Passage express à Saint Barthélémy, déception, escale ratée, manque de chance ?

La vue sur la baie de Gustavia depuis le port à Saint Barth.

Départ de Barbuda tôt le matin, au lever du soleil. Une belle journée de navigation – 68 milles –  au portant (enfin!) nous attends pour rallier la petite île de Saint Barth. Nous sommes trois voiliers sur l’eau à nous suivre, une première pour nous ! Saturnin et Cotinga ont le même trajet que nous pour l’instant, il serait dommage de ne pas naviguer ensemble entre les étapes. La configuration de voiles sera la même pendant nos 11 heures de navigation : grand-voile haute et génois tangonné en ciseaux. On le sait depuis la transat, sur Manwë, ça fonctionne plutôt bien quand le vent est plein arrière !

Cotinga qui a choisit la même configuration que nous, avance plus vite mais sera toujours visible à l’horizon. Il faut dire que leur bateau est un peu plus grand que le nôtre. Quand à Saturnin, ils mettent en ciseaux leur génois et leur trinquette. Manwë est un peu lent à décoller, ça aussi on l’a bien vu face à des bateaux plus légers mais une fois lancé, notre vitesse de croisière avoisine les 6 nœuds. On finit même par dépasser Saturnin à un tiers du parcours ! Pour une fois, car au près c’est une autre affaire:) C’est donc environ avec 3 milles de distance entre chaque voilier que la nav’ se poursuit gentiment.

La houle ne nous dérange pas trop, on retrouve cette chère stabilité du portant qui me permet de ressortir des magazines dans le cockpit. Mais c’est sans compter Damien lancé dans un concours de pêche effréné, qui sort à la suite une belle bonite et une dorade coryphène (elle avec les restes de la bonite ajoutés au leurre). Fier, car ce sont quasiment nos premiers poissons à la traîne dans les Antilles, il vide et décortique tout ça dans le cockpit. Je vous passe les détails du sang et de l’odeur ! Mal à l’aise, moi qui partais pourtant sereine, je commence à ne pas me sentir très bien. Obligée de me réfugier dans la cabine arrière pour une grande partie du voyage !

Heureusement, la bonite marinée dans du lait de coco sera un vrai régal, partagée entre tous sur Cotinga à notre arrivée à St Barth:) Allez, je vous donne même la recette !

Recette de poisson mariné :

  • Du poisson frais cru (thon par exemple)
  • 1 petite brique de lait de coco
  • 1 citron vert
  • Des épices : gingembre, coriandre
  • Du sel

Découper les filets de poisson cru en cubes. Assaisonner avec le jus du citron vert. Mélanger et ajouter les épices et le sel. Arroser de lait de coco et re-mélanger. Laisser reposer au frais quelques heures.

Le poisson va cuire dans le citron mais rester très tendre. On peut tout à fait varier les épices pour d’autres goûts.

 

Grande déception à notre arrivée devant Gustavia

 

Parlons-en, tiens, de notre arrivée à Saint Barth. On retrouve Cotinga errant dans la baie de Gustavia, la capitale, en quête d’un endroit où mouiller. On se rend compte rapidement que c’est un choix peu évident tant rien ne nous fait envie ! La baie n’est pas jolie, la ville de loin non plus. On remarque surtout la grosse zone industrielle… Un large chenal coupe la baie en deux, pour laisser passer les gros ferries ou les yachts. Au sud comme au nord de cette passe, un amas de voiliers sur bouées ou au mouillage, tous plus délabrés les uns que les autres ! Ce qui est plutôt étonnant pour le lieu réputé prestigieux. On ne compte même plus les bateaux sans mâts, rescapés du cyclone Irma.

Pour ne rien arranger, le temps se gâte et les jours qui viennent ne s’arrangeront pas. Le vent de sud-est lève une houle dans le mouillage des plus inconfortables ! Mais le pire dans tout ça, hormis le paysage moyen et la houle, c’est le prix pour rester ici ! On ne le saura que le lendemain en faisant nos formalités à la capitainerie du port de Gustavia, mais mouiller (sur bouée ou sur ancre!) dans la baie, devant Corrossol compris, coûte tout de même très cher, une somme qui dépend de la surface du bateau, soit pour nous 9 € par jour !! Une véritable arnaque, ce qui nous laisse bien dépités. Les tarifs sur l’île au mouillage (et les possibilités pour mouiller) sont d’ailleurs bien compliqués à comprendre aux premiers abords, on vous explique tout dans notre article « Formalités administratives (en bateau) et réseau téléphonique/internet à Saint Barth ».

Info ou intox ? On entendra plein de rumeurs de ce genre, qu’on ne saurait affirmer fondées ou non, même si je penche plutôt pour un oui. Les voiliers démâtés devant Gustavia auraient été achetés par des personnes travaillant sur l’île et ne pouvant se permettre un logement hors de prix. Suite à l’ouragan, les « petits » endroits à louer ont diminué en nombre quand les loyers sont à des prix indécents. C’est donc toujours moins cher de vivre sur un bateau pour une dizaine d’euros par jour dans la baie !

 

Visite de Gustavia

 

Malgré notre déception à tous de la veille (et la ferme attention pour Cotinga et Saturnin de repartir au plus vite pour Saint Martin, 20 milles plus au nord), nous descendons tous ensemble visiter Gustavia. Nous, nous voulons nous accrocher, j’avais tellement envie de visiter cette petite île que je refuse d’abandonner si vite. On se prévoit donc quelques jours dans les parages, nous verrons bien…

Un bon point pour la ville, il y a des « dinghy docks » un peu partout. On peut donc s’amarrer directement devant la capitainerie, située sur la gauche du port, pour être en règle avec notre clearance. Nos deux batocopains voulaient éviter ces formalités mais ici, la surveillance est de mise. Au petit matin, nous avons tous été réveillés par le bateau de la capitainerie, afin de venir nous présenter aux autorités le plus vite possible (et accessoirement de remouiller car nous étions trop en bordure de chenal…). Ils ont donc opté pour régulariser leur situation, malheureusement pour à peine une journée sur l’île…

Notre visite en groupe (et plus tard à deux) consiste à arpenter les petites rues de Gustavia sous le soleil. Soleil dont on profite bien car au final, il sera bien rare sur ces quelques jours. Les maisons blanches au toits rouges donnent un certain charme à la ville. Les magasins de luxe et les restaurants bobos se succèdent, ne laissant aucun espoir de dépenser nos sous ici. Mais ça, on s’y attendait:) J’adore le shopping mais ici, impossible de repartir avec un souvenir, en se retrouvant face à Hermès, Dolce & Gabanna et autre boutiques luxueuses inabordables.

Le port de la ville de Gustavia sur Saint Barthélémy.Port de Gustavia sur l'île de Saint Barth.

Le mauvais temps qui suivra m’empêchera de prendre plus de photos…

En tout cas, on s’étonne tous devant la propreté et l’état de la petite ville. Peu de choses nous font penser au passage encore récent pourtant du cyclone Irma (en septembre dernier). Tout semble avoir été reconstruit ou est en cours de finitions. Seuls quelques murs effondrés subsistent tandis qu’à l’extérieur, ce sont les bateaux démâtés dans la baie et surtout végétation abîmée qui témoignent de la puissance de la catastrophe.

Info ou intox ? Nous avons entendu dire que les habitants de Saint Barth avaient été priés de remettre en état au plus vite leur demeure sous peine d’expropriation. Pour redonner à Saint Barth tout son cachet. Dans un sens, les propriétaires devaient aussi avoir les moyens…

 

Mouillage à l’Anse Colombier sous la pluie torrentielle

 

Dès l’après-midi, Saturnin et Cotinga nous quittent donc pour St Martin. Le temps ne donne pourtant pas envie ! Il pleut énormément et les nuages gris qui envahissent tout le ciel ne présagent pas d’une amélioration. Pour autant, peu de vent au large, mais toujours cette houle désagréable dans le mouillage… Ils nous confirmeront par la suite leur navigation uniquement au moteur jusqu’à l’île suivante sous les trombes d’eau !

On finit par se décider également (surtout pour éviter de repayer 9 €…) à bouger. Le seul autre mouillage possible de Saint Barth est plus au nord : l’Anse Colombier. A peine 2,5 milles pour s’y rendre, hop, le moteur est lancé. Une fois sur place, on a le choix, soit prendre une bouée (gratuite), soit se mettre sur ancre mais dans une zone pour ne pas les gêner (cela va de soi). On choisit un petit emplacement non loin de la plage.

La crique est jolie mais la végétation manque un peu, on imagine les beaux palmiers qui devaient orner la plage avant Irma. Très isolés, on ne capte même plus le réseau ici. Comme on ne peut pas trop profiter de l’extérieur vis-à-vis du temps (très) maussade, on se sent un peu comme parqués ici, interdit de mouiller ailleurs. Pas très « friendly » pour les plaisanciers cette île ! L’intérêt serait donc de visiter l’intérieur des terres. On s’est renseigné à Gustavia, 35€ pour un scooter à la journée (pas plus qu’à Marie-Galante mais c’est parce que la basse saison). Seulement, comme le principal atout de Saint Barth correspond à ses plages toutes plus belles les unes que les autres soi-disant, les voir sous la pluie nous dissuade rapidement !

Info ou intox ? Les locaux débarrasseraient chaque jour à l’aube les plages de l’amoncellement de sargasses. Évidemment, comme partout aux Antilles, Saint Barth n’est pas épargnée par ce fléau. Mais l’île doit rester jolie, attrayante et le sable immaculé ! La question est : mais qu’en font-ils ?

Dommage. Il faut se rendre à l’évidence, ce n’est pas cette fois-ci que nous pourrons visiter Saint Barth (ni voir la tombe de Johnny Hallyday, le nouveau lieu phare de l’île dont tout le monde parle). Je suis déçue car j’avais vraiment envie de profiter ici, ce n’est pas tous les jours justement qu’on peut venir ici sans avoir à payer une somme astronomique pour un logement.

Info ou intox ? Je ne sais plus où j’ai vu ça mais les habitants de l’île commenceraient à en avoir marre de la venue des nombreux fans de Johnny sur site. Non seulement cela dégraderait les lieux mais ils ne correspondraient pas forcément non plus avec l’image sélect de l’île, où les ultra riches viennent y chercher calme et discrétion…

Départ anticipé pour Saint Martin, après un retour à Gustavia pour notre clearance sortie. Au-revoir Saint Barth donc, il me reste un petit goût de manqué dans la bouche mais c’est ça aussi le voyage. Il faut savoir faire avec les conditions, la météo, les opportunités…

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