Comment ça s’est passé le confinement sur notre voilier ?

Mouillage de la baie de Phaeton au centre de l'île de Tahiti.

Eh bien, ce n’était pas si différent de nombreuses périodes déjà vécues à bord ! Sur un voilier, on se retrouve souvent livré à soi-même, seul, en totale autonomie. Parfois même sans sortir à l’extérieur rien que sur le pont. Ou encore sans pouvoir quitter le bateau, comme pendant de longues journées en mer. Mais je n’irais pas jusqu’à dire que le confinement fut l’une de nos périodes préférées…

Nous revenons de notre escapade autour de l’île de Moorea en rejoignant directement la côte sud de Tahiti Nui. Objectif : rejoindre des amis dans la baie de Phaeton puis vadrouiller le long de la presqu’île – Tahiti Iti –, que nous ne connaissons pas encore.

Note : Pour rappel, Tahiti se sépare en deux îles : une grande au nord-ouest et une presqu’île au sud-est, au niveau de Taravao. Au sud de cette ville se trouve la grande et profonde baie de Phaeton, calme et propice à un mouillage tranquille de longue durée. De nombreux plaisanciers y laissent leur bateau pour la saison cyclonique, cette baie faisant office de trou à cyclones.

Justement, notre ami Vincent a hiverné son catamaran Noee dans la baie, en le laissant sur ancre pendant qu’il rentrait en France quelques mois. Il revient bientôt, nous comptons bien le croiser et profiter également de son fils Vlad et de sa copine Ondine, deux amis vivant sur Tahiti avec lesquels nous avons déjà partagé de nombreux moments.

 

Et nos autres plans dans le futur ?

Après Tahiti Iti, nous devrions récupérer le cousin de Damien, Thomas, qui vient nous voir en Polynésie française au début du mois d’avril. Puis, nous enchaînerons juste après avec la venue de deux amis, Thibault et Kévin, pour une virée vers les Îles sous le Vent. Un beau programme qui s’annonce !

 

Mais pendant ce temps, le coronavirus n’a-t-il pas déjà ébranlé le monde ?

 

Si, évidemment ! Nous sommes aux alentours du 10 mars. La Chine, l’Europe, on ne parle plus que de ça. Mais ici en Polynésie française, et surtout depuis notre petit voilier où notre internet fait défaut (nous n’avons pas suffisamment de crédit pour rester connectés en permanence aux informations), on se sent encore bien loin.

Pourtant, ça y est. Le premier cas est confirmé le 11 mars sur Tahiti : une élue de l’Assemblée nationale revenue sur le territoire quelques jours plus tôt. Mais comme beaucoup, on pense que c’est impossible de fermer rapidement les frontières, notamment d’un point de vue économique. On croit que le monde va continuer de tourner.

Les déplacements inter-îles deviennent désormais limités aux familles ou avec autorisation spéciale. Cela ne modifie pas vraiment nos plans puisque nous comptions rester pour l’instant sur Tahiti. Pendant ce temps-là, de nombreux pays dans le monde restreignent leurs frontières, instaurent une quarantaine de 14 jours, tentent de mettre en place leur propre méthode face au virus ou s’inspirent des voisins déjà touchés.

Évidemment, cela devient plus que compromis pour Thomas, le cousin de Damien. Il devait atterrir ici le 30 mars (en provenance de San Francisco). Or, les USA viennent de fermer leurs portes aux Européens (hors Royaume-Uni) et aux personnes passées en Europe depuis moins de 14 jours. Nous devons nous résigner. Nous ne pourrons pas profiter d’un séjour avec lui qui pourtant s’annonçait plus que divertissant…

Quid de Thibault et Kévin que nous attendons en avril ? C’est différent pour eux, ils sont déjà en voyage, actuellement en road-trip en Australie. Ils ont prévu ensuite de séjourner 15 jours en Nouvelle-Zélande (NZ) avant de voler vers nous sur Tahiti. Les discussions s’enchaînent, tentant de trouver une solution qui déjà n’existe plus vraiment :

« Et si vous veniez directement à Tahiti depuis Sydney sans passer par la NZ ? Vous allez quand même pouvoir finir votre road-trip ou vous devez rendre le van plus tôt?
– La NZ vient d’instaurer une quatorzaine et va finir par fermer ses frontières de toute façon.
– Tahiti va aussi imposer une quatorzaine à l’arrivée pour tout le monde, touristes et résidents, ça ne vaut plus le coup… Vous allez pouvoir vous être rapatriés de Sydney vers la France ? » (Ce fut en effet le cas).

Bref, personne ne viendra. Avec du recul, c’était la bonne solution. Autant éviter la propagation de ce satané virus et ne pas se retrouver coincé je ne sais où pour une durée indéterminée. Mais c’est un coup dur pour nous, nous rêvions tant de ces moments de partage avec nos proches !

La propagation sur Tahiti continue. Pas au même rythme qu’en France (heureusement d’ailleurs). Mais ici chaque cas compte dans l’esprit des gens. Chaque chiffre qui va s’ajouter au précédent lèvera inquiétude, indignation et peur. Le 12 mars, deux nouveaux cas sont déclarés.

 

Arrivée à Phaeton et première découverte des lieux

Tahiti Iti vue depuis le mouillage de la baie de Phaeton.

De notre côté, nous continuons notre route tant que nous le pouvons encore. Le 15 mars, nous arrivons dans la baie de Phaeton, retrouvant aussitôt Vincent, Vlad et Ondine sur Noee. Vincent a pu attraper le dernier vol French bee juste avant la quarantaine, quelle chance ! Nous ne parlons évidemment plus que de ça, du Covid-19, des répercussions sur chacun. Vlad est médecin à l’hôpital, le mot d’ordre est de se préparer à une vague de contaminations. Ondine travaille à la Direction de la Santé, elle est réquisitionnée pour la cellule Covid et la gestion des événements sur le territoire. C’est elle qui enregistrera tous les messages audio diffusés dans les lieux publics et supermarchés pour rappeler les mesures barrières !

Tout en profitant de nos amis pour le week-end, nous découvrons également notre nouveau mouillage. L’un des grands avantages (et le seul ?) de la baie, c’est sa surface lisse comme un lac. Pas de stress sur « est-ce qu’on va bien dormir ce soir ? »  Aucun bruit, aucune vague, pas de houle, quel confort !

Lever de soleil sur l'île de Tahiti et la baie de Phaeton.

En dehors de cela, pas grand-chose à faire dans les parages. Hormis le grand Carrefour à 5 min à pied – pratique pour se ravitailler sans porter ses sacs à dos sur de trop longues distances – le reste est limité.

Déjà, l’eau en elle-même n’est pas du tout attrayante, ce qui limite fortement les activités nautiques. Elle est trouble, pas sale mais presque (c’est l’inconvénient de s’installer dans le fond d’une baie). Non, le pire, c’est que l’on se fait piquer dès que l’on s’immerge ! Micro-organismes ? Plancton ? Méduses ? Aucune idée mais cela me coupe toute envie de baignade. De toute manière, c’est trop profond pour voir que ce soit en snorkeling. Damien, lui, voudrait faire du kitesurf mais le vent n’est pas au rendez-vous. Il nous reste toujours le paddle !

Concernant le coronavirus, le 17 mars, la France forcit les choses et instaure le confinement général (d’abord pour 15 jours). Et nous ? La Polynésie française a son propre gouvernement (appelé communément Pays ici). Elle suit avec un peu de décalage dans le temps les mesures françaises. C’est ce 17 mars qu’elle met en place une quarantaine pour l’ensemble des passagers en provenance de l’extérieur, y compris les résidents.

Les locaux s’inquiètent beaucoup, surtout via les réseaux sociaux. Les frontières sont faciles à fermer entre les archipels mais c’est au détriment des ravitaillements, des transports urgents, des soins, etc. Mais l’hôpital ne peut se permettre d’être débordé ! Le principal est basé à Papeete, la capitale. Les rares présents sur d’autres îles sont plus petits et n’ont pas la capacité pour gérer des contaminés. Quant à la majorité des îles, elles n’ont que des dispensaires voire rien du tout. Seulement, la fermeture des frontières a un autre revers. Elle implique l’arrêt net du tourisme, principal revenu de la Polynésie française. Pas simple.

Ça y est, le confinement général est annoncé deux jours plus tard en Polynésie française ! Soit à partir du 21 mars, pour quinze jours (jusqu’au 5 avril donc).

Les personnes non-résidentes ne sont plus autorisées à débarquer. Restent ouverts : les magasins d’alimentation, les structures de santé, les pharmacies, les stations service, les boulangeries, les banques et les bureaux de poste. Toutes les îles des différents archipels de la Polynésie française sont soumises au même régime, y compris celles où il n’y a aucun cas pour le moment.

 

Alors, on reste confinés ici ou pas ?

 

Interdiction de pratiquer la plaisance bien sûr, donc interdiction de se déplacer avec son voilier, de changer de port ou de mouillage. Nous n’avons pas des dizaines de choix de mouillage à notre disposition : nous préférons rester dans la baie de Phaeton. Au moins, nous y dormirons bien et cela reste l’un de mes principaux critères face à cette longue immobilisation qui s’annonce.

Le supermarché non loin nous sera aussi bien utile durant la durée du confinement. Il est d’ailleurs temps d’y faire un saut pour les jours voire semaines à venir. L’objectif n’est pas non plus de dévaliser les rayons mais de prendre le nécessaire pour tenir un certain temps. Heureusement, nous avons l’habitude de prévoir, ce n’est pas notre premier avitaillement conséquent, loin de là !

Masque en tissu fabriqué par Damien pour sortir pendant le confinement.
Damien nous fabrique des masques en tissu pour sortir à l’extérieur.

 

Calendrier et conséquences du virus sur la Polynésie française

 

En plus de l’amende établie (comme en métropole) pour ceux qui ne respectent pas le confinement, d’autres mesures sont prises ici dont certaines ne semblent pas avoir vraiment de lien avec le coronavirus. Le gouvernement local décide par exemple d’interdire la vente d’alcool pendant la durée du confinement (au minimum). Soi-disant pour éviter les rassemblements de jeunes qui bravent les interdits. Mais on sait que derrière, c’est pour tenter de solutionner ce problème d’alcoolisme qui traîne dans les îles. Dommage, une petite bière, ça remonte le moral en fin de journée. Il nous en reste mais on ne sait pas pour combien de temps, on va devoir se rationner !

Les touristes et métropolitains continuent de quitter la Polynésie française. Le 25 mars, 3 vols internationaux font partir plus de 800 non-résidents dont 600 vers la France. Il y a désormais 25 cas ici avec 1 hospitalisation en cours. (Les statistiques sont affichées chaque jour sur le Facebook officiel du « Haut-commissariat de la République en Polynésie française ».)

Le 27 mars, un couvre-feu est établi de 20 h jusqu’à 5 h du matin. Il interdit toutes circulations et tous déplacements dans l’espace public tous les jours sur l’ensemble du Pays entre ces deux horaires-là. Cela ne nous impacte pas vraiment, nous n’avons rien à faire dehors le soir ou même la nuit. Le même jour, deux vols internationaux permettent à plus de 400 non-résidents de quitter la Polynésie française. Au total, plus de 3 400 personnes ont trouvé une solution retour depuis une semaine. Il y a désormais 30 cas et le confinement est repoussé au 15 avril.

Le 29 mars, il y a désormais 35 cas. Le nombre augmente progressivement, chaque cas de plus libère la parole sur les réseaux sociaux. Les locaux s’énervent, ce n’est guère plaisant et facile à suivre. Quand certains craignent le manque de touristes et donc le manque à gagner qui va avec, les autres critiquent leur venue et ont peur du virus et de la contamination grandissante. Des îles commencent à sérieusement souffrir comme Bora Bora, uniquement basée sur le tourisme : les pertes sont estimées à 3 milliards de francs par mois sur le chiffre d’affaires de l’île. Plus de 3 000 emplois sont menacés. Il est dur pour l’instant de trouver un compromis. C’est encore trop tôt, le Pays préfère opter pour la sécurité de la population. Plus aucun vol ne peut désormais provenir de l’étranger. Les résidents bloqués ailleurs doivent se signaler auprès des autorités diplomatiques françaises et se conformer aux consignes sanitaires du pays où ils sont. Ça, ça ne nous arrange pas en ce qui concerne la vente de notre voilier… On vous en parlera dans un futur article.

Le 09 avril, avec 51 cas positifs au compteur, le confinement est repoussé au 29 avril comme le couvre-feu.

 

Et pour les autres îles de la Polynésie française ?

 

Nous avons des nouvelles par les voiliers sur Facebook et sur Whatsapp où un groupe (plus de 150 personnes) s’est créé pour aider les anglophones et les plaisanciers sans beaucoup d’internet pour aller s’informer par eux-mêmes.

Attention : Ce qui suit n’est pas forcément la vérité, le ressenti exact des personnes confinées et restées sur place… Et pour cause, nous n’y étions pas. Nous relatons juste ce que nous avons entendu via des amis et les réseaux sociaux.

 

Raiatea – Taha’a dans les Îles sous le Vent de la Société

Nos amis Quasar et Maple sont tous les deux confinés sur le lagon entre les deux îles. Ils nous expliquent qu’au moment du confinement général, les bateaux autour de Taha’a ont été invité par la maire de l’île à se rendre plus près de Raiatea. Certains plaisanciers anglophones l’auraient mal pris mais apparemment, elle aurait été plutôt prévenante, voulant protéger son île qui n’a pas les moyens médicaux de faire face au Covid. Même si aucun cas ne pouvait réellement apparaître comme par magie là-bas. Environ six voiliers sont donc bloqués près du motu Aito tandis que trois ou quatre se trouvent sur les bouées devant les chantiers à l’ouest. Tous les bateaux de Dream Yacht Charter (DYC) sont de retour à leur base. Ils ont l’air d’être même trop nombreux sur leur bouée, peut-être pas habitués à être tous en même temps sans clients… Certains ont donc dû s’installer le long du quai de la ville.

Il n’y a aucun souci pour aller faire des courses à terre dans la ville principale d’Uturoa (sur Raiatea). Tout le monde se dit bonjour ou se fait un signe de la main tranquille. Pas de stress non plus au supermarché où les gens prennent leur précaution. Des voitures sont apparemment toujours présentes dans les rues mais la circulation s’est tout de même atténuée. Les voiliers quant à eux respectent bien les consignes. Peu d’annexes sont à l’eau et les allers et retours en ville restent rares (1 par semaine en moyenne). Peu de différence donc par rapport à notre propre situation dans la baie de Phaeton. En revanche, ce qui change par rapport à nous, c’est que les plaisanciers se baignent. Certains vont même faire du snorkeling en partant à la nage du bateau. Nous les envions, je dois l’avouer !

 

Nuku Hiva aux Marquises

Au 29 mars, il a été comptabilité environ 80 bateaux dans la baie de Taiohae, tous confinés à bord. Au début, les équipages étaient autorisés à se rendre à terre pour faire des courses puis, cela a finalement été interdit. Désormais, un bateau local passe les ravitailler en produits frais et autres deux fois par semaine. Nager n’est apparemment pas autorisé sauf pour pallier à un problème sur le voilier.

 

Hiva Oa aux Marquises

De même, à partir du 29 mars : natation interdite (dans le but d’éviter de vouloir se rendre à terre à la nage, par exemple sur une plage). Mais il reste autorisé là-bas de se baigner dans l’eau jusqu’à 3 m autour du bateau. D’après les informations relayées par les plaisanciers sur les groupes, les locaux qui vivent sur l’île ont peur des voiliers et de leur arrivée depuis la transpacifique. Interdiction donc formelle pour les équipages sur plage d’aller à terre.

D’ailleurs, comment ça se passe pour les voiliers qui continuent d’arriver en Polynésie française ? Certains sont partis du Panama sans savoir que des mesures de confinement allaient être mises en place en Polynésie française. Du coup, tous ceux partis avant le 18 mars ont encore le droit de rentrer sur le territoire. Les suivants théoriquement n’auraient pas dû partir car en se tenant à jour, ils auraient dû justement être au courant du confinement… Mais beaucoup sont partis quand même, peut-être parce qu’ils n’avaient pas vraiment de nouvelles ou parce qu’ils se disaient que ça allait évoluer dans le bon sens ou encore parce qu’en tant que territoire français, ils seraient acceptés malgré tout.

Le gouvernement a décidé que Tahiti deviendrait pour le moment le seul port d’entrée officiel. La clearance ne peut donc être effectuée désormais qu’à la marina Taina. Une dérogation est possible pour un stop aux Marquises (pas aux Gambier normalement) à Nuku Hiva ou à Hiva Oa pour du diesel et/ou des vivres mais elle doit être approuvée en amont par la DPAM (Direction Polynésienne des Affaires Maritimes) ou via un agent. Il faut ensuite se rendre directement à Tahiti. Pas évident à respecter, surtout après plus d’un mois de mer.

Pourtant, ce n’est pas comme si en traversant un océan – en plus le Pacifique ! – on n’avait pas déjà fait sa quatorzaine… Avec environ un mois passé en pleine mer, point de virus à l’arrivée ou alors ça se saurait à bord. Mais c’est difficile de faire comprendre cela aux locaux qui par le passé, ont déjà subi des maladies apportées par les navires. La plupart n’avait déjà pas réalisé notre temps de trajet quand nous discutions avec eux aux Marquises. Ce n’est pas forcément de leur faute, les connaissances liées à la mer et aux navigations se perdent malheureusement chez ce peuple descendant pourtant de fervents explorateurs marins.

 

Rangiroa

Le confinement se déroule apparemment calmement et dans une ambiance sereine là-bas. Trois bateaux seraient à l’ancre, autorisés à aller faire leurs courses selon les mêmes restrictions que les personnes confinées à terre. Et certains continueraient même à faire du snorkeling et du kayak sans se faire remonter les bretelles (les locaux le feraient aussi de toute manière).

 

Fakarava

Ambiance moins sympathique tout à coup. Le maire voulait apparemment se débarrasser des voiliers sur place et les envoyer directement sur Tahiti, ne leur permettant pas de débarquer à terre pour faire leurs courses ni même d’installer un système de livraison de produits de première nécessité. Nous avons vu des photos de tags avec des messages peu agréables contre les plaisanciers confinés là-bas et les rumeurs disaient même que certains en annexe se faisaient jeter des cailloux dessus s’ils approchaient du quai…

Après quelques jours, les autorités se seraient calmées et le fameux système de livraison pour le ravitaillement a finalement pu être mis en place.

 

Maupiti

Un bateau confiné depuis dix jours sur place a raconté qu’une famille de locaux était venue le voir sur son bateau (enfin en restant à distance) pour lui remettre un carton de fruits et légumes. On reconnaît là la spontanéité des Polynésiens, leur accueil et leur générosité qui s’y sont vraies en face à face. Ce sont souvent les réseaux sociaux qui malheureusement exacerbent tout. Les commentaires haineux vont bon train et l’escalade contre les voiliers a ainsi tendance à augmenter sérieusement dans certaines îles, surtout depuis la mise en place du confinement. Malheureusement, ce n’est pas terminé, et surtout pas sur Tahiti même… On vous en parle plus en détails dans un futur article.

 

Journée type du confinement à bord de Manwë

 

Alors, comment ça se passe concrètement pour nous ? Évidemment, c’est long, comme pour tout le monde. Mais le confinement à bord se déroule bien. Les journées passent et se ressemblent. C’est quoi, d’ailleurs, une journée confinement à bord de Manwë ?

6 h 00 – lever pour moi. Je fais une demi-heure de yoga pendant que Damien dort encore, profitant de la fraîcheur matinale.

Les magnifiques couleurs de l'aurore sur le mouillage de Phaeton.
Les magnifiques couleurs de l’aurore sur le mouillage de la baie de Phaeton…
Catamaran Noee au mouillage au petit matin.
Vue sur le catamaran Noee et sur le mouillage qui se réveille doucement.
Presqu'île de Tahiti sous les lueurs de l'aurore.
Et la presqu’île de Tahiti en fond…

6 h 30 – petit déjeuner devant un épisode de série. Je regarde et écoute ensuite mes messages sur Whatsapp de mes amis, mon petit moment à moi pour commencer la journée. Puis, ce sera rédaction et blog pour moi. Apprentissage d’un langage informatique pour Damien (eh oui, il faut bien s’occuper). Fabrication de bijoux avec nos perles de Tahiti achetées çà et là. Montage de vidéos. Séries, films, livres, jeux de société, tout y passe. Le calme règne en tout cas à l’extérieur. Les voitures ont disparu et la route de ceinture qui borde le mouillage est devenu silencieuse.

Lecture de livre dans la cabine avant pendant le confinement.

Méditation dans la cabine avant du bateau pendant le confinement.

Une fois par semaine environ, Damien sort dans la chaleur étouffante pour refaire quelques courses. C’est lui qui s’y colle, le courageux. Comme nous devons tout porter sur le dos ou dans des sacs cabas à la main, et que nous ne pouvons être qu’une personne par foyer au Carrefour, il se propose. Masque, gel hydroalcoolique et autorisation de sortie avec lui, il est paré pour nous ramener des produits frais.

La queue pour accéder au Carrefour durant le confinement.

11 h 30 – déjeuner. Puis dans l’après-midi, nous nous occupons comme le matin, cela dépend des jours. Damien va de temps en temps aider Vincent sur son catamaran pour des travaux. C’est vrai, ce n’est pas très safe. Nous le croiserons régulièrement pendant la durée du confinement, c’est notre voisin direct. Lui ne sort pas beaucoup plus que nous à l’extérieur, nous prenons le risque…

16 h 30 – nous grimpons dans l’annexe pour un rapide tour à pied dans le chantier de la marina de Taravao. Ce chantier privé sera d’ailleurs notre unique terrain de jeu pour nous promener. Il n’y a pas grand-chose à faire hormis tourner autour des mêmes bateaux au sec mais au moins, cela nous dégourdit les jambes. De toute manière, aucun autre accès n’est vraiment possible à terre, sauf pour aller plus rapidement au Carrefour (mais ce n’est guère plus intéressant).

L'entrée de la marina de Taravao sur l'île de Tahiti.

Dommage, la communauté de la marina n’est pas facile à approcher. Alors certes, en période de confinement, l’heure n’est pas à la rencontre. Mais on aurait eu le temps de sympathiser avant en arrivant sur Phaeton, or, les quelques personnes qui habitent sur leur bateau probablement à l’année ne sont pas plus accueillants que cela. On se salue mais ça s’arrête là… Et au mouillage, c’est un peu pareil. La majorité des bateaux ancrés (une bonne cinquantaine) sont vides car laissés là pour la saison cyclonique. Mais nous n’aurons pas vraiment l’occasion de nouer des liens avec les plaisanciers restés dans la baie (excepté Vincent que nous connaissions déjà).

Quelques jours plus tôt, nous pouvions encore utiliser du wifi disponible au club de plongée de la marina. Seulement, depuis le début du confinement, agacé de voir tout le monde connecté en permanence, le gérant (déjà peu sympathique de base) a décidé de changer le code. Quand on n’a que 2 Go par mois, c’est embêtant. Je n’ai que ça à faire moi de regarder les nouvelles sur internet ! A peine une semaine après le début du mois de mars, je n’ai déjà plus de forfait. Obligée d’acheter en ligne un pass de 1 Go en plus – pour la modique somme de 15 €. Je me demande aussi comme je vais pouvoir payer mon abonnement… En effet, nous n’avons pas donné notre RIB, nous devons nous rendre physiquement à la Poste pour régler notre facture du mois.

Or, la Poste est fermée tout comme les boutiques Vini (notre opérateur) sont fermées durant le confinement. Heureusement, Vini précise à ses abonnés qu’il n’y aura pas de sanction de retard de paiement. Ouf ! Puis, l’incroyable se produit : au milieu du mois de mars, Vini nous offre 10 Go en plus sur notre forfait habituel ! Je n’en reviens pas. Au début, je ne veux même pas consommer de données tellement j’ai du mal à le croire. De l’internet quasi illimité à bord, c’est un véritable miracle ! De même, au mois d’avril, ils nous offrirons à nouveau ces 10 Go, une véritable aubaine. Je n’ai plus à me soucier de l’internet consommé, je peux poster sans problème sur le blog et sur les réseaux sociaux, je peux même passer tout mon temps à regarder des idioties en ligne.

17 h 30 – c’est l’heure du petit tour en paddle ! Officiellement, les sports nautiques sont interdits pour éviter les risques inutiles (et aux secours d’être débordés). Pour le kitesurf, le surf, la plongée sous-marine, on comprend. Pour le paddle, le snorkeling et la simple baignade un peu moins… Bon, nous n’avons aucune raison de faire du snorkeling de toute façon dans la baie. Et nous évitons la baignade le plus possible, sauf pour nous laver, à cause de cette eau qui nous « pique » dès qu’on s’immerge dedans. Mais j’ai du mal à comprendre le risque encouru lors d’un tour en paddle que ce soit pour soi-même ou pour les autres. Après tout, les personnes vivant à terre ont bien le droit de sortir pour aller courir ! Alors nous, comment fait-on pour s’activer un peu depuis notre voilier ?

Paddle attaché derrière la jupe du voilier.

Les autorités surveillent rarement la zone. Nous les avons aperçu de temps à autres sur leur bateau au large du mouillage. Néanmoins, Vincent s’est fait réprimander alors qu’il se promenait en kayak dans la baie. Il évitera l’amende de peu. Nous bravons quand même l’interdit en début de soirée, tournoyant à deux sur notre planche de paddle entre les bateaux. Discrètement, en jetant un œil derrière notre épaule. Pas très serein comme activité mais tant pis. De toute manière, nous ne sommes pas les seuls. A la même heure, d’autres plaisanciers rament au hasard entre les bateaux avec leur annexe pour entretenir un semblant de forme physique. Quant aux va’a (pirogues traditionnelles), elles sont de sortie plus tardivement encore, parfois même après le coucher du soleil.

Le gros inconvénient à Phaeton, ce sont les odeurs de poubelle qui viennent gentiment nous assaillir chaque début de soirée. Eh oui, une décharge plus ou moins à ciel ouvert se situe sur les hauteurs de Tahiti Nui à l’ouest, juste au-dessus du mouillage. En fin d’après-midi, un tracteur vient remuer tout ça pour ré-organiser le monticule normalement protégé par une grande bâche. Pas de chance, c’est souvent au même moment que le vent décide de faiblir, relayé par un petit thermique provenant directement de la terre, ramenant avec lui les délicates odeurs dont on se passerait bien. Heureusement, cela ne dure pas longtemps non plus.

18 h 30 – nous commençons à préparer le dîner. La nuit s’installe, apportant avec elle un peu de fraîcheur tant attendue. Puis, c’est film dans le canapé et coucher vers 21 h ou 22 h si nous veillons un peu plus. Enfin, la nuit se déroule sans souci, nous dormons plutôt sereinement sur un voilier qui ne bouge pas d’un pouce.

 

On approche de la fin !

 

Le 20 avril, les îles de Polynésie sont déconfinées, sauf Tahiti et Moorea.

Dans les îles déconfinées, les restaurant peuvent ré-ouvrir mais uniquement pour des plats à emporter. Les écoles sont également ouvertes et les déplacements inter-îles autorisés y compris pour les voiliers. L’alcool est ré-autorisé à la vente partout, sauf à Tahiti. Ici justement, c’est seulement en drive ou en livraison par téléphone. Pas très pratique pour nous qui n’avons pas de véhicule. Et c’est bientôt l’anniversaire de Damien ! Nous aurions bien aimé trinquer avec une bonne bouteille de vin pour l’occasion. Une belle utopie, non ? Le vin, c’est déjà hors de prix en temps normal. La bouteille la moins chère s’élève à 17 € au moins (oui oui, celle qu’on trouve à 3 € en France !). Et là, c’est d’autant plus compliqué à trouver. Mais Damien finit par en dénicher une sans trop de souci dans un petit supermarché sur Taravao situé après le grand Carrefour:)

Le 29 avril, le Pays annonce un allègement du confinement sur les Îles du Vent : activités nautiques et sportives individuelles autorisées comme le surf, le kitesurf, le snorkeling ou encore le kayak. Plus besoin d’autorisation de sortie nécessaire. En revanche, toujours pas de déplacements entre Tahiti et Moorea ni vers les autres îles. Quant aux boutiques et aux restaurants, ils devraient normalement ré-ouvrir. Le couvre feu, lui, est maintenu de 21 h à 5 h. Les bars, discothèques et clubs sportifs restent fermés. Les plages et les parcs sont ouverts au public. Toutes ces nouvelles mesures sont instaurées pour une durée de quatorze jours avant une nouvelle évaluation de la situation.

En ce qui concerne les voiliers, c’est dur d’y voir clair : a-t-on le droit de changer de mouillage si on reste sur la même île ? Il semblerait que oui. C’est même autorisé de naviguer jusqu’à deux milles des côtes. Cela exclut donc bien un trajet vers Moorea, l’île étant située à 10 milles au plus court. De toute manière, nous n’avons pas non plus des envies folles de partir loin. Avant le confinement, nous aspirions à longer la presqu’île que nous ne connaissons pas encore. Nous reprendrons donc notre programme là où il s’est arrêté.

Note : Les trajets en ferrys vers Moorea reprendront peu après. Par contre, ce sera toujours interdit aux voiliers de traverser entre les deux îles !

Finalement, tout revient plus ou moins à la normale. Début mai, la justice a même saisi le gouvernement pour faire supprimer le couvre-feu qui n’avait plus lieu d’être (en stipulant que c’est une atteinte aux libertés). Le 1er mai, nous décidons de quitter (enfin) Phaeton. Changement d’air, nous pouvons retrouver nos occupations habituelles dans des mouillages plus attrayants (surtout en ce qui concerne la couleur et la qualité de l’eau sous notre coque !).

Un confinement long, avec des réglementations difficiles à décrypter pour les voiliers. Peu de possibilité de se dégourdir les jambes à l’extérieur (mais comme beaucoup de monde finalement). Un mouillage calme, où nous avons au moins bien dormi. Un paysage agréable autour de nous entre les deux îles de Tahiti, ponctué de quelques odeurs de poubelle le soir venu. Un anniversaire fêté juste à deux à bord. Voilà ce que nous retiendrons de cette période étrange de plusieurs semaines passées dans la baie de Phaeton à Tahiti.

Et pour nous ça change quoi alors le Covid-19 ? Beaucoup de choses. Tous nos plans sur l’année en fait (quasiment). Par chance, ni nous ni aucun de nos proches en France n’a contracté le virus. Donc côté santé, tout va bien. Seulement, il y a d’autres conséquences pour nous sur les mois à venir. On vous parle de tout cela dans nos prochains articles sur la vente de notre voilier et sur notre périple le long de la presqu’île de Tahiti.

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