais on va encore bien profiter des Marquises jusqu’au mois de juin.

  2. En arrivant aux Gambier ( sud est de la Polynésie française). Logique pour moi vu que je suis passé par la Patagonie, puis l’ile de Pâques; j’ai été surpris que la plupart arrivait de Panama. ils m’ont expliqué que c’était pour ne pas trainer au milieu de l’équateur, ainsi que d’avoir un meilleur angle de vent. (Pas plein vent arrière, plus lent et rouleur). Au final, vous faites une moyenne très correct.

  3. Merci de votre beau récit ! C est chouette ce que vous avez fait ! Bonne continuation et découvertes ! 😀

  4. Merci pour ce magnifique récit qui conte vos aventures que j’ai pu partager un peu avec vous. Bravo à tous les deux.🌈🌓🐬👏🏻⛵️
    Francis

    1. Superbe récit très émouvant, qui nous rappelle la transat. Peut être un jour nous aussi ? Bonne continuation a vous et bravo.

    2. Excellent rècit , j’ai connu la baie des vierges en 1965. Bon séjour en Polynésie, vous étes jeunes profiter bien de la vie en mer. Dans la vie ont n’a que se qu’on mérite et vous le méritez bien.

  5. Bravo!! J’aime beaucoup suivre votre blog ( complet, bien rédigé et illustré ) et partager ainsi un peu de vos aventures. Bon séjour aux Marquises.

  6. Bonjour Anaïs et Damien,
    Merci pour ce passionnant compte-rendu que j’attendais avec impatience et bravo pour ce que vous faites !
    Chantal va être rassurée de vous savoir arrivés de l’autre côté du Pacifique !
    Ici la neige continue de fondre sur les sommets du Jura !
    Bises et amitiés – Philippe et Yannick

    1. Merci beaucoup !! Profitez bien de la neige qui reste, nous ça nous manque un peu parfois il faut l’avouer, quand on meurt de chaud ici sous les tropiques 🙂 Mais on ne va pas se plaindre non plus…

  7. Bravo à vous, merveilleuse expérience. Bel article et nous sommes contents d’avoir enfin des photos ! Cette traversée nous a paru longue aussi !

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